‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 1034 sur 1035 · Josue vero filins Nun repletus est spiritu sapientie · texte numérisé non relu

Josue vero filins Nun repletus est spiritu sapientie

quia Moises posuit super eum manus suas. Et obedierunt ei filii Israël , feceruntque sieut precepit Dominus Moisi.

10. Et non surrexit ultra propheta in Israél sieut Moises, quem nosset Dominus facie ad faciem ,

11. In omnibus signis atque portentis, quæ misit per eum , ut faceret in terra Ægypti Pharaoni , et omnibus servis ejus ,.universæque terræ illius ,

12. Et cunctam manum robustam, magnaque mirabilia * , quæ feeit Moises coram universo Israël.

Y 12. Hébr. litt, : Omnemque terrorem magnum , toutes les mer-

COMMENTAIRE

9. Or, Josué fils de Nun fut rempli de l'esprit de sagesse, parce que Moïse posa les mains sur lui; et les fils d'Israël lui obéirent , et firent comme le Seigneur avait ordonné à Moise.

10. Et ibne s'éleva plus aucun prophète en Israël semblable à Moïse, qui connüt le Seigneur face à face,

11. Et qui fit tous les signes et tous les prodiges que le Seigneur opéra par lul dans la terre d'Égypte devant Pharaon , et tous ses serviteurs , et toute sa terre,

12. Aucun qui aiteu un bras si puissant, ni qui ait fait des œuvres aussi merveilleuses que Moïse devant tout le peuple d'Israël.

vellles terribles.

VERSET f.

Moise est exclu de la terre promise.

- Moïse, dit Bossuet , n'eut pas méme la consolation d'entrer dans la terre promise; illa vit seulement du haut d'une montagne, et n'eut pomt de honte d'écrire qu'il en était excln par un péché qui, tout léger qu'il parait, mérita d’être chátié si sévèrement dahs un homme dont la grâce était si éminente. Moise servit d'exemple à la sévère jalousie de Dieu, et au jugement qu'il exerce avec une si terrible exactitude sur ceux que ses dons obligent à une fidélité plus. parfaite.

« Mais un plus haut mystère nous est montré dans l'exclusion de Moise : ce sage législateur qui ne fait, par tant de merveilles, que conduire les enfants de Dien dans le voisinage. de leur terre, nous sert lui-même de preuve « que sa loi ne mène rien à la perfection, » et que , sans nous ponvoir donner l'accomplissement des promesses ,

«lle nous les fait saluer de loin, ou nous conduit tout au plus comme

à la porte de notre héritage : c’est un Josuë, c'est un Jésus; car c'était le vrai nom de Josué, qui, par ce nom et par son office, représentait le Sauveur du monde : c’est cet homme si fort au-dessous de Moise en toutes choses, el supérieur seulement par le rom qu'il porte; c'est lui, dis-je, qui doit introduire le peuple de Dieu dans la terre sainte, »

Kéfutation d'une objection faite par les incrédules.

« Plusieurs inerédules, dit Bergier, ont demandé pourquoi Dieu avait relenu pendant quarante ans les [sraélites dans le désert; Dieu, disent-ils , avait promis qu'au bout de quatre cenis ans, à compter depuis la naissance d'[saac, la postérité d'Abraham serait mise en possession de la terre de Chanaan; mais au moment qu'ils sc disposaient à y entrer, ils sont battus par les Aunaléeites , et foreés d'errer dans le désert pehdant quarante ans. Voilà done au moins un tres-long retard à l'aecomplissement de la promesse divine.

= Mais Dieu déclare formellement qu'il met ce retard pour punir les Israchtes de leurs murmures ( Num., xiv, 22 et suiv.). 1l était d'ailleurs nécessaire de guérir ce peuple des mauvaises habitudes qu'il avait contractées en Égypte, surtout de l'esprit séditieux et du penchant à l'idolátrie; il fallait une nouvelle génération élevée et formée par les lois de Moïse. Quar te ans de miracles, pour faire

ainsi subsister cette nation , auraient dû sans doute l'attacher à Dieu et à ses lois.

« La promesse de Dieu est mal rendue par les censeurs de l'Histoire-Sainte. Dieu promet à Abraham , dans la Palestine, qu'il aura un fils et tme postérité nombreuse, que ses descendants seront voyageurs et habitants d'un pays qui ne leur appartiendra pas, pendant quatré cents ans qu'ils seront réduits en servitude, mais que Dieu punira leurs oppresseurs, qu'ils seront mis en liberté avec des nchesses considérables; qu'à la quatrième génération, ou plutôt au quatrième âge, ils reviendront dans la Palestine (Gen., xv, 13 et 16). En quel temps doil-on commencer les « voyages de la postérité d'Abraham? » Sans doute à la mort de ce patriarche. Or, depuis la mort d'Abraham , 1821 ans avant Jésus-Christ, jusqu'à la conquête de la Palestine, en 1451, il n'y a que 370 ans. Il est donc exactement vrai que les descendants d'Abraham sont rentrés dans la Palestine pendant la durée du quatrième âge ou du quatrième siècle de leurs voyages. S'il y a des commentateurs qui calculent autrement, cela ne nous fait rien; nous nous en tenons à la lettre du texte.

« Tl n'est pas étonnant que le séjour des Israélites dans le désert pendant quarante ans donne de l'humeur aux incrédules ; ils sentent bien qu'une nation, composée de plus de six cent mille hommes en état de porter les armes ( Num., 11,32), n'a pas pu subsister dans un désert stérile autrement que par miracle, et un miracle de quarante ans est un peu dillicile à expliquer; mais si l'un veut se donner la peiue de jeter un coup. d'œil sur les tours, les retours et les campements que les Israélites ont fait dans le désert, on verra évidemment que l'histoire n'en a pu ètre faite que par un témoin oculaire. »

Mort de Moise.

