Et eux, chargeant le blé sur leurs ânes, s'en allèrent
27. Et l'un d'eux, ayant ouvert son sac pour donner à manger à son âne dans une hôtellerie, vit son argent à l'entrée de son sae ,
28. Et dit à ses fréres: Mon argent m'est rendu ; le voici dans le sac, Et eux, étonnés et troublés, se disaient l'un à l'autre : Qu'est-ce que Dieu nous a fait?
29. Et ils vinrent à Jacob leur père en la terre de Chanaan, et lui racontérent tout ce qui leur était arrivé, disant :
30. Le maitre de cette terre nous a parlé rudement, et a cru que nous étions des espions.
81. Mais nous lui avons répondu : Nous sommes venus dans des pensées de paix, et nous ne méditons point de mal.
32. Nous sommes douze frères , fils d'un méme pere: l'un n'est plus, et le plus jeune est avec notre père en la terre de Chanaan.
33. Etil nous a dit: Voici comme j'éprouverai st vous êtes venus en paix : laissez un de vos frères avee moi, et prenez le blé nécessaire à vos maisons, et vous en allez,
24. Et amenez-moi votre plus jeune frère, afin que je sache que vous n'étes point des espions, et queje délivre votre frère qui est dans les fers, et qu'ensuite vous puissiez acheter ce que vous voudrez.
35. Et, aprés ces choses dites, comme ils vidaient leurs sacs, ils y trouvèrent chacun leur argent à l'entrée ; et tous étant dans l'effroi ,
36. Jacob leur dit: Vous avez fait que je suis sans enfants : Joseph n'est plus; Siméon est retenu en prison , et vous m'ôtez Benjamin : tous ces maux sont retombés sur moi.
37. Ruben lui répondit : Faites mourir mes deux enfants, si je ne vous le ramène; remettez-le entre mes mains, et je vous le rendrai.
38. Et lui : Mon fils n'ira point avec vous en Égypte ; car son frere est mort, et lui seul est resté : si quelque mal lui arrivait en la terre où vous allez, vous feriez descendre mn vieillesse avec douleur dans le tombeau.
X 3e. Hébr. autr. : « Droits et sincères, »
X 33. Hébr, autr. : « Que vous soyez droits et sincères, » #35. Hébr. : « Ligamen argenti sui. »
X 36, Hébr, autr. : « Joseph n'est plus ; Siméon n'est plus, »
LA GENÈSE, CHAPITRE XLIII
COMMENTAIRE
Beauté de l'histoire de Joseph.
Avant que de passer outre, il est à propos d'observer que les chapitres XLIL, XLIII, XLIV el xrv de la Genèse contiennent le récit de ce qui se passa en Égypte entre Joseph et ses frères, jusqu'à ce qu'il se découvrit à eux. Rien n'est plus tendre et plus touchant que ce récit : c'est non-senlement un des plus beaux endroits de l'Écriture- Sainte , mais méme il y a peu de morceaux dans les historiens anciens ou modernes qui puissent lui être comparés.
«J'ai lu et relu l'histoire de Joseph dans la Bible, dit Ducis ; comme ce charme ineffable repousse toutes nos fables et toutes nos additions épiques! C'est un charme jaloux qui n'en peut pas souffrir d'autres. Comment ôter, comment ajouter un mot à cette divine hisloire ? »
« L'histoire de Joseph, dit Voltaire, est un des plus précieux mo-
numents de l'antiquité qui soient parvenus jusqu'à nous; elle parait être le modèle de tons les écrivains orientaux ; elle est plus attendrissante que l'Odyssée d'Homére.... »
: «Test difficile, dit Rollin, de retenir ses larmes lorsqu'on voit Joseph obligé de se détourner ou de se retirer pour essuyer les siennes, parce que ses entrailles étaient attendries par la présence de Benjamira; ou, lorsqu'après s'ètre fait connaitre , il se jette au cou de ce cher frère, et le tenant étroitement embrassé, mêle ses larmes aux siennes , et en fait autant à l'égard de ses autres frères, sur chaeun desquels il est dit qu'il pleura. Dans ce moment aucun d'eux ne parle, et ce silence est infiniment plas éloquent que tous les discours, La surprise, la douleur, le souvenir du passé , la joie, la reconnaissance, étouffent en eux toute parole. Leur cœur ne s'explique que par des larmes, qui signifient tout ce qu'ils pensent, mais qu'ils ne peuvent exprimer, »
Les saints Pères ne se lassent pas d'admirer dans toute cette histoire la providence avec laquelle Dieu gouverne toutes choses, et aux ordres de laquelle nul homme ne peut résister. Tout ce que les frères
de Joseph avaient appréhendé leur arrive : ils l'avaient vendu pour empêcher sa grandeur, qui nvait été prédite par ses songes, et il devint grand parce qu'ils l'avaient vendu, Tl fallait qu'ils l'hamiliassent afin qu'il fôt élevé , et sa gloire avait besoin de leur haine, Dieu a voulu marquer ces histoires dans son Écriture, afin de convaincre les plus incrédules que c'est Ini qui règle tout le monde; que les hommes ne peuvent s'opposer à sa volonté; qu'il surprend les plns habiles dans leur adresse , et que, comme a dit le plus sage de tous les rois, il n'est point de sagesse ni de prudence, ni de conseil qui puisse Ini. résister, puisqu'il se sert de la résistance méme des hommes pour accomplir ses desseins , et pour faire par eux, et malgré eux , tout ce qui lui plait avee une facilité toute-puissante.
Que signifie le mot adorer dans le style de l'Écriture?
* Joseph commandait dans ce pays (d'Égypte); c'était par som ordre que le blé se vendait à tout le peuple du pays, et ses frères vinrent se prosterner devant lui la faee contre terre. »
« Cimque adorassent eum fratres sui, »
“Adorer, dans le langage de l'Écriture, dit Mésenguy, signifie seulement se prosterner, quand il se rapporte aux créatures. C'était alors et c'est encore aujourd'hui l'usage des Orientaux de se prosterner le visage contre terre devant les personnes à qui l'on veut marquer un profond respect et une humble soumission, ou demander quelque grâce. Les frères de Joseph l'adorerent de cette sorte.» 1
Aveux des frères de Joseph.
Les fils de Jacob, qui ne savaient pas que leur langue était fa-
milière à Joseph, à qui ils ne parlaient que par interprète, ne craignirent pas de dire devant lui tout ce qu'ils pensaient.