Jacob lui dit: Vends-moi ton droit d'ainesse
32. Et Esaü répondit: Voilà que je meurs ; à quoi me servira mon droit d'ainesse?
33. Et Jacob dit : Jure-moi donc. Et il jura, et il vendit son droit d'afnesse.
34. Et, ayant pris du pain et ce plat de lentilles , il mangea et but, et s'en alla, s'inquiétant peu d'avoir vendu son droit d'aînesse,
X 33. L'hébreu ajoute encore ici, sicu! hodie ; ou, selon les Septante, simplement Jodie.
X 34. Hebr. lit. : « Se mettant peu en peine de son droit d'ainesse, »
VERSET t.
Qu'était Cétura?
Il est probable qu'Abraham, qui avait épousé Cétura du vivant de Sara, l'avait prise pour remplacer Agar. Je traduis par le plusque-parfait, parce que les Hébreux n'ayant pas, comme nous, trois temps différents pour exprimer l'imparfait, le parfait et le plusqueparfait, un seul temps, qui est indéterminé, a chez eux la force de les signifier tous les trois.
VERSET 2, Sur les enfants qu'eut Abraham dans sa vieillesse.
On s'étonne comment Abraham a pu avoir ce grand nombre d'enfants depuis l'âge de cent quarante ans jusqu'à sa mort, arrivée trente-cinq ans aprés. Mais saint Augustin répond que Dieu a pu lui conserver la fécondité jusqu'à cet âge, on que Moïse a rapporté ici ce mariage hors de son lieu, et qu'il arriva longtemps auparavant,
Prééminence d'Isaac.
* Abraham donna à Isaac tout ce qu'il possédait.»
Voilà la prééminence d'Isaac sur les autres fils d'Abraham bien €tablie par ce passage.
Simples présents faits aux autres enfants.
« Mais il fit des présents aux fils de ses femmes du second rang, et de son vivant il les sépara de son fils Isaac, Jes faisant aller vers l'Orient , et les établissant dans les pays orientaux. »
Les paroles de Moise, dans le premier verset de ce chapitre, semblent insinuer que Cétura fut femme légitime d'Abraham comme Sara. Mais le verset 6 de ce méme chapitre porte à croire qu'elle ne fut seulement que sa concubine, de méme qu'Agar : on y lit : Fifiis aatem concubinarum ; ce qui me semble ne pouvoir être rapporté qu'aux fils de Cétura et à Ismael. Le verset 32 du chapitre : du livre 1 des Paralipomènes est plus positif, puisqu'il nomme clairen:ent Cétura concubine d'Abraham.
On pourrait supposer qu'Abraham prit Cétura apres avoir chassé Agar, et sous la méme condition qu'Agar du vivant de Sara.
Célébrité d'Abraham.
» Abraham a toujours été célebre. dans l'Orient, dit Bossuet, Ce n'est pas seulement les Hébreux qui le regardent comme leur pére: les Iduméens sc glorifient de la méme origine. Ismael, fils d'Abraham, est eonnu parmi les Arabes comme celui d'oü ils sont sortis. La circoncision leur est demeurée comme la marque de leur origine; et ils l'ont reçue de tout temps, non pas au huitième jour, à la manière des Juifs, mais à treize ans, comme l'Écriture nous apprend qu'elle fut
COMMENTAIRE
donnée à leur père Ismaël : coutume qui dure encore parmi les mabométans. D'autres peuples arabes se ressouviennent d'Abraham et de Cétura ; et ce sont les mémes que l'Écriture fait sortir de ce manage. Ce patriarche était Chaldeen; et ces peuples, renommés pour leurs observations astronomiques, ont compté Abraham comme un de leurs plus savants observateurs, »
Un passage de Bérose porte, qu'à la dixième génération après le déluge, il y avait chez les Chaldéens un homme juste, et versé dans l'astronomie.
L'historien Josephe, qui cite ce passage de Bérose, en fait l'application à Abraham, qui était le dixième descendant de Noé.
Les Chaldéens et ensuite les Égyptiens apprirent l'astronomie d'Abraham, suivant les témoignages d'Eupolème, d'Alexandre Polyhistor et d'Artapan, auteurs trés-anciens, cités par Euscbe, Joséphe dit qu'Abraham, dans le voyage qu'il fit en Égypte, enseigna l'arithmétique et l'astronomie aux Égyptiens, qui n'avaient aucune notion des sciences avant l'arrivée d'Abraham; que ce fut par lui qu'elles furent transmises de Chaldée en Égypte, d'où elles passèrent ensuite chez les Grecs ; et saint Augustin observe que la philosophie, beaucoup plus ancienne chez les Égyptiens que chez les Grecs, n'avait commencé ex Égypte qu'au temps des patriarches Abraham, Isaac « Jacob,
Tombeau d'Abraham et de Sara.
