Les deux filles de Lot concurent done de leur père
37. L'ainee enfanta un fils, et l'appela Moab : c'est le pere des Moabites , qui existent encore aujourd'hui.
38. Et la plus jeune enfanta un fils, et l'appela Ammon, c'est-à-dire, fils de mon peuple : c'est le pere des enfants d'Ammon, qui existent encore aujourd'hui.
venir de l'ancienne Vulgate faite sur la version des Septante, où on lit ile. pour il/a : ce qui a dû produire concubaerit pour accubueri?. Mais, dans l'hébren, le pronom est bien au féminin, et le sens est quando accubuerit illa , comme au verset 33.
COMMENTAIRE
VERSET f.
Des anges.
Sur de soir, deux anges arrivèrent à Sodome. Origene disait avec raison à Celse : « Le monde ayant été créé par la Providence, il faut nécessairement que le genre humain ait été mis, dans les commencements, sous la protection de certains êtres supérieurs, et qu'alors Dieu se soit manifesté aux hommes, C'est aussi ce que l'Écriture-Sainte atteste, etc, » Et il convenait , en effet, que dans l'enfance du monde l'espèce humaine reçut des secours extraordinaires pour apprendre l'intervention de Dieu dans le gouvernement de l'univers.
De l'aveuglement des habitants de Sodome.
Et ils frappèrent d'aveuglement ceur qui étaient dehors, On pourrait, ce me semble, ne pas prendre ces mots pour une véritable privation de la vue, mais pour un esprit de vertige qui empècha les Sodomites de reconnaitre la porte de Lot qu'ils cherchaient. C'est l'explication de saint Augustin, qui est suivie par le plus grand nombre des commentateurs. Ncanmoins Moïse semble en donner pour cause immédiate une punition subite de D'eu.
Sodome et Gomorrhe.
Igitur Dominus pluit... à Domino, ete, Cette expression Dominus à Domino n'est prise par les savants que pour une simple élégance de la langue sainte; cependant les anciens Peres de l'Église y ont trouvé une preuve de la distinction comme aussi de l'égalité du Pere et du Fils dans la Trinité; comme s'il y avait Pater à Filio; et le concile de Srmich, assemblé contre Photin, alla jusqu'à prononcer anathème contre ceux qui diraient que ce passage, pluit Dominus à Domino, ne doit pas s'entendre du Père et du Fils, mais seulement du Pére : je dirai qu'il doit s'entendre non-seulement du Père et du Fils, mais encore du Saint-Esprit, puisqu'il s'entend de Dieu, c'est-àdire dela Trinité; de facon toutefois que Moise n'a pas prétendu, par celle expression, établir la distinction des personnes daus la Trinité, Ce Photin, évéque de Sirmich, soutenait que Jésus-Christ était un homme, 1l fut deposé dans le concile de Sirmich en 351, puis exilé par l'empereur Constance quelque temps apres.
Pluit super Sodomam et Gomorrham sulphur ct ignem, etc. Nous apprenons, par d'autres endroits de l'Écriture-Sainte, que non-seulement Sodome et Gomorrhe, mais encore Adama et Seboim , furent consumées par le feu en cette occasion; et la suite de la narration de Moise dans ce chapitre xix insinue que, sans l'intercession de Lot , la ville de Ségor aurait eu le méme sort. Ces cinq villes étaient voisines l'une de l'autre, et situées.dans une belle vallée qu'arrosait le Jourdain, comme il parait par les chapitres xcix. et xiv de la Genése.
L'Écriture-Sainte ne parle pas seule de l'incendie de Sodome et de Gomorrhe, les auteurs profanes en parlent comme elle. Tacite dit que des villes voisines du Jourdain, et situées dans une plaine féconde où le bitume était très-abondant, furent consumées par la foudre, et qu'une terre brülée, hors d'état de produire, atteste encore ce malheur. Il ajoute que rien ne naît en ce lieu sans se noircir et s'évaporer bientót en cendres; ce qu'il attribue à la corruption de l'air et de la terre, causée par le voisinage du lae Asphaltite. ( Forez aussi ce qu'en disent Strabon, Pline, Justin, et plusieurs autres écrivains. )
L'emplacement de ces villes est aujourd'hui couvert par les eaux du lae Asphaltite. Plusieurs voyageurs disent avoir apperçu des débris de murailles et d'édifices dans les eaux de la mer Morte.
