Fecerunt ergo filii Jacob sicut præceperat eis
13. Et, portantes eum in terram Chanaan , sepelierunt eum in spelunca duplici *, quam emerat Abraham eum agro in possessionem sepuleri ab Ephron Hethæo , contra faciem Mambre.
14. Reversusque est Joseph in Ægyptum cum fratribus suis et omni comitatu, sepulto patre.
À 7, Lil, :« Les anciens. » Ce nom d'ancien est plutôt un titre de dignité qu'un terme qui marque l'áge.
1. Joseph, voyant son père mort, se jeta sur son visage , pleurant et l'embrassant. .
2, Et il ordonna aux médecins qui le servaient d'em-
baumer le corps de son père.
3. Et ils accomplirent ce qui leur était commandé, durant quarante jours, car telle était la coutume lorsqu'on embaumait les corps. Et l'Égypte pleura Jacob durant soixante-dix jours.
4. Les jours de deuil passés, Joseph parla aux officiers de la maison de Pharaon : Si j'ai trouvé gráce en votre présence, dites à Pharaon :
5. Parce que mon pére m'a fait jurer, disant : Voici que je meurs, tu m'enseveliras dans le sépulere que j'ai creusé pour moi dans la terre de Chanaan , j'y monterai et ensevelirai mon père, et je reviendrai.
6. Et Pharaon répondit : Monte et ensevelis ton père, comme il te l'a fait jurer.
7. Et il monta dans la terre de Chanaan, et tous les anciens de la maison de Pharaon et tous les anciens de l'Égypte allèrent avec lui,
8. Ainsi que la maison de Joseph, et ses frères , excepté les enfants et leurs troupeaux , qu'ils laissèrent en la terre de Gessen.
9. II était suivi de chars et de cavaliers, et il y eut une grande multitude.
10. Ils vinrent jusqu'à l'aire d'Atad, qui est au delà du Jourdain, oü ils furent sept jours, eélébrant les funérailles par des pleurs et de grands eris.
11. Ce que les habitants du pays de Chanaan ayant vu , ils dirent : Voilà un grand deuil parmi les Égvptiens. Et c'est pourquoi ce lieu fut appelé Je Deuil d'Egypte.
12. Les fils de Jacob firent done ce que leur père leur avait ordonné ; :
13. Et, le portant en la terre de Chanaan, ils l'ense velirent dans la caverne double , vis-à-vis de Mambré, qu'Abraham avait achetée d'Ephron l'Héthéen, avec son champ, pour le lieu de sa sépulture.
14. Et Joseph retourna en Égypte, et ses frères, et tous ceux qui étaient montés avec Jui, après avoir enseveli son père.
3 13. Hébr. : « Dans [a caverne du champ de Mafhpélah. »
15. Quo mortuo, timentes fratres ejus, et mutuù eo loquentes, Ne forte memor sit injurim quam possus est, et reddut nobis omne malum quod fecimus,
16. Mandaverunt ei dicentes: Pater tuus praecepit nobis , antequam moreretur ,
17. Ut hee tibi verbis illius dieeremus : Obsecro ut obliviscaris sceleris fratrum tuorum, et peceati atque malitiæ quam exercuerunt in te : nos quoque oramus ut servis Dei patris tui dimittas iniquitatem hane. Quibus auditis, flevit Joseph.
18. Veneruntque ad eum fratres sui, et proni adorantes in terram dixerunt : Servi tui sumus.
19. Quibus ille respondit : Nolite timere possuinus resistere voluntati *?
20. Vos cogitastis de me malum; sed Deus vertit. illud in bonum, ut exaltaret me, sicut in praesentiarum cernitis, et salvos faceret multos populos *.
21. Nolite timere : ego paseam vos et parvulos vestros. Consolatusque est eos, et blande ae lenitur est locutus *.
22. Et habitavit in JEzypto cum omni domo patris sui, vixitque centum decem annis; et vidit Ephraim filios usque ad tertiam generationem; filii quoque Machir, filii Manasse nati sunt in genibus Joseph.
: num Dei
23. Quibus transactis, locutus est fratribus suis: Post mortem meam Deus visitabit vos, et ascendere vos faciet de terra ista ad terram quam juravit Abraham, Isaac et Jacob.
24. Cümque adjurasset eos atque dixisset, Deus visitabit vos, asportate ossa mea vobiscum de loco isto,
28. Mortuus est, expletis eentum deeem vilie suc annis; et, eonditus aromatibus, repositus est in loculo in JEgypto.
Y 19. Hébr. : « Car voudrais-je m'égaler à Dieu, pour résister à sa volonté? » Autrement, selon le chaldéen : « car je crains Dieu, » c'est-à-dire qu'au lieu de : « An pro Deo ego sum, » on a lu :
COMMENT AIRE
15. Jacob mort, les frères de Joseph, tiémblant, se disaient entre eux : Si par hasard Joseph se souvenait de l'injure qu'il a soufferte, il nous rendrait tout le mal que nous lui avons fait.