Mortuusque est ibi Moises, aprés que Moise eut considéré la terre promise du haut du mont Nébo, il y mourut. Voilà la mort de Moïse bien clairement marquée; cependant quelques Peres de l'Église ot prétendu qu'il était monté au ciel tout vivant, de même qu'Énoch et Élie ; apparemment parce qu'il est dit dans l'Évangik que Moïse parut avec Élie dans la transfiguration de Jésus-Christ. Mais, pour expliquer plus clairement un passage obscur du nouveau Testament, faut-il détruire un passage trés-clair de l'ancien?

Cette mort de Moise a pu être ajoutée par Josué, ou par le grand-prétre Éléazar ; car Moïse ne peut ètre l'auteur de ce chapitre. Il y a apparence qu'il appartenait au livre de Josué , dont il pa-

COMMENTAIRE

rait être le commencement, On conçoit que lorsqu'on a. distribué par sections et chapitres les livres saints, qui, dans le principe, étaient le plus ordinairement sans titres, sans sommaires et sans divisions anciennes, on ait classé dans le Pentateuque tout ce qui se rapportait à Moise,

Pour faire sentir la faiblesse des difficultés qu'on oppose à l'authenticite du Pentateuque, nous remarquerons que le Pentateuque renferme trois sortes de choses par rapport au. temps : des faits arrivés avant Moise , des faits arrivés pendant sa vie, et enfin des faits arrivés aprés sa mort,

A l'égard des deux premieres espèces de faits, il est bien prouvé qu'ils ont été éerits par Moïse; et à l'égard de ce qui s’est passé aprés sa motl , n'est-il pas possible qu'il les ait écrits par un esprit de prophétie? Moise n'at-il pas prédit beaucoup de choses aux Juifs ?

Quand it serait vrai qu'on eüt ajouté au. Pentateuque l'histoire de la mort de Moise, n'est-il pas également injuste et déraisonnable d'en conclure que le Pentateuque a. été corrompu? Jugera-t-ón que I'Z/icdc n'est pas l'ouvrage d'Homere, paree qu'il se sera glissé dans ce poëme quelques vers d'une. main étrangère ?

Tous lcs commentateurs de l'Écriture ont résolu ces difficultés,

{ Dictionmaire des Herésics,)

Sepulture de Moïse.

La Vulgate porte : Et sepelivit enm , ainsi que l'hébreu.

Où est le nominatif de cette phrase? Il parait que c'est Dieu, dont le nom se lit à la fiu du verset 3. Ainsi l'opinion commune est-elle que ee fut Dieu lui-méme qu prit soin de la sépulture de Moise , du lieu de laquelie nul homme n'eut connaissance, ef. non cognovit homo sepulcrum. ejus , usqtie in. presentem dicm, comme il est dit à la fin de ce verset,

Les Septante lisent : Et sepeliverunt , et on l'ensevelit, Il peut avoir été enseveli par quelques Israélites qui auront gardé le secret sur le lieu de sa sépulture.

Mais, dira-t-on, pourquoi Dieu voulat.il dérober aux Israélites la connaissance du tombeau de Moïse? L'apótre saint Jude, dans son épitre, insinue que Dieu en agit ainsi de peur que les Israélites ne vinssent rendre des honneurs supersutieux à ce tombeau, Quoi qu'il en soil, le texte sacré s'exprime en si peu de mots, et si ohscurément sur la mort de Moïse , et sur sa sepulture , qu'on s'efforcerait en vain d'en marquer les circonstances. Le plus court, et en méme temps le plus sensé, est done de mettre ce point au nombre des choses abseures dont l'Éeriture-Sainte est remplie, et qu'il n'est pas possible d'éclaircir, Ce qui est certain, par les versets 5 et 6 de ce chapitre, c'est que Moïse est mort et a été enseveli comme les autres hommes. 11 avait alors cent vingt ans, et était encore plein de vigueur, suivant le verset 7 de ce chapitre,

Éloge de Moise.

Fleveruntque triginta. diebus. C'est le plus grand deuil ; le deuil ordinaire n'était que de sept jours.

Le législateur a été magnifiquement loué dans les saintes Éeritures.

= Mois, dit l'Ecclésiastique, a été aimé de Dieu et des hommes, et sa mémoire est en hénédiction.

« Le Seigneur lui a donné une gloire égale à celle des saints; il l'a rendu grand et redoutable à ses ennemis; et à sa parole il a fait cesser les plaies les plus étonnantes.

» Il l'a élevé en honneur devant les rois, il lui a preserit ses ordonnances pour son peuple , et lui a fait voir la gloire.

x I l'a sanctifié par la foi et par la douceur qu'il lui a dounees, et l'a choisi d'entre tous les hommes.

* Car Dieu lui a fait entendre sa voix, et il l'a fait entrer dans la nuée,

* IH lui a parlé face à face pour lui donner ses préceptes, qui con tenaient la loi de vie et de science, afin qu'il apprit son alliance à Jacob, el ses ordonnances à Israël, » (Ecelésiast, xxv , 6.)

De Moïse.

Moïse vivait cinq vents ans avant la guerre de Troie, quinze cent soixante-onze avant Jésus-Christ, et trois mille quatre cents ans avant la révolution de juillet.