» Les Arabes, dit M. de Forbin, nomment cette mer Bahar-Loth ; ils offraient autrefois de conduire à un pilier enduit de bitume, qu'ils montraient comme la statue de sel, On croit reconnaitre, dans un menceau de ruines informes, celles de Gomorrhe. Cherchant sur le rivage de la mer les vestiges des villes coupables, je vis en effet des restes de murailles, ceux d'une tour et quelques rolonnes. Les Arabes racontent des choses mystérieuses de ce lac et n'en parlent qu'avec le. respect le plus religieux.
- Le lac Asphaltite est un réservoir commun où aboutissent les maux les plus claires, les plus limpides, les plus pures de l'Asie. Ft pourtant le lae Asphaltite, long de vingt-quatre lieues sur trois ou quatre de largeur, n'est qu'un immense et transparent cloaque. Ces eaux si pures, aussitôt qu'elles v entrent, perdent leurs qualités primitives. « C'était autrefois, dit l'Écriture-Sainte, une helle campagne, couverte de jardins, ombragée de bocages délicieux, » Tout s'y est étrangement métamorphosé, « Le péché, s'écrie energiquement le pere Nau, a fait un enfer de ce paradis. » Les terres d'alentour, qui ressemblent à des cendres, et sur lesquelles croissent seulement des herbes chétives, malfaisantes, semblent réellement annoncer qu'une pluie de feu consuma jadis jusqu'aux pierres. Les fruits noirátres et amers produits par quelques arbustes d'une espèce singuliere étonnent l'imagination presque autant que les autres phénomènes particuliers à ce lieu maudit,
* Ces phénomenes sont, il faut en convenir, d'une nature bien
T. Lm
extraordinaire. Tous les corps, malgré leur pesanteur spécifique, surnagent, Au rapport de Pline le naturaliste, l'empereur Vespasien fit jeter dans ce lac plusieurs esclaves ayant les mains liées derrière le dos : pas un n'alla au fond, Le marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV à la Porte-Ottomane, apres avoir été visiter Jérusalem en 1674, eut la curiosité d'aller voir cet enfer humide, et de s'assurer, par le témoignage de ses propres yeux, de ce phénomène toujours existant, Pococke, désirant aussi renouveler une semblable expérience, s'élanca courageusement dans la mer Morte; il fatigua vainement du poids de son corps les eaux de cette mer isolée : « Je flotlais dessus, raconte ce voyageur, dans telle posture qu'il me plaisait de prendre, sans jamais enfoncer.
“ Assez d'autres merveilles signalent, il est vrai, l'emplacement de cette antique et fertile vallée. Aucune espèce de poissons ne peut habiter les ondes bitumineuses du lac; et c'est parce que rien de ce qui a vie ne peut y tenir, qu'on la nomme mer Morte.
* Les oiseaux en fuient le lugubre voisinage, et les Arabes ne pas sent qu'avec un saisissement d'horreur prés de ses bords fameux. * Tout y semble respirer l'horreur, dit l'auteur du Genie du Christianisme ; les villes coupables qu'elle cache dans son sein semblent avoir empoisonné ses flots... »
* Les montagnes qui bordent à l'Occident la vallée du Jourdain en cette partie de la mer Morte, dit M. de Chateaubriand, offrent un aspect de désolation. La terre en est si horriblement dépouillée de verdure, qu'on n'y voit ni arbre, ni herbe, ni méme de mousse. On apperçoit seulement cà et là quelques touffes de plantes épineuses, qui semblent couvertes de poussiere comme les buissons de nos grands chemins pendant l'été,
* ^. Le plus petit oiseau du ciel ne trouverait pas dans ces rochers un brin d'herbe pour se nourrir. Tout y annonce la patrie d'un peuple réprouvé; tout semble y respirer l'horreur.
