Et Jacob prit une pierre, et l'éleva comme un monument
46. Et il dit à ses freres: Apportez des pierres. Et ses freres ayant amassé des pierres, en firent une élévation sur laquelle ils mangèrent.
47. Et Laban l'appela l'Élévation du témoin , et Jacob le Monceau du témoignage, l'un et l'autre selon le génie de sa langue.
48. Laban dit: Cette élévation sera aujourd'hui un témoignage entre toi et moi. Et c'est pour cela qu'on l'appelle Galaad , c'est-à-dire, l'Élévation du témoignage.
49. Que le Seigneur vole et juge entre nous, quand nous nous serons éloignés l'un de l'autre ,
50. Si tu affliges mes filles, et si tu prends de nouvelles épouses avec elles : nul n'est témoin de nos paroles, excepté Dieu, qui nous voit.
51. Et il dit encore : Voilà cette pierre et- cette élévation que j'ai placées entre toi et moi.
52. Elles seront un témoignage : soit que je les franehisse, venant contre toi; soit que tu les dépasses, méditant le mal eontre moi, |
53. Que le Dieu d'Abraham et le Dieu de Naehor, le Dieu de leur père, soit juge entre nous. Jacob done jura par la crainte d'Isaac son pere ;
54. Et, ayant immolé des victimes sur la montagne , il appela ses fréres pour manger, et apres avoir mangé ils séjournèrent dans cet endroit.
55. Or, Laban, se levant pendant la nuit, embrassa ses fils et ses filles, et les bénit, et s'en retourna dans sa demeure.
l'autre quelque mal. » Au lieu de jeci, on lit dans le samaritain : times où timuisti, peut-être pour erexisti ; c'est l'expression du X 45, où l'on a vu que ce fut Jacob qui dressa ce monument,
X 55. Hebr. autr. : « Des le point du jour. »
COMMENTAIRE
VERSET 19, Des idoles dérobées par Rachel.
« Et Rachel déroba les idoles de son pere. »
Laban mélait le culte des idoles a celui du vrai Dieu, Rachel voulut peut-être ôter à son père ces objets de son idolátrie; mais elle n'avait pas droit de lui dérober ce qui lui appartenait.
Les rabbins pensent que le culte des idoles s'établit longtemps avantle déluge; c'est à ce crime qu'ils attribuent principalement les effets de la colère de Dieu,
Les rabbins , qui prétendent que c'étaient des statues qui parlaient et qui prédisaient l'avenir, et qui ont enseigné la maniére dont on les faisait, ne méritent aucune croyance; toutes les idoles que les paiens consultaient pour connaitre l'avenir ne parlaient pas pour ap en hébreu, comme en français, parfer signifie souvent indi.
quer , faire connaitre, par un signe quelconque. Ceux qui ont assuré que les heraphim étaient une invention des Égyptiens ; que c'étaient des figures du Dieu Serapis adoré en Égypte, ne peuvent en donner aucune preuve. Laban, qui vivait dans la Chaldée, n'était ecrtainement pas allé chercher ses theraphim en Égypte. D'autres qui ont pensé que ce mot est le méme que seraphim, des serpents ailés, que c’étaient des talismans, tels que le serpent d'airain fait par l'ordre de Moise, ne sont pas mieux fondés. Enfin Jurieu, qui a décidé que les theraphim de Laban étaient ses dieux pénates et les images de ses ancètres, a deviné au hasard. Du temps de Laban, l'idolàtrie ne faisait que commencer chez les Chaldéens , elle n'était pas encore portée au point de diviniser des hommes morts.
Il vaut done mieux avouer notre ignorance que de mous livrer à des conjectures frivoles ; le nom général d'idoles auflit pour entendre tous les passages dans lesquels le mot 4heraphim est employé.
LA GENÈSE, CHAPITRE XXXII
Voici l'explication de quelques autres commentateurs : On ne sait pas précisément ce que c'était que ces théraphim, ni par quel motif Rachel les enleva. Il y a apparnee , ainsi que Lightfoot le prétend, que ce n'étaient que des pierres! enf lesquelles étaient marques les noms des ancêtres de Laban. Cette opinion, trés-vraisemblable , est fondée sur la véritable signification du mot theraphim : il veut dire image où ressemblance; el, comme on peut représegter des chases vraies ou fausses , conformes au culte légitime ou superstitienses , on peut donner à theraphim le nom d'idole ou celui d'une image permise, selon les personnes , les temps et les lieux qui en déterminent le sens. Quand on supposerait que les fheraphimm de Laban, qu'il nomme lui-même ses dieux , le fussent en effet, il s'ensuivrait qu'il avait adopté des pratiques idolátres qu'il prétendait allier avec le culte du vrai Dieu qu'il adorait : mais il ne s'ensuit pas que ni Rébeeca, ni Lia, ni Rachel, aient donné dans cethe superstition; et quand cela serait encore, on n'en pourrait rien conelure contre la défense faite par Dieu aux patriarches d'épouser des filles idolátres. Il y avait toujours dans la famille de Laban des traces de l'ancienne religion , et cette défense ne regardait que les filles des Chananéens, en qui l'idolátrie était jointe à une grande dépravation de mœurs. Et, d'ailleurs, Dieu ayant résolu d'exterminer la nation des Chananéens par les Juifs, ces mariages des Hébreux avec leurs filles auravent étéun obstacle à l'exécution de ses décrets.
Des paroles de Jacob contre le ravisseur des idoles de Laban.
+ Mais pour vos dieux , que la personne ehez qni vous les trotrverez perde la vie. »
Dom Calmet eroit que Jacob prononce ici la peine de mort tontre celui de sa suite qui se trouverait avoir dérobé Les dieux de Laban; et il fait à ce sujet cette remarque, que les peres de famille avaient anciennement droit de vie et de mort sur leur fa-
mille. Mais ne pourrait-on pas dire, suivant les Septante, que ces mots, qu'il ne vise pas, sont simplement une imprécation de Jacob?
Tentes séparées pour les femmes de Jacob.
Ce verset nous apprend que les hommes et les femmes demeuraient dans des tentes séparées; et de plus, que chacune des quatre femmes de Jacob avait sa tente particulière.
Paroles de Rachel à son père.
* Mais Rachel qui avait pris les theraphim. »
Il y a des commentateurs qui croient que les theraphim de Laban étaient des préservatifs ou amulettes , auxquels on attribuait la vertu de préserver des maux, des fascinations, des maladies,
I est aisé de conclure de ce passage que les theraphim de Laban étaient de petite taille, puisque Rachel alla les cacher sous le bát d'un chameau,
Et elle dit à son père : = Que mon Seignenr ne se faehe point, si je ne puis me lever devant lui; car je souffre ce qui est ordinaire aux femmes, »
Cela pouvait être vrai, el rien ne nous oblige de dire qu'elle a menti.
Dom Calmet remarque assez judicieusement, ce me semble , mais après Josephe (Ant, 1 T, chap. xrx ) qu'il n'est pas étonnant que Laban ait négligé de chercher dans l'endroit ou Rachel était assise, puisqu'il ne pouvait penser qu'elle eût osé, surtont dans l'état ou elle se disait étre, s'asseoir sur des figures qu'il adorait, et qu'elle avait apparemment toujours adoré avec lui.