CHAPITRE
LA GENÈSE, CHAPITRE XXXIX
événements futurs ; cela ne suffirait pas pour les excuser, Mais les incrédules en condamnent plusieurs qui étaient réellement innocentes , dans les siècles et dans les circonstances où elles sont arrivées , parce que le droit naturel ne peut pas être absolument le méme dans les divers états de l'humanité. La raison en est que le bien commun de la société, qui est le grand objet du droit naturel, varie nécessairement selon les diflérentes situations dans lesquelles la societe se lrouve.
Joseph en faveur auprès de Putiphar. 1l est accusé par sa maîtresse et mis en prison
1. Igitur Joseph ductus est in Ægyptum, emitque eum Putiphar eunuchus Pharaonis, princeps exercitüs, vir /Egyptius, de manu Ismaëlitarum à quibus perductus erat.
2. Fuitque Dominus cum eo, et erat. vir in cunctis prospere agens ; habitavitque in domo domini sui,
3. Qui optime noverat Dominum esse cum eo, et omnia qui gereret, ab eo dirigi in manu illius.
4. Invenitque Joseph gratiam coram domino suo, et ministrabat ei : à quo præpositus omnibus *, gubernabat ereditam sibi domum et universa quæ ei tradita fuerant.
5. Benedixitque Dominus domui Ægyptii * propter Joseph , et multiplicavit tam in ædibus quàm in agris eunctam ejus substantiam;
6. Nec quidquam aliud noverat, nisl panem quo vescebatur *. Erat autem Joseph pulchrà facie, et decorus aspectu *.
7. Post multos itaque dies injecit domina sua oculos suos in Joseph, et ait : Dormi meeum.
8. Qui, nequaquam acquiescens operi nefario, dixit ad eam : Ecce dominus meus, omnibus mihi traditis, ignorat quid habeat in domo sua *
9. Nee quidquam est quod non in mea sit potestate vel non tradiderit mihi *, prater te, quie uxor ejus es : quomodó ergo possum hoe malum facere, et peccare in Deum meum *?
10. Hujuscemodi verbis per singulos dies et mulet molesta erat adolescenti , et ille reeusabat stuprum *
x 4. Hébr. : « Et son maitre lui donna l'autorité snr sa maison et lui confia le som de tout ce qu'il avait. » On lit dans l'hébreu, omne erat ei, au lieu de omae quod. erat. ei, que l'on trouve dans le samaritain , et qui est répété dans l'hébreu au verset suivant et au verset 8,
y 5. Hébr. litt. :
tout son bien, »
y 6. Hébr. litt. : « Et if ne se souciait de rien autre chose que du pain qu'il mangeait; » c'est-à-dire, il ne se réservait que son pain. Cette expression pain, désigne sa femme, selon le targum de Jonathan et plusieurs commentateurs. Le Ÿ 9 prouve l'exactitude de ce sens; nec quidquam... prater te, quee uxor ejus es.
« Et la bénédiction du Seigneur se répandit sur
1. Or, Joseph fut conduit en Egypte; et Putiphar, eunuque de Pharaon, chef de l'armée, Égyptien, l'acheta des mains des Ismaélites qui l'avaient amené.
2. Et le Seigneur fut avec Joseph, et tout lui prospérait ; et il demeura dans la maison de son maitre,
3. Qui connaissait tres-bien que le Seigneur était avec lui, et dirigeait tout ce qu'il faisait.
4. Et Joseph trouva grâce devant son maitre, et il le servait : ayant été établi par lui sur tous ses serviteurs, il gouvernait la maison qui lui était confiée, et tout ce qui nvait été remis à ses soins.
5. Et le Seigneur bénit la maison de l'Égyptien à cause de Joseph, et il multiplia tous ses biens, tant à la ville que dans les ehamps;
6. Et l'Égyptien n'avait d'autre soin que de prendre le pain dont il se nourrissait. Or, Joseph était beau de visage et d'un aspect agréable.