* La vallée comprise entre ces deux chaînes de montagnes offre un sol semblable, comme le fond d'une mer depuis longtemps retirée, des plages de sel, une vase desséchée, des sables mouvants ; cà et là des arbustes chétifs eroissent péniblement sur une terre privée de vie; leurs fenilles sont couvertes du sel qui les a nourries; leur écorce a le goût et l'odeur de la fumée. Au lieu de villages, on apperçoit les ruines de quelques tours. Au milieu de la vallée passe un fleuve décoloré ; il semble se trainer à regret vers le lac empesté qui l'engloutit. Ce fleuve est le Jourdain. Ce lac est la mer Morte.
* Tels sont ces lieux fameux par les bénédictions et les malédictions du Ciel; et tel est l'aspect qu'ils offrent du sommet de la montagne.» 4
Muvzarelli, dans ses Opuscules théologiques, s'exprime ainsi :
* Un homme de bou sens se persuadera-t-il jamais que, sans l'influence d'une cause supérieure, sans un pouvoir et une prévoyance surnaturelle, ces deux étrangers (les deux anges) se trouvent à Sodome la veille du désastre, assez à temps pour sauver la famille de Lot, seule exempte des crimes des Sodomites? Qu'un éblouissement soudain tombant sur les yeux d'un peuple nombreux l'oblige de renoncer à assaillir la maison de Lot; que l'incendie n'éclate qu'an moment ou Lot entre à Ségor; que Ségor, éloignée de dix milles de Sodome, en soit préservée en faveur de Lot, selon la promesse qui lui avait été faite; que la femme de Lot, qui seule a désobéi, soit changée en statue de sel, seule, et à l'exclusion de ceux qui cheminent avec elle; enfin que toutes ces différentes parties aient pu se combiner aveuglément en un ensemble complet, lié, raisonnable, merveilleux, par une réunion accidentelle de causes naturelles? Il v aurait donc là un prodige naturel plus surprenant et plus inexplicable qu'aueun prodige surnaturel où l'on reconnait du moias une cause supérieure aux simples facultés de Ja nature. On ne gagne donc rien à dire que l'incendie de Sodome pouvait être un effet fortuit de quelque météore naturel Je réponds qu'il n'a pas été tel dans ces circonstances, parce que leur concours et leur ensemble démontrent clairement l'œuvre d'un agent supérieur et d'une
suprême intelligence. Quand méme Dieu se serait servi des matières inflammables de cette contrée pour détruire ses criminels habitants, je ne vois rien là qui dégrade sa toute-puissance, sa sagesse, ni qui diminue le prodige de cet événement; car il n'appartient qu'à la Divinité de disposer des causes secondes dans un ordre détermine, de telle maniere et à tel moment qu'il lui plait. Dieu peat employer des causes physiques déjà existantes, prendre les créatures pour les instruments de sa volonté; cela ne détruit pas le prodige, lorsqu'il résulte de ses circonstances que les causes physiques n'ont pu se présenter d'elles-mémes avec tant de concert, et qu'elles devaient être nécessairement commandées et dirigées par une cause supérieure.
