‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 153 sur 1035 · Habitabisque eum eo dies paucos, donec requies · texte numérisé non relu

Habitabisque eum eo dies paucos, donec requies

44. Et demeure avec lui quelques jours, jusqu'à ce que la colere de ton frère s'appaíse ,

45. Et que son indignation cesse, et qu'il ait oublié ce que tu as fait : j'enverrai ensuite, et te ramenere' ici. Pourquoi serais-je privé de mes deux fils en un jour ?

46. Et Rébecca dit à Isaac : Je suis lasse de la vie à cause des filles de Heth : si Jacob prend une femme de cette contrée, je ne veux plus vivre.

COMMENTAIRE

Raisons de la conduite de Rébecca envers Ésañ.

Rébecca avait bien des raisons de se plaindre d'Ésaü : son caractère emporté, son peu de respect pour l'autorité de son pere et de sa mère, $1 désohéissance à la loi positive de Dieu qui défendait à Abraham et à ses enfants d'épouser des femmes chananéennes , l'humeur arrogante de ses deux belles-filles , tout l'éloignait d'Ésaü et augmentait sa tendresse pour Jacob. La qualité d'ainé, qui donnait au premier l'autorité sur le second, lui faisait tout craindre pour Jacob. Elle savait que Jacob avait acheté de son frère son droit d'ainesse , qu'Ésaü lui avait assuré aver. serment pour une vile nourriture : ce dernier trait la remplissait d'indignation. Elle résolut donc d'assurer à Jacob les avantages les plus précieux de ce droit, en lui faisant obtenir la bénédiction paternelle, Sans doute ou ne peut excuser le moyen qu'elle emplova pour réussir : ce fut aussi nne faute de la part de Jacob. Mais Isaac , instruit de tout ce qui s'était passé, ne rétraeta point sa bénédiction. 1l ne bláma ni Rébecca ni Jacob; et il se rappela les oracles divins qui donnaient au plus jeune de ses fils la prééminence sur son ainé : il se rappela le caractère violent de l'un, la douceur de l'autre, et il s'écria: Je l'ai béni, et id sera béni , etc.

Ésaü lui-méme reconnut qu'il avait été privé par sa faute de la bénédiction à laquelle il avait droit par sa qualité d'ainé; que le nom de Jacob , supplanteur, aurait bien dà l'avertir de ne lui point vendre par dérision son droit d'ainesse, et que celte première faute l'avait conduit à la perte qu'il déplorait.

Comment saint Augustin justifie la conduite de Rébecca.

Quoiqu'op ne puisse pas blàmer cette tendre mère d'avoir assuré à son fils les avantages de la primogéniture, que son frère lui avait vendue et qui, dans les vues de la Providence, lui était dévolue, l'on n'est pas obligé pour cela de justifier toutes les circonstances de cet événement et tous les moyens qu'elle v fit servir. Cependant saint Augustin l'excuse de mensonge, parce que son dessein ne fut pas de tromper Isaac, mais de lui faire faire ce qu'il fallait, et qu'il se fût trompé au contraire en donnant la première bénédiction à Ésaü. Il est vrai aussi que quoiqu'aucune espèce de mensonge ne soit permise dans aucun cas, cette morale pure et séxére n'a pas toujours été éga-

lement connue. On a pu se persuader innocemment, quoique faussement, que dans des affaires justes et louables il était permis de n'étre pas toujours sincère, Si des saints Pères ont cru pouvoir adopter cetle opinion avant que l'Église eût paru la rejeter, il ne faut pas s'étonner que dans les temps de la première simplicité on l'eit regardée comme véritable.

Comme on peut expliquer la conduite de Jacob.

Ce serait en vain qu'on s’efforcerail d'excuser la conduite de Jacob. H est plus elair que le jour, par le récit de Moïse, que Jacob, de concert avec Rebecca, sa mere, à surpris Isaac, et qu'il a appuyé sa fraude par plusieurs mensonges. Nous ne sommes point obligés de justifier toutes les actions des patriarches, quand les écrivains sacrés qui les rapportent ne les justifient point.

« Comme tout est mystérieux dans ces saints patriarches, dont la vie était une prophétie continuelle des mystères de Jésus-Christ, on ne doit pas arréter la vue sur cette action de Jacob en elle-méme, et qui présente d'abord l'idée d'un mensonge, mais la porter sur ce qu'elle signifie : alors on y verra, non uu mensonge, mais un grand mystére; savoir, la réprobation des Juifs eu la personne d'Ésaü, et la vocation des gentils en la personne de Jacob.» ( Précis de d'histoire sacrée. )

On n'a jamais entrepris d'excuser ce mensonge de Jacob. li n'est pas nécessaire non plus de dire que ces actions fautives étaient des figures qui annoncaient des événemens futurs : elles sont arrivées contre la volonté de Dieu, qui-condamne toujours ce qui est mal ; mais apres, elles ont pu étre destinées à figurer et représenter des événements postérieurs.

Privilèges de l'aîné dans les familles des patriarches.

Et il le bénit, J'ai déjà remarqué ci-dessus qu'un des privilèges de l'ainé, du temps des patriarches de l'ancien Testament, était une bénédiction particulière que le père lui donnait avant de mourir, et que l'on croyait alors toujours eíficace, ce qui me parait trés-clairement établi par ce chapitre xxv11 de la Genese.

J'ajonterai que l'opinion commune a toujours regardé comme prophétiques les bénédictions de ces anciens patriurches, tels que Noé, Isaac et Jacob.

LA GENÈSE, CHAPITRE XXVIIL

Bénédiction d'Isaae conservée à Jacob.

Il est étonnant qu'Isaac, apprenant la tromperie que lui a faite Jacob, non-seulement ne rétracte pcint la bénédiction qu'il lui a donnée, mais méme la confirme, On peut dire à cela que la bénédicion d'un pére mourant passait alors pour une décision irrévocable, comme semblent l'insinuer les paroles que Moïse met dans la bouche d'Isaac, De plus, il fallait absolument que Jacob, tige des 1sraëlites, edt la supériorité et la preéminence sur Ésaü, selon ces

paroles de Moïse du chap. xxv, Y 23 : » L'ainé sera assujetti au plus jeune, » ( Major serviet minori. )

De la prédiclion concernant les Iduméens.

Les Iduméens, postérité d'Ésaü, subirent, sous les armes victerieuses de David, un joug qu'ils n'ont secouë qu'au bout de soixante ans, sous le regne de Joram. La seconde partie de la prophétie s'aecomplit sous le roi Joram, fils de Josaphat, ainsi qu'Isaac l'avait annoncé en disant à Ésaü : « Le temps viendra où tu secouerds son joug, »

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