Zoroastre ne parut que mille ans aprés lui; Confucius, mille trentehuit ans ; Nutna, sept cent cinquante ans; Lycurgue, six cent vingt, et Solon huit cents ans,

« Moise, dit Mésenguy , mourut avec la consolation de n'avoir rieu oublié pour conserver parmi les siens la mémoire des bienfaits et des commandements de Dieu, et avec la gloire de laisser ses en. fants au milieu da leurs concitoyens sans aucune. distinction. 11 ne pensa jamais, durant un gouvernement de quarante ans, ni à les avancer, ni à choisir parmi eux son successeur. Ils demeurereut de son vivant, el aprés sa mort, au rang des simples lévites, 11 fallait que ce saint bomme, qui avait donne au monde l'exemple de 1221 de vertus, lui laissát encore en mourant celui du désintéressement avec lequel l'homme de bien doit servir sa patrie, et qu'il confondit tant d'ánies mercenaeres , qui se. paient de leurs services par leurs propres mains, et qui ne font usage de leur crédit que pour enrichir et agrandir leur famille.

* Je ne puis m'empécher, avant que de quitter l'histoire de Moise, de remarquer encore sa sincérité à rapporter les faits qui l'humilient, aussi bien que ceux qui peuvent lui faire le. plus d honneur. Car c'est lui qui est auteur des livres dont j'ai donné jusqu'ici l'abrégé; et rien autre chose que l'amour de la vérité n'a pu l'obli. ger de faire savoir aux siccles futurs ni ses fautes, ni les suites qu'el les avaient eues, L'amour-propre, infiniment atfentif et délicat sur ce qui l'intéresse, dérobe adroitement à la connais«nre des autres les moindres choses qui peuvent diminuer leur estime, et ne leur présente que ce qui peut donner de lui une idée avantageuse. Moise, qui n'écrit point pour se faire houncur, mais pour instruire les hommes, expose, avec une égale simplicité, ses miracles et. ses faiblesses , les faveurs dont Dieu l'a honoré, et les chátiments dont il l'a puni : caractère admirable, qui regne dans les livres saints et. qui devrait nous les rendre respectables, quand nous ne serions pas eertains d'ailleurs de leur divinité. La candeur avec laquelle leurs aus. teurs rapportent des faits souvent peu honorables, soit pour eux, soit pour leur corps ou leur nation, nous apprend qu'ils écrivaient par des vues supérieures à toutes les vues humaines, aussi peu càpables d'avancer des faussetés que de taire des vérités utiles aux lecteurs. :

« Cette réflexion me conduit à une autre qui forme une preuve tres-forte en faveur de la religion chrétienne , parce qu'elle établit Ia vérité des saintes Écritures par la boune foi des Juifs, dans ls soin qu'ils ont pris de tout temps de conserver ces sainis livres. Pour ne parler ici que des quatre derniers livres de Moise dont ce volume contient un abrégé , ils y voient une infinité de faits qui deshonorent leur natiou et le nom qu'ils portent, Cependant ils les réverent comine les oracles de Dieu méme. Ils gardent avec amour et fidélité le Deuteronome , et ils apprennent par mémoire, de père eu fils, le dernier cantique de Moise , où ce prophete , transporté d'un saint zèle, déclare qu'ils ont toujours été ingrats envers Dieu, et. qu'ii

sait qu'ils le seront encore plus après sa mort; mais qu'il appelle le ciel et la terre à témoin contre eux, qu'il les eu a averlis; qu'enfin Dieu, s'irritant contre eux, les dispersa par toute la terre; que, comme ils l'ont piqué de jalousie, en adorant des dieux qui n'étaient point dieux, il les piquera de jalousie en appelant un peuple qui n'était point son peuple. Ils voient avec la plus amere douleur l'accomplissement de ces prédictions.

« Cependant ce livre , qui Les déshonore en tant de façons, et dont nous tirons tant d'avantages contre eux, ils le conservent et le lisent avec un religieux respect : ils ne consentiraient jamais qu'on y fit la moindre altération, mème en leur faveur, et ils sont prêts à donner leur vie pour en attester l'antiquité, la vérité et la sainteté. C'est une sinéérité qui n'a point. d'exemple dans le monde, ni sa racine dans la nature, Elle ne peut étre que l'effet de la puissance de Dieu et de cette Providence qui veille sur l'Église, et qui lui ménage , en la personne des Juifs, un corps nombreux de témoins non suspects, qui confirment malgré eux la foi de cette Église, en attestant la vérité des livres sur lesquels elle est fondée. »

« Le célebre Huet, dit M. Pastoret, observe que les principaux chefs de la théologie paienne sout copiés de Moïse ou des livres de ce législateur que les Égyptiens mirent au rang des dieux. T] démontre que Theut ou Mercure, Osiris cu Bacchus, Apis et Mnéxis, Séraphis et Orns, Anubis, Vulcain, Typhon, etc., n'étaient que Moïse lui-méme défiguré sous ces noms divers : que les anciens Perses le connurent sous le nom de Zoroastre; qu'ils avaient, aussi bien que les Indiens, les peuples de Guzarate, et de la côte de Coromandel, formé leur religion sur les livres de Moïse; qu'il était connu et revéré chez les Thraces, les Germains, les Gaulois, les Bretons, les Ibériens; que son nom et ses lois avaient pénétré mime jusqu'en Amerique, où l'on a trouvé des vestiges certains du premier culte de l'ancien monde. En effet, la cireonrision est usitée au Mexique, à Jacatan , et ailleurs :on y garde le sabbat ordinaire, et le jubile à chaque demi-siecle. Les Caraibes observent les Néoménies , solennisent ja renaissance de la lune par de grands cris, comme les Juifs l'annoncaient par le son de la trompette, et s'abstiennent comme eux de la chair de porc. Les Péruviens immolent des agneaux qu'ils offrent, à l'exemple de Moïse, comme des hosties pacifiques : ils ont méme une sorte de pâque, puisqu'en certains temps ils enduisent de farine délayée dans du sang le seuil de leurs maisons. Ils rapportent quele soleil, envoyant dans le monde ses deux enfants, Mancoenpsc et Cora-mamma , pour adoucir les mœurs des hommes, il leur dona une verge d'or avec ordre d'établir le siége de leur empire dans le pays où ils pourtaient la ficher en terre : voilà sans doute la verge de Moïse, Les peuples de Méchoacan se purifient lorsqu'ils ont touché un cadavre, Les Pérusiens, ceux de Guatimala et de la nouvelle Espagne, épeusent ordinairement les veuves de leurs freres , ete.