« Il ne faut pas oublier que la postérité a constamment regardé la destruction de Sodome non comme un effet du hasard, mais comme un châtiment de la justice divine. L'auteur de la Sagesse ( ch. x, 3 6 et 7), Jérémie ( ch. xxix, X 18; eh, x, Y 38), Sophonie ( ch. ti, X 9) saint Pierre dans sa seconde épitre (eh. xi, Y 6), saint Jade, apótre, dans son épitre canonique ( Ÿ 7 ), et Jésus-Christ lui-méme ( Luc xvir, Y 29), la rappelaient comme telle au peuple juif. Cela nous prouve que parmi les Juifs c'était une tradition constante que la destruetion de Sodome fut une punition de la justice divine, et non on malheur accidentel; et cette tradition conlirme toujours plus la vérité du récit de Moise dans sa substance aussi bien que dans ses circonstances. Elles concaincront toute personne de bon sens que cet événement a été opéré par une cause physique, à la vérité, mais determinée et dirigée par l'action surnaturelle d'un agent libre et toutpuissant,
« Wl est done suffisamment prouvé que la destruction de Sodome doit être rangée parmi les châtiments miraculeux dont Dieu s'est quelquefois servi pour punir les coupables, méme dans cette vie, et en même temps pour avertir el épouvanter leurs imitateurs. »
Quand on n'envisagerait Moïse que comme un historien ordimaire, on ne pourrait s'empécher d'être surpris de voir attaquer sa narration. Abraham avait vu de ses yeux le pays habité par les villes criminelles ; il avait été témoin de la catastrophe qui en changea Ja nature. Jl ne manqua pas de faire connaitre un événement si célbre à Ésaü et à Jacob, avec lesquels il véeut pendant vingt-cinq ans, dans le voisinage de cette contrée désolée, Jacob le transmit parcillement à ses petits-lils, qui demeuraient avec lui dans la. Palestine, ordinairement assez pres de l'endroit où avait été Sodome. Caath, l'un. d'entre eux, fut l'aieul de Moise. On voit par-là avec quelle facilité , avec quelle certitude, ce législateur a pu étre instruit de ce qu'il raconte ici,
Ce n'est pas seulement chez les descendants des patriarches que se conserva la mémoire de ce grand événement : elle se perpétua parmi les nations voisines de la Judée, Le pere Nau dit que , sur les lieux, on appelle la mer Morte J/ahkr el Louth, c'est-à-dire lac de Lot. Bahhr est un. terme arabe qui signifie un lac en général, et plus particalièrement wa ac salé; ee qui prouve que les Arabes qui, de tont temps, ont couru et fréquenté les environs de la mer Morte, lui ont donné un nom qui fait une allusion manifeste à la ruine de Sodome, dont cet homme juste fut miracaleusement préserve,
Qu'on juge si l'on peut révoquer en doute un fait transmis par une tradition qui n'a passé que par deux ou trois bouches depuis ce témoin oculaire, transmis par des gens qui avaient sous les veux les traces affreuses de da catastrophe; un fait dont les nations voisies ont perpétué le sowsenir par le nom qu'elles ont donné au théâtre de l'événement, nom qu'il conserve encore aujourd'hui.
Abraham, jetant les veux sur cette contrée, an! moment où les villes infámes venaient d'être détruites, n'apperent point le lac qui commençait seulement à se former.
Ia mer Morte est environnée , à l'Orient et à l'Occident , de trèsbautes montagnes : elle est bornée, au nord, par la plaine de Jéricho, et c'est de ce cóte-là qu'elle reçoit les ecux du Jourdain. Les habitants du pays disent qne, quand les oiseaux enfreprennent de |
voler par-dessus cette mer, ils y tombent morts, et qu'il n'y a point de poissons ni d'autres animaux qui en puissent souffrir les eaux mortelles. C'était autrefois une vallée fertile, «Le goût épouxantable dont cette mer est empreinte, dit le pere Nau, jusqu'au fond de sa substance, est un témoignage sensible et perpétuel de la malédiction dont Dieu frappa ce lieu il y a quatre mille ans. »
Sur la pluie de feu qui consuma Sodome.
On demande si le récit de Moïse est véritable, s'il peut être expliqué par des miracles, comment on doit entendre l'accident arrivé à la femme de Lot.