7. C'est pourquoi , plusieurs jours aprés, sa n maftresse jeta les veux sur Joseph, et dit: Dors avec moi.
8. Maislui, ne consentant pas à cette action eriminelle, lui dit : Vous voyez que mon maitre, qui m'a tout conflé, ignore ce qu'il a dans sa maison ;
9. Et il n'y a rien qui ne soit en ma puissance et qu'il ne m'ait donné, excepté vous, qui étes son épouse : comment done puis-je commettre ce crime et pécher devant mon Dieu ?
10. Chaque jour, par des discours semblables , cette femme était importune à ce jeune homme, et il se refusait au crime,
Ibid. Hébr. autr, : « Bien fait de corps et beau de visage. »
Y 8. Hébr. autr. : « Ne se soucie de rien avec moi dans sa maison. » On lit dans l'hébreu, guid ,au lieu de quidquam , qu'on lit dans le samaritain, ou l'on trouve aussi iu domo sua, au lieu de ín domo, qu'on trouve dans l'hébreu.
Y 9. Hébr, : « Il n'y a personne ici au-dessus de moi; à il n'y a rien que mon maitre ne m'ait remis entre les mairis, »
Hid. Mébr. : « Contre Dieu. » Sept. : « Devant Dieu. »
Y 10. Hébr, litt. : « Jl refusa de coucher pres d'elle, et d'être avec elle, » c'est-à-dire de prendre avec elle ancunes privautés de quelque nature qu'elles fussent.
COMMENTAIRE
11. Accidit autem quádam die ut intraret Joseph domum , et operis quippiam absque arbitris faceret *;
12. Etilla, apprehensá laciniâ vestimenti ejus, diceret : Dormi mecum. Qui , relicto in manu ejus pallio, fugit , et egressus est foràs. .
13. Cümque vidisset mulier vestem in manibus suis, et se esse contemptam *,
14. Vocavit ad se homines domüs sus, et ait ad eos : En introduxit virum Hebræum, ut illuderet nobis : ingressus est ad me, ut coiret mecum; eümque ego succlamassem ,
15. Et audisset. vocem meam, reliquit pallium quod tenebam, et fugit foras.
16. In argumentum ergo fidei retentum pallium ostendit marito revertenti domum *,
17. Et ait : Ingressus est ad me servus Hebræus quem adduxisti, ut illuderet mihi ;
18. Cumque audisset me clamare, reliquit pallium quod tenebam, et fugit foras.
19. His auditis, dominus , et nimiüm credulus verbis conjugis , iratus est valdè ;
20. Tradiditque Joseph in carcerem ubi vineti regis eustodiebantur , et erat ibi elausus.
21. Fuit autem Dominus cum Joseph, et, misertus illius , dedit ei gratiam in conspectu principis carceris,
22. Qui tradidit in manu illius universos vinctos qui in custodia tenebantur ; et quidquid flebat, sub ipso erat.
23. Nec noverat aliquid, cunctis ei creditis : Dominus enim erat eum illo, et omnia opera ejus dirigebat.
X tr. Hébr. : « Joseph entra dans la maison pour s'acquitter de son office, et il n'y avait dans la maison aucun des domestiques, » X 13. Hébr.: « Cette femme voyant qu'il lui avait laissé son manteau entre les mains, et qu'il était sorti en s'enfuyant, ete. « On lit dans l'hébreu , e£ fugit foràs, comme la Vulgate l'exprime au X
11. Or, il arriva un jour que Joseph rentrant dans la maison, et s'occupant sans témoin de ce qu'il avait à faire ,
12. Elle prit le bord de son manteau et lui dit : Dors avec moi. Mais lui, ayant laissé son manteau dans la main de cette femme, prit la fuite et sortit.