* On trouve de grands rapports entre Bacchus et Moïse, Le nom de Nil, qu'on donne à Bacchus dans Diodore; celui de Myses , qu'Orphée lui donne dans ses hymnes, et qui veut dire sausé des eaux ; l'éducation qu'on lui fait donner par des nymphes ; la qualité qu'on lui attribue de grand législateur, dont les lois étaient écrites sur deux tables ; les cornes avec lesquelles on le peignait, la verge ou tliyrse entortillée de serpents , la beauté du visage qu'on lui donnait, tout cela convient fort à Moïse, Bacchus, par ordre de Jupiter, défit les rois d'Arabie et des Indes, et extermina leurs peuples, n'étant armé que de son thirse , et accompagné d'une suite de gens sans armes, Tl passa la mer Rouge, pour se déroher à la poursuite de Lycurgue. Lorsqu'il fuyait devant les Égyptiens, il traversa sans péril, par la vertu de son thvrse, let fleuves d'Orunte et d'Hydaspe, où les Indiens se noyérent, Lui et les fenimes qui le suivaient faisaient sortir l'eau des rochers, en les frappant avec leurs thyrses, Voilà des traits bien marqués de l'histoire de Moïse,

“ 1l est vraisemblable, selon la remarque de Vossius , que la plus grande partie de la fable de Bacchus a été copiée sur Moïse, quoi-

COMMENTAIRE

qu'il y ait plusieurs traits qui ne conviennent qu'à d'autres , comme celui d'avoir planté la vigne, qui ne peut appartenir qu'à Noé.

* Quelques auteurs ont poussé le délire jusqu'à douter de l'existence de Moïse; elle est prouvée cependant par les témoignages mémes des écrivains du paganisme , malgré les fables dont ils entourent la vérité.

* Manéthon, cité par Josèphe, parle d'une vile populace , dévorve de lepre et de honteuses infifmités, qui, d'abord condamnée à travailler le long du Nil, dans des carrières, reçut enfin pour demeure la ville d'Abaris, alors déserte, et jadis habitée par les pasteurs, Ils y furent à peine établis, qu'animés de l'esprit de révolte, ils élurent pour chef Osarsiph , prétre d'Héliopolis , et lui vouérent par serment une éternelle obéissance, Ce prètre leur donna un culte nouveau, et changeant de nom , conune de religion, i se fit appeler Moïse, Pline et Apulée le rangent parmi les magiciens célèbres, Diodore de Sicile en fait un homme distingué par sa prudence et son courage, qui, chef des é'rangers bannis de l'Egypte, pour apaiser le courroux des dieux , signalé par les ravages de la peste, se jeta dans la contrée déserte, noumée ensuite Judée, y bátit plusieurs villes, et particulierement Jérusalem , donua des dois au peuple qu'il conduisait , chargea les plus instruits du saeerdoce, et les établit à la fois les prètres et les magistrats de la nation, » -

Caractère de Moïse par les auteurs paiens.

* Nous mettons, dit l'abbé Nonnotte, à la téte de ces auteurs Diodore de Sicile, qui a tonjours été regardé comme un des plus exacts et des plus judicieux écrivains de l'antiquité. Dans le livre quarantième de sa Bibliotheque , il nous représente Moïse comme un genie extraordinaire, un législateur admirable, un sage et beureux conquérant. Voici comment il s'exprime : « Supérieur aux àttres hommes par les lumières , la force et la sagesse , il conduisit sa colonie dans le pays qu'on nomme aujourd'hui la Judée , s'en rendit maitre, y bätit plusieurs villes, entre autres la célebre Jérusalem. Tl instruisit sou peuple de tout ce qui concerne la. religion , le culte de Dieu , les sacrifices, le gouvernement politique, et régla et fis tout par ses lois. Il ne vaulnt ni image , ni représentation de la Divinité, parce qu'il erut. que celui qui renferme le ciel et Ja terre, et qui gouverne tout par sa puissance et son autorité, est trop gránd pour être représenté sous une forme humaine. On trouve, à la. n de sa loi, ces paroles remarquables : Voilà ce que Moïse dit aw Juifs par l'ordre de Dieu. »

« Le savant Strabon n'en parle pas moins avantagensement dans le seizième livre de sa géographie. « Moïse, dit-il, sortit de l'Égvpte avec un grand peuple qui avait à cœur le vrai culte de la Divinité, Il soutenait que les Égyptiens la déshonoraient en faisant Dieu semblable aux plus vils animaux, et que les Grecs e& les Africains ne lui faisaient pas plus d'honneur, en le faisant semblable oux hommes. 11 disait qu'il n'y avait point d'autre Dieu que celui qui contient l'univers; qu'on ne pouvait en faire at cune image; qu'il fallait lui élever un temple digne de lui, e& l'adorer sans en faire aucune représentation. Ces sentiments pro duisirent leur effet sur des hommes qui avaient le cœur droit , comme les Hébreux ; et il les conduisit et les établit dans le pays où est ae jourd'hui Jérusalem. »