Le récit de Moise est incontestable, 1° parce qu'il le tenait de Caath, son aieul, qui l'avait appris de Jacob, qui le savait d'Abraham, témoin oculaire de ce grand événement; 2° parce que ce récit est confirmé par le témoignage des auteurs profanes, de Diodore de Sicile, de Strabon, de Tacite, de Solin, dont les passages sant rapportés par Rosenmüller (la fable de Philemon el Beaucis, rapportée par Oxide, semble n'être qu'une altération de cette histoire); 3* parce que tont. ce que Moïse rapporte est tont à fait confirme par Vétat topographique des lieux où furent autrefois situées les villes de la Pentapole ; ce pass, etant rempli de bilume, dut ètre embrasé par la pluie de feu que Dieu y répandit. Les matieres combustibles étant consumees par les flammes, le terrain s'alfaissa : cet affaissement produisit une cavité ou bassin qui, recevant les eaux du Jourdain sans leur laisser aucune issue visible, forma ja mer Morte. Les eaux enfermées dans ce terrain infect y contracteren! celle salure, cette amertume épouvantable, qui les distingue de toutes les autres, (Foyez Bullet, tome 1°", page 40.) Maundrell, le chevalier d'Arvieux, le P. Navius, Müller et Egmond, ont découvert dans là mer Morte les débris des villes qui y sont englonties.
Quelques modernes prétemdent expliquer sans miracle tout cc que nous dit Moise de cet événement, La pluie de feu et de soufre n'est autre chose que la foudre | que l'Écriture a coutume de désigner ainsi. La foudre, tombant en plusieurs endroits à la fois, mit le feu à ces villes, et embrasa la terre. Cet embrasement de la terre n'a rien d'incroyable, puisqu'un seul coup de foudre consuma. autrefois dans la Floride plus de cinq cents arpents de prairies arrosées d'eau, et que le feu y dura. plus de trois jours. Mais ce qui augmenta encore cel embrasement, c'est que le terrain de Sodome était, comme Moïse le remarque au chapitre xis de la Genese , rempli de bitume; qu'en outre il avait sûrement des sources de naphte, qui non-seulement reçoivent, mais attirent le feu : de plus, ce terrain couvrait un lac souterrain, où allaient se perdre les eaux du Jourdain, qui n'avaient pas d'autre issue. Le feu, pénétrant ce terrain inprégné de bitume, ou plutôt dont le bitume formait la base, arriva bientôt aux eaux du lac, dont la liquidité et la salure durent encore en augmenter les ardeurs, Ainsi l'on concoit comment quelques conps de foudre consumérent les hommes, les animaux et le sol lui-méme, et changerent le pays le plus délicieux en un lac bitumineux et infect. (Foyez Michaelis , Dissertation sur. l'origine de la mer Morte.) Cependant, comme l'Écriture suppose évidemment que cet embrasement fut l'effet d'une intervention spéciale de la juste Divinité, pour punir des exces aussi injurieux que nuisibles à la nature humaine, il faut dire, ou qu'il y eut vraiment unc pluie de feu et de soufre, ou que la foudre tomba d'une manière extraordinaire et dans une multitude d'endroits à Ja fois : effeetivement, s'il n'y avait eu qu'un coup de foudre comme dans la Floride, les hommes et les animaux auraient eu le temps d'échapper.
Des causes du châtiment de Sodoïne.
« Dans un état réglé, dit le P, Lamy, on condamne à la mort pour
COMMENTAIRE
des choses qui d'elles-mêmes sont légères, si elles troublent quelque ordre important, Rien ne l'est plus que la chose d'où dépend la conservation du genre humain. Tout ce qui est opposé à cel ordre no peut étre un péché léger. IL est si horrible, ce peché, que Dieu n'attend pas une autre vie pour punir ceux qui en sont coupables. Les impudiques ne meurent pas toujours sur l'heure, ce qui arrive quel-
quefois ; mais les maladies honteuses et cruelles qui suivent les ex-
ces de la débauche font voir que la nature se venge des outrages
qu'on lui fait. Il arrive tous les jours mille accidents fâcheux dont où ne connait point la cause, parce qu'on ne voit pas la main qui punit par des chátiments visibles des impuretés secrettes, Dieu a fail tomber le feu du ciel sur de grandes villes, et il les a réduites en cendres avec leurs habitants impudiques. C'est à la justice à maintenir l'ordre; c'est donc sur un vice qui y est le plus opposé qu'elle doit particulierement faire tomber ses chátiments. »
“ L'embrasement et la subversiou des cinq villes infâmes, dit Bullet, furent un châtiment du ciel. Mais si Voltaire croit, comme il semble le faire, qu'il ne puisse arriver naturellement qu'une vilie sait engloutie, et que dans l'ouverture causée par cet affaissement il s'y forme un lac, il faut qu'en ce cas il récuse non-seulement Îles anciens historiens, mais encore les modernes, dont les ouvrages sont remplis d'événements pareils. Nous n'en citerons que deux ou trois, pour ne pas trop nous arréter à prouver une chose dont tout homme peut aisément se convaincre, pour peu qu'il ait ouvert un livre,
* On voit, depuis r6r8, un lac où était le bourg de Fleurs. Un bois s'est enfoncé en parte pres de Wattewille, à six lieuvs de Berne, dans le mois de seplembre 1756; il s'est fait une sorte de marais mupratcable, où les arbres sont en partie couchés, en partie renversés.