On voit encore à Hebron, ancienne ville de la vallée de Mambré, la double caverne qu'Abraham acheta d'Éphron pour y emsevelir Sara sa femme, et dans laquelle il fut lui-méme enseveli, ainsi qu'Isaac son fils, et Jacob son petit-fils. Le tombeau d'Abraham est renfeimé dans une église que l'impératrice sainte Hélène avait fait construire à cet effet, et qui existe encore à Hébron. Les mahomélans ont converti cette église en mosquée à leur usage.
Descendants d'Ismaél.
* Les Sarrasins, dit le P, Colome, descendent de Cédar, et se glorifient d'être par conséquent descendants d'Ismael; on en voit un grand nombre dans la Palestine qui ne vivent que des fruits de lcur brigandage, et qui prétendent le justifier, non-seulement à cause de l'extrème pauvreté où ils sont réduits, mais encore parce qu'ils regardent les autres hommes comme des descendants d'Abraham par Isaac, comme ils le sont par Ismaël, et qu'ils prétendent qu'Alraham n'ayant pas donné à Ismaël sa légitime, et qu'isaac et ses descendauts en ayant profité, il leur est permis de la prendre sur eux quand ils en trouvent l'occasion. »
Sur le nombre des enfants d'Ismaél.
lui sunt. filii Esmaélis; et hac nomina per castella et oppida. eorum, duodecim. principes tribuum. suarum ;. c'est-à-dire, suivant l'interprétation qui me parait la plus naturelle : F'oiei les noms des douze fils d" Ismael qui furent chaeun tige d'une postérité répanduc en différentes villes, Au reste, ce passage semble insinuer que les douze Bts d'Ismacl furent chefs de douze tribus, de mème à peu près que les douze enfants de Jacob. Quoi qu'il en soit, on veut encore aujourd'hui que toute la nation des Arabes, que l'opinion commune fait descendre d'Ismacl, soit divisée en douze tribus dont chacune a son prince ou chef de tribu, nommé en arabe scheích-
elkebir, qui a sous lui d'autres scheichs qui sont chefs des diverses familles,
Sens des paroles d'Ésai.
«Je nen vais mourir, répartit Ésaü; de quoi me servira mon droit d'ainesse? »
Ille respondit : En morior; quid mila. proderunt. primogenita ? comme s'il y avait : Je me meurs de besoin et d'accablement , il fant bien faire ce que vous souhaitez ; car si je mourais faute de manger, de quoi me servirait mon droit d'aínesse?
Conduite d'Esan.
Jacob, disent les critiques, profita de la faim et de la lassitude de son frere Ésaü pour lui enlever le droit d'ainesse, qui était inalienable.
Si, par le droit dainesse , on entend les biens de la succession paternelle, ce reproche est faux. Ésaü eut pour partage, aussi bien que son frere, la rosce du ciel et la. graisse de la terre, Vabondance de toutes choses (Gen. e. xavir, Y 39). Lorsque Jacob, revenant de la Mésopotamie, où il s'était enrichi, voulut lui faire des présents, il répondit : Je suis assez. riche, mon frère; gardez pour vous ce que vous avez (ch. xxxiir, Y. 9). Or, ce que Jacob possédait pour lors était le fruit de son trasail; il dit lui-même : « J'ai passé le Jourdain avec mon báton, et je reviens avec deux troupes nombreuses d'hemmes et d'animaux » ( ch, xxxir, Y 10). Isaac vivait encore, età sa mort i] n'y eut point de dispute entre Jes deux frères pour le partage de sa succession (ch. xxxv, Y 29 ).
Qu'était-ce done que le droit d'ainesse vendu par Ésaü, et acheté par Jacob? Le privilège d'avoir, dans la suite des siecles, une postérité plus nombreuse et plus puissante, d'y conserver le culle du vrai Dieu, d'entrer dans la ligne des ancêtres du Messie. Telles étaient les bénédictions promises aux patriarches Abraham et Isaac; Ésaü n'y avait aucun droit, c'était un bienfait de Dieu purement gratuit; Dieu l'avait destiné et promis à Jacob lorsqu'il était encore dans le sein de sa mère. Ésaü méritait d'en être privé, à cause du peu de cas qu'il en fit et de la facilité avec laquelle il y renonca. Il aggrava sa faute en épousant deux étrangères, desquelles Isaac et Rébecca étaient mécontents ( ch. xxvi, Y 35).
