FIN DU DISCOURS PHÉLEMINAIRE
SUR LE PENTATEUQUE
moins n'a rien d'hétérodoxe, on concoit aisément, ce | duit : ainsi faire le soleil serait produire sa lumière.
qui paraissait auparavant contradictoire, que la lumière a pu exister avant le soleil, et qu'il y eut une succession de lumières et de ténèbres, des jours et des nuits, avant qu'il parût dans les cieux.
Au second jour, Dieu dilate encore cette atmosphere , peut-étre en y envoyant une plus grande abondance de calorique : c'est ce que Moïse, dont il ne faut pas attendre un langage conforme aux nouvelles découvertes, exprime par ces mots : Fiat ezpansio inter aquas , et dividat! aquas ab aquis. Le résultat de cette expansion et du calorique qui la produit est la vaporisation des eaux, leur ascension dans l'atmosphere et le dégagement d'uue partie du globe.
Au troisième jour, la masse des eaux qui couvraient encore notre globe était diminuée; mais il s'en fallait encore beaucoup qu'il fût entièrement dégagé. Dieu creusa alors, par des ruptures et des affaissements, un lit immense et profond. Bientôt, par leur tendance naturelle, les eaux se précipitent dans ces cavités, et notre continent paraît. Le mème jour, Dieu revêt le continent desséché d'une agréable verdure ; il ordonne à laterre de produire des arbres, des plantes et des arbres fruitiers.
Jusqu'au quatrième jour, une sombre Inmière, semblable à celle que nous recevons dans les jours nébuleux, avait éclairé la terre; mais, avant de créer les animaux, il convenait de rétablir l'astre du jour dans son ancien domaine : le jour devait étre marqué par l'apparition de ce brillant luminaire ; la nuit devait être éclairée par la lune et les étoiles, Aussi le Seigneur ordonna-t-il au soleil de paraitre dans les cieux, et de dissiper jusqu'aux moindres vestiges de l'obscurité du premier chaos. L'écrivain sacré dit , à la vérité, que Dien fit ces luminaires ainsi que les étoiles, fecit luminare majus, et luminare minus, et stellas : mais il faut remarquer que l'Écriture parle assez souvent selon ce qui paraît extérieurement, et non selon ce qui se fait réellement ; elle dit, par exemple, que le soleil s'arréte, quoique cela ne se fasse pas réellement, et n'ait lieu que selon les apparences : ainsi elle a pu dire que le soleil fut fait, quoiqu'il ne füt pas fait réellement, mais seulement selon l'apparence extérieure. Effectivement, si, au moment que Dieu faisait ainsi paraitre le soleil dans le firmament, quelque nouvel habitant de la terre l'eüt vu subitement montrer son disque caché depuis tant de temps, n'eüt-il pas pu dire que le solei! était produit. était fait sur la terre? Un flambeau qui n'éclaire pas n'est rien pour ceux qui n'en recoivent pas la lumière; on peut dire qu'il est fait pour eux, au moment qu'il commence à les éclairer. Au reste, le verbe asa/, dont Moïse se sert en cet endroit , ne signifie pas toujours la production réelle d'une chose; il signifie encore le passage d'une chose à un nouvel état, la préparation et la disposition qu'on en fait pour produire certains effets : ainsi l'on dit, faire de l'or et de l'argent à Baal, pour les consacrer à cette fausse divinité; faire l'aurore et les ténèbres, pour les amener successivement sur la terre. Ainsi faire le soleil pourrait signifier /e faire luire sur la terre. Eufin le soleil se prend assez souvent pour la lumière qu'il pro-
Or, c'est ce que Dieu fit, dans notre explication. Il ne créa point la substance du soleil, qu'il avait déjà faite dès le commencement : mais il produisit sa lumière sur la terre; il fit qu'au quatrième jour elle parvint avec tant d'abondance sur la terre, qu'elle y fit paraitre l'image du soleil. Au reste, cette interprétation n'est pas nouvelle ; car Pérérius, qui sontient , avec tous les auteurs juifs et plusieurs interprètes catholiques, que le soleil, avec tous les autres astres, avait été fait dès le commencement ; qui prétend mème que c'est lui qui, au premier jour, avait produit la lumière, est obligé de ne pas prendre à la rigueur le verbe /écit ; il dit donc que le soleil ne fut pas fait quant à sa substance, mais seulement quant à cette lumière plus forte qu'il produisit le quatrième jour. Ainsi, selon cet auteur très-orthodoxe, la force du mot fecit ne tombe pas sur la substance du soleil, mais seulement sur sa lumiere. Or, c'est ce que nous disons aussi : Dieu, selon nous, fit la lumière du soleil sur la terre; il la produisit de manière qu'on vit l'image du soleil dans les cieux.
On dira que cette explication est nouvelle : mais on peut en dire autant de celle qui entend la station du soleil sous Josué, non d'une station véritable, mais d'une station apparente ; et cependant on peut soutenir ce sentiment sans craindre la censure, quoiqu'il soit opposé aux idées reçues, et qu'il ait été flétri par le tribunal de l'inquisition, quoique ce systéme prenne crédit parmi les savants catholiques eux-mémes.