16. Et ils envoyerent vers lui, disant : Votre père nous a commandé, avant qu'il mourüt ,
17. De vous dire en son nom : Je te prie d'oublier le crime de tes frères , et le péché et la malice dont ils ont usé contre toi; et nous aussi nous vous supplions de pardonner cette offénse aux serviteurs du Dieu de votre père. Joseph, ayant entendu ces paroles, pleura ,
18. Et ses frères vinrent à lui, et se prosternèrent devant lui ; et, l'adorant, ils dirent : Nous sommes vos serviteurs.
19. Et Joseph répondit : Ne eraignez point; pouvons nous résister à la volonté de Dieu?
20. Vous avez pensé mal de moi ; mais Dieu a changé ce mal en bien, pour m'élever comme vous le voyez maintenant , et pour sauver plusieurs; peuples.
21. Ne craignez point : je vous nourrirai ; vous et vos enfants. Et il les consola, et il leur parla avee douceur et avec tendresse. '
22. Et il habita en Égypte au milieu de toute la famille de son pere, et il vécut cent-dix ans ; et il vit les enfants d'Éphraim jusqu'à la troisième génération ; et les enfants de Machir, fils de Manassé, naquirent sur les genoux » Joseph.
23. Joseph dit ensuite à ses'freres : Après ma i. Dieu vous visitera et vous fera remonter de cette terre à celle qu'il a promise à Abraham, à Isane et à Jacob.
24. Et apres qu'il les eut fait s'engager par serment, et qu'il leur eut dit : Dieu vous visitera , transportez d'ici mes ossements avec vous,
25. ll mourut, âgé de cent-dix ans; et, ayant été embaum: , il fut mis dans un cercueil en Égypte.
* Timens Deum, ego sum, »
X 20. Hébr, : « Afin de sauver un grand peuple. » Ÿ ar. Hébr, litt. : « Kn leur parlant au cœur, »
COMMENTAIRE
VERSET 2, Embaumement de Jacob.
« ll commanda ensuite aux médecins qu'il avait à son service d'embaumer son père, et ces médecins. embaumeérent Israël,
* On y employa quarante jours; car c'est la coutume d'employer ce temps pour embaumer les corps; et les Égyptiens pleurèrent Jacob pendant soixante et dix jours. »
On voit par ce passage combien l'usage d'embaumer les corps morts était ancien en Egypte.
Hérodote et Diodore de Sicile sont bien ici d'accord avec Moïse;
ils disent que le corps mort est entre les maíns des embaumeurs pendant environ trente jours, qu'ensuite on le met dans le nitre pen» dant environ quarante jours; en sorte qu'on emploie à €es embaumements en tout soixante-dix jours.
Usage des Égyptiens pendant le deuil.
* Quand le temps du deuil fut passé, Joseph dit à ceux de la
maison de Pharaon : Si j'ai trouvé grâce devant vous, je vous prie de représenter ceci au roi. »
COMMENTAIRE
Locutus est Joseph ad familiam Pharaonis. C'est-à-dire aux officiers de sa cour. Les Septante ont dit : ad potentes Pharaonis. Dom Calmet remarque en cet endroit que, comme Joseph n'avait pas encore quitté les marques de deuil, qu'il ne devait déposer qu'aprés que Jacoh serait dans le tombeau , et qu'on ne paraissait pas devant le roi en habit de deuil chez les Égyptiens, il s'abstient par respect de parler en personne au roi en cette occasion.
Nombre des jours du deuil.
* Et Joseph y pleura son pére pendant sept jours. » Septem dies, Ce nombre était-il déterminé par une coutume des Égyptiens ou par une coutume des Israélites? C'est ce qu'gn ne sait
pas.
Joseph figure de Jésus- Christ.
C'est-à-dire « qu'il vit les petits-Gils d'Éphraim, » comme le monirent clairement ces paroles qui suivent, filii quoque Machir, filii Manasse nati sunt in. genibus Joseph, Les Septante sont ici entiérement d'accord avec la Vulgate.
On a dejà vu au chapitre xxx, verset 3, cet usage de recevoir sur les genoux les enfants nouveau-nés.