13. Et cette femme, ayant vu ce vétement entre ses mains, et sentant qu'elle était méprisée,
14. Appela des hommes de sa maison, et leur dit : Voilà que mon mari a introduit cet Hébreu pour nous insulter; il est venu à moi afin de me faire violence, et, lorsque je me suis mise à crier,
15. Et qu'il a entendu ma voix, il m'a laissé le manteau que je tenais et s'est enfui.
16. Comme preuve de la vérité de ses paroles, elle montra à son mari, revenu dans la maison, le manteau qu'elle avait retenu ,
17. Et lui dit : L'esclave hébreu, celui que vous avez amené, est venu à moi pour me faire outrage ;
18. Et, m'ayant entendue erier, il a laissé son manteau que je tenais, et s'est enfui.
19. A ce récit, le maitre, trop erédule aux paroles de son épouse, entra dans une grande colère ;
20. Et il envoya Joseph dans la prison oà l'on gardait ceux que le roi faisait arréter, et il était là enfermé.
21. Mais le Seigneur fut avec Joseph, et, prenant pitié de lui, il lui fit trouver gráce devant le chef de la prison ,
22. Qui remit en sa main tous les prisonniers qui étaient sous sa garde; et tout ce qui se faisait était soumis à Joseph.
23. Le chef de la prison lui ayant tout confié, ne s'informait plus de rien : car le Seigneur était avec Joseph, et dirigeait toutes ses actions.
15; mais au Ÿ 15 l'hébreu dit, ef fugit, et egressus est forás, comme au y 12; et le samaritain le met ainsi dans ces trois versets.
X 16. Hébr. : « Et elle relint auprès d'elle le manteau de Joseph , jusqu'à ce que, son maitre étant revenu à la maison, elle lui dit, etc. »
COMMENTAIRE
Des esclaves.
Les aneiens, comme le remarque fort bien dom Calmet, avaient des esclaves qui servaient dans leurs maisons et d'autres qui travaillüent à la campagne.
Age de Joseph lorsque l'épouse de Putiphar voulut le corrompre.
Si Joseph avait seize à dix-sept ans quand il fut vendu par ses T. I.
frères, comme on peut le supposer, il pouvait avoir environ vingtsept ans quand la femme de Putiphar voulut le perdre, puisque trois ans après (alors âgé de trente ans suivant le Y. 46 du ch. xci) il fut présenté au roi Pharaon. Ainsi Joseph fut environ dix ans esclave de Putiphar.
VERSET 9, Que signifient ces paroles : coram Deo?
Suivaut la remarque de dom Calmet, on trouve dans quelques
exemplaires : /n dominum meum, ce qui s'entendrait de Putiphar et ferait un bon sens. Les Septante ont dit : peccabo coram Deo, ce qui,
dans le style de l'Écriture, signifie simplement : Quoi je ferais cette faute? Car on trouve souvent dans les livres sacrés ces mots, coram Deo, employés comme des particules purement explétives qui n'ajoutent rien au sens. Ef erat robistus venator coram Domino, dit VÉcriture, de Nemrod , c'est-à-dire : Et i! était un grand et fort chasseur.
Devins d'Égypte.
Le Clerc remarque ici fort judicieusement qu'on ne peut guère
LA GENÈSE, CHAPITRE XL
douter que Putiphar n'eüt reconnu l'innocence de Joseph pea après qu'il l'eut fait emprisonner, quoique Moise ne le dise pas; car sans cela il aurait sans doute fait punir de mort l'insulence d'un esclave qu'il aurait eru capable d'un crime aussi grand qu'était celui dont Joseph avait été aecusé; mais, ajoute Le Clerc, Putiphar se crut obligé de laisser quelque temps son esclave en prison pour sauver son honneur et celui de sa femme. Quoi qu'il en soit, Joseph resta en prison pendant trois ans environ, puisqu'il y fut mis âgé d'environ vingt-sept ans et qu'il en sortit âgé de trente ans,