» En 1692, Port-Reyal, dans la Jamaïque, la plus belle ville des Indes ocridentales et une des plus riches de l'univers, fut détruite de fond en comble par un tremblement de terre, au point que cette haliation de tant de riches commerçants, cet assemblage de tant de précieux magasins est à présent couvert de vingt brasses d'eau.
L'an 1663 i y eut un tremblement horrible au Canada, sur plus de deux cents lieues de terre en longueur et cent en largeur, qui font plus de vingt mille lieues en superficie. On y voyait l'air tout rempli d'exhalaisons flamboyantes qui sortaient de la terre, dont le “an sentr'ouvrait de toutes parts, et qui engloutit plusieurs. villpes; quantité de rochers très-hauts y furent abimés, à la place desquels parurent plusieurs lacs. En différents endroits, les crevasses de la terre votuissaient des torrents d'eau qui s'élançaient à la hauteur de plusieurs piques en l'air, dont quelques-uns étaient couleur de lait, d'autres de sang; et la grande rivière méme de Saint-Laurent prit une. couleur de soufre détrempé, qu'elle conserva plus de luit jours; la plus grande partie des eaux sentait le soufre, *t plusieurs gouffres qui s'ouvrirent, dont quelques-uns avaient plusieurs lieues de tour, vomissaient des exhalaisons sulfureuses et eullammees, On vit voler en l'air de grandes pieces de terre avec la mine rapidité que ferait une mine, et qui, retombant ensuite toutes brülantes, faisaient l'effet d'un feu d'artifice. Des bois de vingt lieues de longueur sautérent de méme et furent renversés, et les riviéres en furent toutes couvertes ; la terre fut aplanie où elle était éle-
vit, S'éleva où elle était unie; de nouvelles riviéres naquirent, et
deux grandes entre autres tarirent tout d'un conp : plusieurs monlagnes se sont choquées ensemble et renversées ensuite, »
La femme de Lot changée en statue de sel.
Quelques modernes expliquent le passage de Moïse où il est parlé de la statue de sel de manière à exclure tout prodige, Selon eux, Moise a voulu dire seulement que la femme de Loth, étant revenue
sur ses pas. pour rentrer dans la ville, fut surprise par la pluie de feu, et demeura enfoncee dans le bitume enflammé; car c'est ainsi qu'ils traduisent les mots de l'omginal, versa est et fuif. infira solo, Mais, 1° cette interprétation fait quelque violence au texte; 2° elle est contraire à toutes les anciennes versions, qui ont traduit le mot hébreu par s/atua où columna : 3° elle est contraire au lémoienage: du livre de Ja Sagesse, qui regarde cette. statue de sel. comme un monument toujours subsistant de l'incrédulité de cette femme, Michaclis croit qu'il ne s'agit ici que d'un monmnent ou d'un monceam de sel élexé sur le corps de cette femme , qui a pu subsister plusieurs siecles; mais c'est faire violence au texte, pour fae disparaitre un miracle. 11 me semble qu'il est plus raisonnable de suivre l'interprélation commune, et de dire que Dien, par un miracle, imprégna de sel et de nitre le corps de cette femme, qui ensuite fut pétrifié; ce qui n'est pas rare en ce pays-là, ( Foyez dom Calmet et la Physique sacrée.) Ainsi le corps de la femme de Lot devint une statue de sel, et demeura longtemps pour attester la vérité du châtiment de Sodome.