« Justin ne le cède en rien aux Grecs dans l'idée qu'il doune de Moise. Quoiqu'il se trompe en le faisant le fils de Joseph, celle er reur de généalogie n'est pas de conséquence, Voici comment il s'exprime au livre trente-sixième de son histoire : « Rien de ce qu peut intéresser la Divinité, ou la société humaine, n'était caché as père de Moïse. Les expériences qu'on avait fait trés-souvent de s sagesse et de ses lumières étaient si frappantes que ses paroles étaient moins regardées comme les paroles d'un homme, que comme de

COMMENTAIRE

oracles rendus par la Divinité méme, Moïse son fils, héritier de sa sàgesse et de ses lumières, sut encore gagner et entraîner tous les cœurs par les charmes et les grâces qui brillaient dans toute sa personne.

« Nous pourrions citer encore un Eupoléine, qui dit que Moïse est le premier et le plus ancien des sages que nous connaissions ; que ce fut lui qui inventa l'écriture, laquelle passa des Hébreux aux Phéniciens, leurs voisins, et ensuite des Phéniciens aux Grecs; un Artapanus, ou Artabanus, qui, dans son histoire, nous peint Moïse comme un des plus grands hommes qui aient jamais paru; un Numénius, philosophe psthagoricien, qui, dans son livre du Frai Bien , nous le représente comme l'homme le plus chéri de la Divinité, Nous pourrions en citer une plus grande quantité d'autres, dont Josèphe rapporte les témoignages dans son livre contre Appion; mais il ne faut pas lasser les lecteurs.

Ainsi ont parlé de Moise, ainsi ont représenté Moïse un grand nombre d'auteurs paiens. Et l'homme du Dictionnaire ( Voltaire) , et ses échos nous disent : « Est-il bien vrai qu'il y ait eu un Moïse? Quel est dore ce Moïse inconnu à la terre entière, jusqu'à ce qu'un Ptolomée eût la curinsité de faire traduire en grec les écrits des Juifs ? »

* D'un homme qui ose parler ainsi, il suflit de dire ce que disait Rousseau d'un home qui nierait que Dieu püt faire des miracles : « Ge serait lui faire trop d'honnenr que dele punir: il suffrait de l'enfermer. » Voilà toute la censure que nous portons nousmêmes. »

* Quelques censeurs de Moïse, dit Bergier, trouvent fort mauvais que ce législateur n'ait pas mis plus d'ordre dans ses lois, qu'il les ait mélees ensemble, et avec les. faits qu'il rapporte. Cette critique est-elle sensée?

« Nous pourrions remarquer d'abord que les anciens écrivains n'ont jamais observé la méthode dont nous sommes aujourd'hui si jaloux; mais i] y a des réflexions plus importantes à faire. Dans les livres de Moise , c’est la liaison intime des lois avec les faits qui donne à ces derniers un degré de certitude qui nese trouve point dans les autres histoires , et qui démontre la sagesse et la nécessité de ces lois. Une preuve qu'il n'agissait point par son propre génie, mais par ordre du ciel et par zele pour le bien deson peuple, c'est qu'il n'a point formé le plan, comme fait un auteur qui est maitre de sa matière; il a écrit les faits à mesure qu'ils se sont passés, les lois à mesure qu'elles se sont trouvées nécessaires, et queles faits y ont donné occasion. Tout se tient et forme une chaine indissoluble, Les Juifs ne pouvaient lire leurs lois sans apprendre leur histoire , et ils ne pouvaient se rappeler celle-ci sans concevoir du respect pour leurs lois ; aucune ne venait de la volonté arbitraire du législateur; toutes avaient été amenées par les circonstances,

« Lesdenx premières qui leur furent imposées furent la cérémonie de la páque, et l'oblation des premiers-nés; ils étaient encore en Égypte, et ces deux rites devaient servir d'attestation de la mort miraculeuse des premiers-nés des Égyptiens , et de la délivrance des Israélites ( Exode, chap. xir et xert}. La loi du sabbat leur fut intimée à l'occasion du miracle de la manne (chap. xvt, Y 23), pour leur rappeler que le monde avait été créé par le Seigneur; la publication da Décalogue ne se fit que quelque temps après chap. xx. ).

* Jusqu'alors les Hébreux avaient connu les lois morales, tant par les lumières de la raison que par la tradition de leurs pères, qui remontait jusqu'à la création; mais après les mauvais exemples que ce peuple avait eus en Égypte, après la captivité à laquelle il avait été réduit, il était très-nécessaire de lui intimer les lois morales d'une manière positive, avec tont l'appareil de la majesté divine, de les faire mettre par écrit, et d'y ajouter la sanction des peines et des

récompenses, La plupart des lois civiles, qui vinrent à la suite, n'é taient qu'une extension et une application des lois du Décalogue ; et le trés-grand nombre des lois cérémonielles ne furent portées qu'apres l'adoration du veau d'or. Iei rien ne se fait au hasard et n'est écrit sans raison,

* La témérité avec laquelle les incrédules ont attaqué les lois de Moïse, sans les connaitre , et sans être en état d'en juger, nous force de faire quelques réflexions à ce sujet. Leur intention a été de rendre suspecte la mission du législateur ; il est de notre devoir d'en prendre la défense,

“ Nous n'entreprendrons pas de justifier en détail les lois civiles des Juifs, il faudrait un volume entier. D'ailleurs cette apologie a été faite de nos jours d'une manière capable de satisfaire tous les es prits non prévenus , et de fermer la bouche aux censeurs im prudents. Voyez les Lettres de quelques Juifs, par l'abbé Guénée, En comparant les lois civiles de Moïse avec celles des autres peuples , l'auteur. de cel ouvrage montre la sagesse et la supériorité des premières; il répond aux objections par lesquelles on a. voulu les attaquer.