Quoique la narration de l'historien sacré soit trés-succincte et détaille peu de circonstances, elle en dit assez pour nous faire comp'eudre qu'Ésaü était naturellement violent, impétueux dans ses désirs, déterminé à les satisfaire, quoi qu'il en püt arriver. Il se fit un jeu de son serment et du droit de primogéniture; quand il vit les suites de son. imprudence, il forma le dessein de tuer son fiere (eh. xxvis, Y 42). Hl n'iuspira poiat à ses femmesle respect qu'elles auraient dü avoir pour Isaac et Réliecca (eh, xavir, Y. 46). Cette conduite est beaucoup plus répréhensible que celie de Jacob.
Saint Paul appelle Ésaü un profane, d'avoir mis à pris, et à un si vil prix, nne chose aussi sainte que le privilege attaché à sa qualité d'ainé ( Hebr. ch. xir, Y 16).
APPENDICE
Sur Abraham.
Croira-t-on qu'on ait, dans le dernur siècle, voulu jeter quel-
que doute sur l'existence d'Abraham; d'Abraham dont nous avons l'histoire suivie, détaillée, écrite par un historien qui touche à son temps, et dont le bisaieul avait vécu plus de trente ans avec le petitlils de ce patriarche >
Dans cette histoire, l'écrivain, aussi exact qu'impartial, nous apprend l'origine et la patrie de ce grand homme, ses voyages, ses vertus el ses fautes, Il. y. marque aux Hébreux qui rentraient dans le pays qu'Abraham avait habité, les lieux où le patriarche son fils et son petit-lils avaient fait leur résidence , les autels qu'ils avaient Clevés, les puits qu'ils avaient ereusés, les terrains qu'ils avaient acquis, les peuples et les rois avec lesquels ils avaient eu des déméles ou fait des alliances. Il etitre dans les mêmes détails sur les divers endroits que ses douze arriere-petits-üls avaient rendus celebres par leurs aventures ou par leurs crimes. Est-ce ainsi qu'on parle d'un personnage fabuleux ?
Pour preuve de leur descendance de ce patriarche, les Juifs produisent des généalogies regardées parmi eux comme authentiques, généalogies sur lesquelles étaient fondés, noun-seulement l'espérance et le droit commun de la nation à la possession de la terre de Chanaan, mais les droits respectifs de chaque tribu, et de chaque particulier dans chacune des tribus, Quelle funille ancienne pourrait produire de sa descendance des titres aussi incontestables ?
Ce n'est pas tout : les Juifs ne sont. pas les seuls qui prétendent descendre d'Abraham ; les Arabes ismaelites s'en glorifient comme
LA GENÈSE, CHAPITRE XXVI
eux. Ainsi deux nations toujours jalouses, toujours ennemies l'une de l'autre, loin de se disputer mutuellement. cette cominune descendance , se réunissent pour l'atiester à toute la terre, et toutes deux en portent l'empreinte et la preuve sur leur chair.
Le témoignage de ces deux nations, déja si puissant par lui-méme, est confirmé par celui de deux autres peuples voisins et ennemis , les Moabiles et les Ammonites, qui se disent descendants du neveu d'Abraham, et par celui des peuples de Chanaan , qui, en donnant à leurs pères le nom d'Hebreuz , les déclaraient étrangers à leur pays et originaires d'au-delà l'Euphrate.
Enfin, le Dieu que les Juifs adoraient, la religion qu'ils professaient, la terre qu'ils habitaient, les monuments qu'ils avaient sous les yeux , leurs traditions, leurs écritures, tout annoncait Abraham.
À lant de témoignages irrefragables, on pourrait ajouter, s'il en était besoin, ceux d'une foule d'auteurs, méme paiens : de Bérose, d'Hécatée, de Nicolas de Damas, cités par Joséphe; d'Alexandre Polshistor, d'Eupoleme, etc, cités par Eusthe; de Trogue-Pompee, de Justin, ete. ; tout l'Orient est rempli de sa renommée et de la reputation de sa piété, de ses lumieres , de sa sagesse : réputation qui s'y conserve encore.
Si, aprés cette multitude de preuves, l'existence de ce patriarche et la descendance des Juifs ne sont pas des faits avérés, il n'y en a aucun dans toute l'histoire ancienne.