Ce fut en restant derriere son mari que cette femme imprudente voulut, malgré l'avertissement qui lui avait été donné, contempler la scene de désolation dont sans doute elle entendait le fracas.
* On à donné, dit Feller, bien des manières d'expliquer le chan: gement de sa.femme en statue de sel; mails il est tout simple de dire qu'elle a été entierement pénétrée d'une vapeur chargée de soufre, de bitume, de sels métalliques et nitreux. Heidegger parle d'un tremblement de terre où des hommes et des animaux furent etoufíés, et demeurerent sans vie et sans monvement comme des Statues. Cela n'empêche pas que la transmntation de la. femme de Lot ne füt miraenleuse et un effet direct de la colère de Dieu, qui, par un monument terrible et subsistant, voulait avertir les hommes des chátiments préparés à l'indocilité et à la désobéissance, »
Ce qui prouve que la femme de Lot ne périt pas parce qu'elle avait seulement regardé derrière elle, mais parce que, au mépris de l'ordre formel qu'elle avait reca, elle n'avait pas fait la méme diligenee que son mari, ce sont les paroles que nous lisons dans l'Évangile selon saint Lue:
“ En ce temps-là, si un homme se trouve au haut de la maison, et que ses meubles soient en bas, qu'il ne descende point pour les prendre; et que celui qui se trouvera dans le champ ne retourne point non plus à ce qui est derrière dui, Souvenez-vous de la femme de Lot. » (Ch. xvir, x 31 et 32.)
Des filles de Lot.
Les filles de Lot s'imaginerent, dans l'effroi dont elles étaient saisies, que tous les habitants de la terre avaient été consumés, et que le genre humain allait périr, à moins qu'elles ne prévinssent son entière extinction.
Imprudence de Lot.
Lot ignora qui était la femme qui dormait auprés'de lui.
On a bien de la peine à s'expliquer la conduite de Lot. Lot refuse de se retirer sur la montagne, quoique les anges le lui eussent com mandé. Il dit qu'il sera plus en süreté dans une ville; et, apris qu'ils l'ont épargnée à cause de lui, il la quitte par: la pur dy périr. Enfin, la crainte lui fait chercher les montagnes, et c'était la crainte qui l'avait empéché.d'abord de s'y retirer. Comme il vit que toute la terre aux environs de Ségor s'embrasait, il douta qu'elle püt subsister, quoique les anges le lui eussent assuré : il comprit alors qu'il edt mieux fait de suivre leur conseil, et se retira sur le
montagne , qu'il crut lui tenir lieu, dans ce déluge de feu, de l'arche où Noé fut sauvé dans le déluge des eaux, 1l aurait dà demander aux anges où il devait aller : il aurait dû ne pas s'enfermer seul avec ses filles, dans une caverne d’où il ne pourrait rien apprendre ni rien voir distinctement. En se réfugiant dans une grotte dont l'entrée était encore obseurcie par la fumée de l'embrasement, qui dura encore longtemps sans se dissiper, il donna occasion à ses filles de croire que tous les hommes avaient péri. L'histoire du déluge servit beaucoup à les tromper, ainsi que la tradition répandue que, dans les derniers temps , le monde serait consumé par le feu. Pour renouveler la race humaine, elles formérent le projet d'enivrer leur pére, circonstance qui prouve clairement qu'elles. agissaient contre leur conscience, et qu'elles croyaient leur père incapable de consentir à ce qu'elles avaient concerté entre elles, s'il conservait la raison,
VERSET 36, Du crime de Lot.