* Tout homme raisonnable qui voudra suivre cette comparaison sera étonné de ce que trois mille quatre cents ans avant nous un seul homme a. pu enfanter d'un seul coup une législation aussi compléte , aussi bien adaptée au temps, au lieu, aux circonstances, au génie du peuple auquel elle était destinée, Chez les autres nations, la législation n'a été formée que par pièces; on a fait de nouvelles lois à mesure que l'on en a senti le besoin ; sans cesse il a fallu y toucher, les modifier, les corriger, les changer. Celles de Moïse n'ont recu aucune altération pendant quinze cents ans ; il était sévèrement défendu d'y rien ajouter ni d'en rien retrancher. Elles n'ont cessé d'avoir lieu que quand le peuple, pour lequel elles étaient. faites, a été dispersé dans le monde entier. Ce phénomène suffit pour démontrer que le législateur était non-seulement l'homme le plus sage et le plus éclairé de son siècle, mais qu'il était inspiré de Dieu.

* Vingt fois les Juifs ont voulu secouer le joug de leurs lois , etautant de fais les malheurs qu'ils ont essuyés les ont forcés d e revenir à l'obéissance ; ce que Moïse leur avait prédit ( Deut., chap. xxvir et suivant). Les rois d'Israël ont pu réussir à faire enfreindre les lois religieuses , en plongeant dix tribus dans l'idolâtrie; mais ils n’ont pas osé toucher au droit civil établi par Moïse, ni forger d’autres lois. Vainement ceux d'Assyrie ont transplanté la nation presqu'entiere à cent lienes de sa patrie, et l'ont retenue captive pendant soixante-dix ans; les Perses n'ont paru renverser la monarchie assyrienne que pour rendre aux Juifs la liberté de retourner chez eux , de faire revivre leur religion et leurs lois. Les Antiochus ont inutilement employé toute leur puissanee pour ‘les anéantir, il y ont échoué ; cet édifice, construit par ln main de Dieu, n'a été renversé qu'au moment que Dieu avait marque pour sa ruine, et qu'il avait prédit par ses prophètes. .

« Ici l'indrédulité a beau s'armer de pyrrhonisme, de sarcasmes, d'un mépris affecté, ressource ordinaire de l'ignorance, elle ne détruira jamais l'impression que fait sur tout homme sensé ce phénomène unique, auquel on ne voit rien de semblable dans l'univers entier, »

Les personnes qui voudront connaître plus amplement ce qui a été dit en faveur de la législation mosaique doivent lire les Lettres de quelques Juifs, dont il est question dans cet article.

Ces lettres sont l'antidote le plus spéeifique qui ait été opposé eux erreurs de Voltaire. Peu de livres ont eu plus de succés, et ont porté une plus mortelle atteinte à cet oracle de la philosophie moderne. Voulez-vous voir comment un homme peut réunir dans un méme ouvrage la candeur au savoir, la finesse des tournures avec la solidité des raisons, la pureté de l'élocution avec la marche ferme des idées , et mêler habilement ensemble l'érudition avec la logique ? lisez ces lettres. Voulez-vous connaitre l'art de déméler un sophisme, d'opposer un homme à lui-méme, dele prendre dans ses propres filets, de le combattre par ses aveux et ses désaveux , de le confondre tour à tour, et par ses assertions, et par ses réticences, et par tout ce qu'il dit, et par tout ce qu'il n'a pas voulu dire; d'apprendre enfin le catéchisme à un homme qui veut faire le théologien, et sn rudiment à un homme qui veut régenter tout le monde?

lisez encore ces lettres. Enfin , voulez-vous savoir jusqu'où il est possible qu'un ennemi de la religion porte le fanatisme et l'imprudence, et jusqu'à quel point il s'est joué, pendant soixante ans, et de la «erité, et du publie, et de ses lecteurs, et de lui-méme? lisez toujours ces lettres, Voltaire s'était acharné principalement à calommier le peuple juif et les livres saints. Importuné de l'aspect de ce. peuple unique, dont l'existence est un miracle perpétnel, et une preuve toujours vivante des oracles sacrés, il se permit tout pour le rendre odieux et méprisable, Selon lui, c'était de tous les peuples le plus ignorant et lei plus superstitieux , le plus atroce et le plus sanguinaire; il était méme anthropophage. 1l ne craint pas de nous présenter ses patriarches comme des hommes sans mœurs; ses ànblimes prophètes, comme des fanatiques odieux; ses rois les plus sages, comme des monstres de cruauté; et ses lois, tant civiles que religienses, comme un code de sauvages et de cannibales, L'auteur des lettres imagina. de mettre le sscophante aux prises avec cette nation méme, qu'il traitait d'une manicre si horriblement indécente, et de lui faire écrire par quelques Juifs portugais, allemands et polonais, personnages supposés, auxquels il préta sa plume et ses idées, et dont l'air timide et modeste, tel qu'il convient à des home mes malheureux et proscrits, contraste singulierement avec le ton d'assurance, de morgue, et lout ensemble de légereté, de leur superbe contempteur. Le cadre était heureux, et on peut dire que la maniere dont il est rempli n'est pas moins heureuse. Il est impossible de faire une plus complète justice d'un homme qui décide de tout en ve jouant de tout; qui nous donne ses assertions pour des preuves, et ses bouffonneries pour des axiomes de raison; et qui fhardi à l'attaque, faible dans la défense , est aussi maladroit que malheureux dans l'une que dans l'autre, Rien n'est plus piquant que de voir ces Juifs lui démontrer que ses bévues égalent ses infidélités; que ses inculpations sont aussi injustes que ses jugements sont bizarres; qu'il a tout lu et rien approfondi ; que loin de remonter aux sources et aux originaux, il n'a copie que des copistes; que ses objections ne sont que des plagiats et des vols faits à nos commentateurs, dont il dissimule les réponses; que ses larcins sont d'autant plus honteux, qu'en s'emparant du travail d'autrni, il insulte souvent aux auteurs mémes qu'il a mis à contribution ; qu'il veut parler toutes les langues anciennes sans en entendre aueune; qu'il estropie tous les mots, qu'il mutile tous les passages ; et que, tout bel esprit qu'il est, et tout génie unique qu'il veut être, il n'en est pas moins le plus indigne faussaire que l'esprit d'erreur et de mensonge ait jamais enfanté.