« Les saints Pères, dit Feller, ont eu soin de faire remarquer les caractères qui font de Joseph la figure et une image, quoique imparfaite, de Jésus-Christ, vendu et trahi par les siens, sauveur de son peuple et de tous les penples de la terre. C'est effectivement une des plus belles figures de l'ancien Testament, qui, de l'aveu méme des Juifs, nommément de Philon et de Josephe, était un livre tout figuratif, comme saint Paul le montre dans son épitre aux Hébreux. » « Par ces figures, dit un théologien exact et profond, Dieu avait dessein de rendre sensibles les mystères futurs de son fils, pour ceux à qui il en donnait dès lors l'intelligence par une lumiere inlérieure, et d'alfermir un jour dans la foi de ces mèmes mystéres cenx qui, apres l'accomplissement , verraient le rapport frappant qui se trouve entre les figures et ces mystères; car, quoique ce rapport ait été obscur et comme voilé avant l'événement, il est certain qu'aujourd'hui l'on ne peut comparer les faits de l'Évangile avec ceux de l'ancien Testament, sans être vivement frappé de la parfaite conformité que l'on y remarque au premier coup-d'eil , et sans être intimement persuadé que la sagesse divine a eu intention de représenter les uns par les autres. » C'est ce qui a fait dire à Tertullien : Ut verbis ita et rebus prophetarunt ; et à saint Augustin : {{lorum non tantüm lingua , sed et vita prophetica fuit. Indépendamment de cette allégorie, l'histoire de Joseph fait naître les réflexions les plus religieuses comme les plus sensées. Que les voies de Dieu sont admirables dans tous les détails de cette histoire touchante! quelle force dans les ressorts cachés de sa providence! Il change la faiblesse en puissance, et exécule ses. desseins par les obstacles méme
qu'on lui oppose.
Réflexions sur la Genèse.
Dans l'Histoire de l'Académie des inscriptions (X. TX, in-ra, p. 0). il y à l'extrait d'un mémoire où l'on fait voir l'utilité que les belles-lettres peuvent tirer de l'Écriture-Sainte, et en particulier du livre de la Genèse; l'auteur soutient que c'est là qu'il faut chercher l'origine des arts , des sciences et des lois; et M. Goguet l'a prouvé
en détail dans l'ouvrage qu'il a composé sur ce sujet, Origine des lois, ete.
* Quoique nous soyons bien éloignés , dit le savant académicien , d'adopter le système de ceux qui prétendent retrouver les héros de la fable dans les patriarches dont parle l'Écriture, nous ne pouvons méconnaitre, entre quelques-unes des fictions de la mythologie, et certains traits conservés dans la Genèse, un rapport assez sensible. Le siècle d'or, les iles enchautées , toutes les allégories sous lesquelles on nous représente la félicité du premier âge et les charmes de la nature dans son printemps ; toutes celles où l'on prétendait expliquer l'introduction du mal moral et du mal physique sur la terre, ne sont peut-être que des copies défigurées du tableau que les premiers chapitres de la Genèse offrent à nos regards...
* Toutes les sectes du paganisme ne sont, à le bien prendre, que des hérésies de la religion primitive , puisque, supposant toute l'existence d'un ou de plusieurs êtres supériears à l'homme, auteurs où conservateurs de l'univers, admettant toutes des peines et des récompenses aprés la mort, elles prouvent au moins que les hommes connaissaient les vérités dont elles font des abus... La religion naturelle étant du ressort de la raison, et l'étude s'en trouvant liée nécessairement avec celle de l'histoire..., c'est dans les livres de Moise qu'il faut commencer cette étude; c'est là que nous trouvons le vrai systéme présenté sans mélange , que nous découvrons les premières traces de la mythologie et de la philosophie ancienne... Moïse n'est pas seulement le plus éclairé des philosophes , il est encore le premier des historiens et le plus sage des législateurs. Sans les secours que nous tirons des livres sacrés, il n'y aurait point de chro-
* Les écrits de Moise ouvrent les sources de l'histoire ; ils présentent le spectacle intéressant de la dispersion des hommes, de la naissance des sociétes, de l'établissement des lois, de l'invention et du progres des arts; en éclaircissant l'origine de tous les peuples, ils détruisirent les prétentions de ceux dont l'histoire va se perdre dans l'abime des siècles. En vain l'incrédulité prétendait faire revivre ces obscures chimères enfantées par l'orgueil et l'ignorance, tous les fragments des annales du monde, réunis avec soin, et discutés de bonne foi, concourent à faire regarder la Genèse comme le plas authentique des anciens monuments, etc. »
« L'une des preuves de l'authenticité et de la vérité de l'histoire sainte, dit Bergier, écrite par Moïse, sont les détails géographiques dans lesquels il est entré, et l'attention qu'il a eue de placer la scène des éxénements qu'il raconte; précaution sage que n'ont pas prise les auteurs de différentes nations qui ont entrepris de donner les origines du monde. Dans le chou-king des Chinois , dans les védams ou bédangs des Indiens, dans les livres de Zoroastre , on à voulu remonter jusqu'à la création; mais on ne dit point en quels lieux de la Chine, des Indes ou de la Perse, ont vécu les personnages dont il y est parlé, ni où sont arrivés les faits qui y sont rapportés; preuve assez certaine que les auteurs de ces livres écrivaient au hasard et de pure imagination : il en est de méme des fables de la mythologie grecque.