Ainsi les deux filles de Lot conçurent de leur père. Saint Augustin rejette la raison de ceux qui voulaient justifier l'inceste de Lot avec ses filles, parce que Lot est une figure de la loi ancienne et que ses filles sont les figures des Juifs. « Ces actions, dit-il, qui sont figuratrices dans l'Ecriture, sont des prophèties, quand on ne les considére que dans le récit que les livres saints nous en font; mais elles sont des crimes, quand on les regarde dans la vie de ceux qui les ont commises. »
Jl conclut enfin par ces paroles ; « Puisque l'Esprit saint ne qualifie point cette action, n'y a-t-il pas de la folie d'accuser les livres saints de témérité, comme s'ils approuvaient dans cet endroit ce qu'ils condamn ent visiblement en tant d'autres lieux? » Ces actions sont racontées, mais non pas louées dans l'Écriture; elle nous les rapporte, mais elle n'en est pas la cause; elle les propose, non pour les imiter, mais pour nous les faire éviter.
Réflexions sur ce chapitre.
Les incrédules de notre siècle, marchant sur les traces des marcionites, des manichéens et d'autres hérétiques, ont fait plusieurs objections sur la conduite de Lot,
Ils ont dit :
1° Que l'excès de la brutalité des Sodomites n'est pas croyable.
LA GENÈSE, CHAPITRE XX
Mais si l'on veut comparer ce trait d'histoire avec ce que plusieurs voyageurs ont écrit touchant les mœurs de quelques nations idolátres des Indes et des autres parties du monde, on verra qu'en fait de corruption rien n'est incroyable; et plüt à Dieu qu'il n'y eût jamais eu rien de semblable chez les nations où l'on professe le Chrislianisme !
2° Ils soutiennent que Lot fut criminel lui-même d'offrir à ces hommes ses deux filles pour assouvir leur passion. Nous convenons que si, en effet, il les a offertes, il ne peut être excusé que par la crainte et le trouble dont il fut saisi, et qui lui ôtérent la réflexion.
3° Que le changement de la femme de Lot en statue de sel cst un phénomène impossible. Mais le texte signifie simplement qu'elle fut statue, c'est-à-dire rendue immobile par le se/, et non changée réellement en sel. Or, qu'un air infecté de vapeurs de nitre, de soufre, de bitume, de vitriol, puisse tuer une femme et la rendre immobile comme une statue, ce n'est ni un prodige inoui, ni un phénomène impossible, Quant à ce qui a été dit par quelques historiens, que cette statue subsistait encore plusieurs siécles après l'événement, etc., nous ne sommes pas obligés de le croire.
4* L'on ne concoit pas, disent-ils, que Lot, plongé dans l'ivresse, ait commis deux incestes successifs avec ses deux filles, sans le sentir, comme i] est dit dans le texte. Mais le texte signifie seulement qu'il ne s'en souvint point à son réveil, et lorsque l'ivresse fut dissipée.
5° Ils jugent que Moïse ou un autre historien juif a forgé cette narration pour rendre infáme l'origine des Moabiles et des Ammonites, et pour fournir à sa nation un prétexte de maltraiter et de dépouiller ces deux peuples. La wérité est que les Juifs n'ont dépouillé ni l'un ni l'autre, et n'ont pas envahi un seul pouce de leur terrain. Jephtéle soutient ainsi aux Ammonites ( Jud., ch. xt, Y 15), et il cite pour preuves les faits rapportés dans le livre des Nombres (ch. xxir ); faits que les Ammonites ne pouvaient ignorer, Les guerres survenues dans la suite entre les Juifs et ces deux peuples furent toujours causées par des hostilités commencées par l'un des deux : on le voit par la’suite de l'histoire.
6° Ils ont souvent répété que ces traits de l'histoire sainte sont de trés-mauvais exemples. Cela serait vrai, si l'histoire les approuvait; mais on n'y voit aucun signe d'approbation. 1l s'ensuit seulement que Moise et les autres auteurs. sacrés ont écrit avec toute Ja sincérité et l'impartialité possibles; qu'ils n'ont dissimule aucun des crimes commis par les patriarches et par leurs descendants; qu'ils n'ont pas cherché à nourrir l'orgueil des Juifs, ni à leur inspirer des prétentions injustes.