On objectera que cette explication fait violence aux paroles de l'écrivain sacré: mais en quoi est-elle moins vraisemblahle que celle de M. de Luc, qui entend les jours que Moise dit avoir eu un soir et un matin par des époques composées de plusieurs milliers de siècles ? Nous ne forcons pas plus les expressions de l'Écriture que ne le fait M. Bullet, lorsqu'il dit que le soleil n'a pas rétrogradé au temps d'Ézéchias, mais que ce sont uniquement ses rayons qui ont été inclinés de manière à produire les mémes apparences. Ainsi nous disons de méme'que ce n'est point la substance du soleil qui a été faite au quatrième jour , mais que c'est sa lumière qui a été disposée de manière à produire le phénomène d'une production apparente. Au reste, le récit de Moise étant trés-succinct, et exprimé d'une manière conforme aux idées populaires, il ne faut pas y chercher une précision philosophique et prendre à la rigueur toutes ses paroles : il suffit que lc fond soit véritable, et que la chose se soit passée extérieurement comme il nous l'a décrit. Autrefois, avant qu'on eût fait aucune découverte en physique, on prenait les paroles de Moise seloa leur sens populaire : on disait, en conséquence, que la lumière avait été créée avant le soleil, que les cieux étaient solides, qu'il y avait des eaux au-dessus du firmament. Les découvertes physiques ont fait abandonner ces explications, quoique les plus communes et les plus autorisées. Pourquoi les faits géologiques qu'on vient de découvrir dans ces derniers temps ne nous feraient-ils pas abandonner l'explication la plus commune sur la création du soleil et des astres, puisque, selon les règles de saint Au-
gustin, il faut toujours expliquer l'œuvre des six jours d'une manière conforme aus expériences certaines ?
On dira encore que nous enlevons tout moyen de prouver le dogme de la création par l'Écriture; mais nous conservons toute la force de cette preuve, puisque nous n'entendons point ces premières paroles, {a principio ereavit, et., d'un renouvellement, mais d'une création proprement dite du ciel et de la terre. D'ailleurs, combien d'autres passages peuvent être apportés comme preuves du dogme de la création !
Mais, ajoutera-t-on, les autres écrivains sacrés qui ont fait allusion aux paroles de la Gent:e sur la production du soleil et des astres les ont entendues d'une production proprement dite, et non d'une simple apparition. L'objectiou serait forte, si nous supposions que Moïse, dans le récit de la création, n'a jamais parlé que d'une apparition des astres; mais nous soutenons que, dès le commencement de son récit, il parle d'une production véritable , puisqu'il dit que des le commencement Dieu créa le ciel, et par conséquent tous les astres, sans lesquels on ne peut le concevoir, Aiusi il n'est. point étonnant que les autres écrivains sacrés aient supposé que ces astres ont été véritablement. produits.
On dira de plus que nous supposons le globe peuplé avant l'œuvre des six jours, et que l'Écriture et la tradition ne nous ont rien appris de cette population primitive. Mais l'Écriture et la tradition parlent-elles de la pluralité dis mondes? et cependant oserait-on avancer, malgré ce silence, que le sentiment qui l'admet soit contraire à la foi ? Si les découvertes astronomiques ont rendu ce dernier sentiment vraisemhlable, pourquoi les découvertes géologiques, qui nous montrent des dépouilles animales et végétales déposées dans le sein de la terre longtemps avant l'époque des six jours, ne rendraient-elles pas aussi vraisemblable le sentiment que la terre a été primitivement habitée ? La création du ciel et de la terre, que Moïse suppose avant l'œuvre des six jours, l'état de dévastation et de désordre où il décrit le globe au moment que Dieu comm ence à opérer, ne viennent-ils pas à l'appui des faits gé alogiques pour rendre cetle opinion vraisemblable ? L'Écriture-Sainte ne nous dit-elle pas que ce que nous connaissons des œuvres de Dieu n'en est qu'une légère partie, et comme l'extrémité et les bords de cet immense tableau ? Multa abscondita sunt. majora his; pauca enim videmus operum ejus. Quam desiderabilia omnia opera ejus, et tanquam scintilla, que est considerare ! Voilà ce que le sage conclut, aprés avoir fait la plus magnifique description de l'œuvre des six jours. Doit-on s'étonner, alors, que toutes les œuvres de Dieu n'y soient point contenues ?
Au reste, cette explication n'étant opposée à aucun texte formel de l'Écriture ni à aucune décision de l'Église, ne supposant rien qui répugne en soi, pourquoi ne la proposerait-on pas aux incrédules, comme une hypothèse propre à résoudre toutes les difficultés que présentent la physique, la théorie de la terre et les découvertes astronomiques ? Car, en l'admettant, toutes les objections s'évanouissent. 1^ Il ne faut plus demander