C'est une fausseté qu'ont osé avancer certains auteurs qui ont attaqué le dogme de l'immortalité de l'àme, quand ils débitent que Moïse n'a pas dit dans le Pentateuque un seul mot d'une. autre vie. Car ne reconnait-il pas expressément que Dieu a animé le corps de l'homme d'un souffle de vie bien supérieur à la matière, puisqu'il rend l'homme semblable à Dieu méme , et qu'il lui assujettit toute. la nature? Si le Pentateuque nous représentait la mort comme le dernier terme de toutes choses, pourquoi, selon Moïse, les plus grands hommes du peuple de Dieu se Rattent-ils de voir un jour le salut d'Israel, l'etoile de Jacob, le Messie? Pourquoi Jacob dit-il qu'il ne vivra plus que, dans les larmes et la tristesse, jusqu'à ce qu'il descende vers Joseph, qu'il croyait avoir été dévoré par les bêtes? Il était pers uadé qu'il reverrait alors ce cher fils, l'objet de ses tendresses, Adam meurt, et il va se joindre à son peuple, Abraham , Aaron, meurent , et ils vont également se joindre à leur peuple ou à leurs péres. Que signifient toutes ces expressions, sinon un lieu de réunion pour les âmes au sortir de cette vie? Ces idées, aussi anciennes que la nation juive, se sont toujours perpétuces parmi elles, et c'est une fausseté de dire qu'elles ne s'y sont introduites que peu de temps avant la naissance de Jésus-Christ. Si Saül ne les avait pas eues , il n'aurait point évoqué l'ombre de Samuel , Salomon ne nous aurait pas dépeint, avec des traits si lumineux, ce. royaume de gloire qui doit être le partage des justes; de généreux Israclites n'au-

COMMENTAIRE

raient point sacrifié leur vie pour leur religion dans l'espérance d'exe heureuse immortalité ; le célèbre Judas Machabée n'aurait poit wi, aprés leur mort, Jérémie prier pour le peuple, Onias lui annonre la victoire sur Nicanor. Les Juifs fondent encore toutes leurs esperances pour l'autre vie sur plusienrs passages de Moïse , et ils savent sürement mieux l'hébreu que ces téméraires auteurs.

Preuves de l'authenticité du Deutéronome.

* Voltaire, dit l'abbé Clémence, a avancé qu'aucun. des lisres juifs ne cite une loi, un lpassage du Pentateuque, en rappelant les phrases dont l'auteur du Pentateuque s'est servi : le contraire est démontré en remontant des derniers livres juifs jusqu'à Mouse. Je ne produirai ici que les citations qui sont tirées du Deutéronome ; on à su ci-dessus celles des autres livres du Pentateuque. Le second livre des Macha bees met dans la bouche des sept freres qu'Antiechus faisait tourmenter ces paroles : « Moise a dit dans son cantique, le Seigneur aura compassion de ses serviteurs; » on sait que le cantique de Moise fait partie du Deutéronome. On trouve dans be dernier chapitre de Néhémie « que le volume de la loi de Mois ayant été lu publiquement , on remarqua qu'il y avait que les Ammonites et les Moabites ne devaient jamais être admis parmi le peu. ple de Dieu, parce qu'ils avaient refusé le pain et l'eau aux enfants d'Israël , et qu'ils avaient fait venir Balaam pour les maudire, » c'est ce qu'on lit en propres termes dans le chapitrexxrir du Deutéronome. Le méme Néhémie, dans la prière qu'il fait à Dieu au commence. ment de son livre, s'exprime ainsi : « Souvenez-vous, Seigneur, des paroles que vous avez adressées à Moïse votre serviteur : Lorsque vous prévariquerez, je vous disperserai au milieu des nations; mais lorsque vous reviendrez à moi , et que vous accomplirez mes préceptes, fussiez-vous aux extrémités de la terre qui semble toucher le ciel , je vous en rappellerai. » C'est précisément ce qu'on trouve dans le chapitre xxx du Deutéronome, Daniel et Baruch citent les maledielions écrites dans la loi de Moïse. Le second observe qu'elles portent que les Juifs, en punition de lenrs prévarications , se trouveront réduits à manger la chair de leurs enfants. Or, ce sont ces malédictions qui remplissent les chapitres xxvir et xxvric du Deutéronome. Il est dit dans le quatrième livre des Rois, et dans le second des Paralipomenes, qu'Amasias ne fit point périr les enfants de ceux qui avaient assassiné le roi son pére, « pour obéir au précepte du Seigneur écrit dans la loi de Moïse, qui porte que les peres ne &ront point mis à mort pour les enfants, ni les enfants pour les peres; chacun mourra à cause de son iniquité, » Cette loi est en termes exprés dans le chapitre xxiv du Dentérouome. On lit dans le livre de Josué qu'il dressa un autel sur le mont Hébal, « comune Moise, le ministre de Dieu, lavait ordonné, et comme i] est écrit dans le volume de la loi de Moise, » Cette ordonnance se trouse dans les mèmes termes au chapitre xxvrr du Deutéronomes-Eoilà l'assertion du critique formellement dementie par le livre de Josue, par le quatrième livre des Rois, par Daniel, par Baruch , par Nehémie, par l'auteur du second livre des Machabéss , et l'authenticite du Deutéronome , attestée par une suite de témoins irréprochables, en remontant jusqu'à Moise.«