« Moïse, mieux instruit et qui n'inventait rien, a placé dans l'Asie le berceau du genre humain, non aux extrémités orientales de l'Asie, comme ont fait de nos jours quelques philosophes systématiques , mais dans la Mésopotamie, sur les bords du Tigre et de l'Euphrate, Cependant Moise élait né en Égypte, fort loin de la Mésopotamie ; mais il n'a rien donné au goût ni au préjugé national, il a suivi fidelement la tradition de ses ancêtres, témoins bien informés et non suspects. Il place encore au même lieu la naissance et la propagation de la race humaine après le déluge , et c'est de là qu'il fait partir les descendants de Noé pour aller peupler les differentes contrées de la terre.
« Sur ce point, qui intéresse toutes les nations , le témoignage de Moise est confirmé par les monuments de l'histoire profane. A notre égard, tout est venu d'Orient, lettres, arts, sciences, lois, commerce,
civilisation, fraits de la terre les ps exquis, etc, Nos ancétres, Gaulois ou Celtes, encore barbares , furent policés par les Romains ; ceux-ci l'avaient été par les Grecs; les Grecs, suivant leurs propres traditions, avaient reçu des Égyptiens el des Phéniciens leurs premières connaissances , et les Phéniciens touchaient aux contrées daus lesquelles Moise place les premières habitations et les premieres sociétés politiques. Lorsque les scienees et les arts ont ete étouffés parmi nous, sous la barbarie des conquérants du Nord, il a fallu encore retourner en Orient par les Croisades pour retrouver une partie de ce que nous avions perdu.
» Mais Moïse ne s'est pas borné à faire partir des plaines de Sennahar les différentes peuplades, il les suit encore dans leurs migrations et dans leurs diverses branches. 11 distingue par leurs noms celles qui se sont répandues au Midi, dans la Syrie, la Palestine , l'Égypte, et sur les côtes de l'Afrique; celles qui se sont avancées à l'Orient , vers l'Arabie, la Perse et les Indes ; celles qui ont tourné au Nord , entre la mer Caspienne et la mer Noire, pour aller braver les neiges et les frimats de la zone glaciale ; celles enfin qui, de proche en proche, ont occupé l'Asie-Mineure, la Grece et les iles de la Méditerranée, pour venir bientôt s'établir sur les bords de l'Océan. Malgré l'envie qu'ont eue plusieurs critiques de découvrir des erreurs dans ces détails, on n'a pus pu encore le trouver en défaut; et ceux qui ont affecté de s'écarter des plans qu'il a tracés n'ont enfanté que des visions et des fables.
Enfin Mojse n'est pas moins exact à montrer l'origine et la situa.
COMMENTAIRE
tion des divers descendants d'Abraham , de Loth, d'Ismaël et d'Esaü, à placer les Iduméens , les Madianites , les Ammonites , les Moabites, les étrangers mème, tels que les Philistins et les Amalécites, chacun sur le sol qu'ils ont occupé. Dans le testament de Jacob, il donne une topographie de la Palestine, en assignant à chacun des enfants de ce patriarche la portion que sa tribu devait y posseder. Apres avoir marqué la route et les stations des Hébreux sortant de l'Égypte, il trace. leurs marches et leurs divers campements dans le désert ; il les fait arriver à la vue de la Palestine et du Jourdain; et, avant de mourir, il place déjà deux tribus sur la rive orientale de ce fleuve, 1 n'était pas possible de pousser l'exactitude plus loin,
» Aussi plusieurs savants se sont appliqués à éclaircir la gévgraphie de VÉcriture-Sainte , afin de répandre par-là un nouveau jour sur l'histoire. Les recherches de Bochart sur cetie partie seraient plus satisfaisantes s'il s'était moius livré aux conjectures et au désir d'expliquer, par l'histoire sainte, les fables de la Mythologie grecque. Mais tous ceux qui ont travaillé sur le méme sujet, dans la suite, n'ont pas laissé de profiter beaucoup de ses lumières; il avertit lui-méme que les révolutions terribles arrivées dans l'Orient, les migrations des peuples, le changement des langues et des noms, ont jeté de l'obseurité sur une infinité de choses; cependant, à force de comparer ensemble les géographes et les voyageurs des différents âges, on est parvenu à dissiper une grande partie des ténèbres que le laps de temps y avait répandues, »