Fertilité de la Palestine.

« Les ennemis de la religion chrétienne, dit Janssens, voudraient inférer de l'état présent de la Palestine que cette contrét à toujours été ingrate et stérile, et que Moise mentait aux Hébreu, quand il la leur vantait comme nn pays d'abondance et de délices.

« Mais indépendamment du témoignage de Moïse, de David, d Salomon et de Jérémie, sur la beauté et l'ancienne fertilite de la Palestine, nous avons celui de Josephe. Hécatée, contemporain d'Alexandre-le-Grand , rapporte que la Palestine était une c6-

COMMENTAIRE

trée extrémement fertile, et couverte d'une population nombreuse. Tacite, Ammien Marcellin, Pline, et tous ceux «des anciens auteurs qui ont eu occasion de parler de la Palestine, sont d'aecord sur ce point, Suivant Pline , Jérusalem était Ja ville la plns considérable et la plus fameuse, non-seulement de la Judée, mais méme de tont l'Orient, »

Voici en quels termes Justin l'historien parle des Juifs ;

* Les richesses de cette nation s'acerurent par l'immeuse revenu du baume, qui ne vient que sur son territaire, dans une vallée qu'une ceinture de montagnes, ainsi qu'une muraille naturelle, ferme de toutes parts comme un camp. Ce lieu peut avoir deux cents arpents d'étendue , et s'appelle Zéricho. On y voit une forêt également fertile et agréable, dont une partie est plantée de palmiers , et l'autre, de ces arbrisseaux d'où sort le baume , lesquels, à la hauteur pres, ressemblent aux arbres qui fournissent la poix. On les cultive comme des vignes, el à une certaine époque de l'année ils donnent cette précieuse liqueur. Cet endroit n'est pas moins admirable par son agréable température que par sa fertilité; car, malgré l'ardeur du soleil, plus violente en ce pays-là qu'en toute autre contrée, on y ressent toujours un air naturellement rafaichi par l'ombrage que donnent les arbres qui l'environnent. »

* Ce pays, dit Janssens, autrefois si peuplé et si fertile, mais tant de fois ravagé dans la suite par les Babyloniens, les Égyptiens, les Syriens, les Romains, les Sarrasins, les Arabes, et les autres peuples qui en enlevaient les habitants et les cultivateurs , aujourd'hui sous le joug des Tures, est devenu presque stérile faute de bras qui l'exploitent ; mais , au rapport des voyageurs modernes, il conserve encore dans quelques parties des traces de son antique fécondité et de ces agréments qui le distinguaient : dans plusieurs endroits, en effet, tous les fruits viennent presque spontanément , et là où il y a. des cultivateurs, la terre paie encore leurs travaux avec usure, On y trouve aussi quelques vignobles, quoique les Turcs ne fassent pas usage du vin; et l'on ne saurait dire qu'il y ait rareté de bétes de somme, de bestiaux, d'animaux sauvages, d'oiseaux, d'arbres fruitiers et de productions de toute espece , surtout dans les cantons un peu peuples, »

« La Palestine, dit Voltaire , n'était au temps des eroisades que ce qu'elle est aujourd'hui, le plus mauvais pays de tous ceux qui sont habites dans l'Asie. Cette petite province est, dans sa longueur, d'environ quarante-cinq lieues , et de trente-cinq de largeur; elle est couverte presque partout de rochers arides, sur lesquels il n'y a pas une ligne de terre : si cette petite province était cultivée, on pourrait la comparer à la Suisse. La rivicre du Jourdain, large d'environ cinquante pieds dans le milieu de son cours, ressemble à la rivière d'Aar chez les Suisses, qui coule dans une vallée moins stérile que le reste. La mer de Tibériade peut être comparée. au lac de Genève. Cependant les voyageurs qui ont bien examiné la Suisse et la Palestine, donnent tous la préférence à la Suisse, ll est vraisemblable que la Judée fut plus cultivée autrefois, quand elle était possédée par les Juifs, Ils avaient été forcés de porter un peu de terre sur les rochers pour£y planter des vignes; ce peu de terre, liée avec les éclats des rochers, était soutenu par de petits murs, dont on voit enrore des restes de distance en distance.

= La Palestine, malgré tous ses efforts, n'eut jamais de quoi nourrir ses habitants ; et de méme que les treize cantons envoient le superflu de leurs peuples servir dans les armées des princes qui peuvent les payer, les Juifs allaient faire le métier de courtiers en Asie et en Afrique, »

& Tel est le tableau que Voltaire, marchant sur les traces de

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