‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 4 sur 1035 · DISSERTATIONS SUR LE PENTATEUQUE · texte numérisé non relu

DISSERTATIONS SUR LE PENTATEUQUE

comment la lumière qui est produite par le soleil et le étoiles, soit par émission, soit par vibration , a pu exister avant les corps lumineux, de maniere à produire la succession du jour et de la nuit. La réponse est évidente: cette lumière n'exista point avant la création des corps lumineux, mais seulement avaut leur apparition, comme elle existe dans les temps sombres et nébuleux, quand le soleil est caché dans les nuages. 2? Il ne faut plus se plaindre que le temps assigné par Moïse n'a pas été suffisant. pour former , depuis l'époque des six jours, les couches successives, les pétrifications et cristallisations qu'on observe dans l’intérieur du globe : la terre a existé longtemps auparavant, et l'on peut prendre zatant de siècles qu'on voudra. 3? Il ne faut plus demander comment il se trouve à de si grandes profondeurs tant de dépouilles végétales et animales qui paraissent être d'espèces différentes de celles qui existent aujourd'hui : on répondra que tous ces dépóts viennent des plantes et des animaux du monde primitif, dont la température, différente de celle du monde actuel, devait donner lieu à des espèces différentes, et propager les animaux qui vivent maintenant sur notre globe, dans des climats où ils ne pourraient plus subsister, el que toutes ces dépouilles avaient été déposées sur ie globe longtemps avant la grande catastrophe qui l'avait dépeuplé. 4? Enfin, si l'astronome est choqué de ce que Dieu ait fait pour la terre, qui occupe une place si petite dans notre système, non-seulement tous les autres corps qui tournent avec nous autour du soleil, mais encore toutes les étoiles, c'est-à-dire une multitude innombrable de systèmes tous aussi considérables que le nôtre, nous lui répondrons qu'il n'est point obligé de le croire, puisque, selon notre explication, Dieu les a tous créés longtemps auparavant pour les desseins de son infinie sagesse, et qu'au quatrième jour il les a seulement rendus visibles à la terre, afin qu'outre les autres fins que Dieu a cues eu les créant , ils pussent , comme dit Moise , marquer les jours et les nuits, les saisous et les années.

Enfin quelqu'un pourrait peut-être objecter l'autorité du rv* concile de Latran, qui a décidé contre les Albigeois , espèce de manichéens, que Dieu , dès le commencement, a tout créé ensemb'e, les esprits et les corps: Qui, sud omnipotenti virtute , simul ab initio uframque de nihilo condidit creaturam spiritualem et corporalem , angelicam videlicet et mundar:am , ac deinde humanam , quasi communem ex spiritu et corpore constitutam.

Il est facile de répondre que le concile de Latran n'a rien dit qui combatte notre opinion : il décide seulement contre les manichéens, qui admettaient deux principes différents pour la production des esprits et des corps, que tout a été fait en méme temps, sizul, par le Dieu tout-puissant ; que les anges et la malière ont été créés dés le commencement, et qu'ensuite, deinde? , c'est-àdire, dans un autre temps que le concile ne détermine pas , les créatures humaines ont été formées. O7, il n'y a rien dans cette. décision qui soit contre notre hypothèse, qui, n'ayant jamais été soutenue par les Albigeois , ne pouvait devenir l'objet des décisions du concile.

LA GENESE

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SUR LE PENTATEUQUE

Le Pentateuque est ainsi appelé parce qu'il est divisé en cinq livres : la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. Cette division se trouve rapportée pour la première fois par Josèphe dans ses Antiquités. Les écrivains de l'Ancien-Testament ne pa raissent pas l'avoir connue : du moins ils ne désignent jamais le Pentateuque que sous le nom de Loi de la loi, ou de Livre de la loi, comme les Juifs, qui ne l'ont jamais appelé que du nom de Loi. Nous allons exposer l'argument ou le sujet du Pentateuque, prouver que Moise en est l'auteur; examiner si le Pentateuque a été refondu dans les temps postérieurs, si la Genèse n'est point une compilation de monuments plus anciens, comme le prétend M. Astru:, s'il y a des fables dans le Pentateuque, s'il a été interpolé, si les histoires sont véritables, s'il est divin et inspiré , ce qu'on peut objecter contre la vérité de son inspiration.

Argument du Pentateuque.

Le Pentateuque contient l'histoire de ce que Dieu a fait de plus important pour établir la religion, depuis la création du monde jusqu'à la mort de Moise. La partie principale du Péntateuque est l'histoire de la législation mosaique : tout ce qui est rapporté auparavant n'est qu'une espèce d'introduction qui a avec elle une liaison nécessaire et ne saurait en étre séparée. Le Pentateuque peut aisément se diviser en trois parties : la première comprend l'histoire de ce qui s'est passé depuis la création du monde jusqu'à la mort de Joseph, et forme ce qu'on appelle la Genèse; la seconde, l'histoire de la 1égislation mosaique, et se compose de l'Exode, du Lévitique et des Nombres ; la troisième, avec la répétition de quelques lois déjà données, et l'addition de quelques nouveaux préceptes, des exhortations et des motifs pour

' Ces dissertations sur le Pentateuque m'ont été communiquées par un orientaliste aussi savant qu'éclairé qui ne veut pas être connu.

observer la loi déjà promulguée, et c'est ce que l'on trouve dans le cinquième livre, appelé le Deutéronome.

On peut encore distinguer dans le Pentateuque l'histoire, la religion, la législation, la poésie.

1° L'histoire qu'il contient est la plus ancienne , la plus certaine, et la plus intéressante pour les hommes. Elle est la plus ancienne, et par son écrivain, qui a précédé de longtemps tous les autres historiens qu'on pourrait citer, et par les événements qu'elle rapporte, puisqu'elle remonte à la création de l'univers, la formation del'homme et l'origine des premiers peuples de la terre. Elle est la plus certaine, puisqu'indépendamment de l'inspiration de son auteur, tout y porte les caractères de la plus exacte vérité; tous les personnages y sont nommés, toutes les époques y sont fixées, tous les événements y sont liés , de manière qu'on ne peut en nier un sans détruire tous les autres : depuis Adam et Noé, on descend, par une chaine non interrompue, jusqu'à Moise, que tout le monde a toujours regardé comme le législateur des Hébreux; jusqu'à la formation des douze tribus, l'origine de la législation mosaique, l'introduction dans la terre de Chanaan, qui sont des faits incontestables. Elle est la plus intéressante pour nous, car rien de plus intéressant pour l'homme que de connaitre son origine, la création de cet univers où il est placé, l'histoire du premier homme et de la grande catastrophe qui détruisit presque tout le genre humain, et à laquelle les traditions des peuples , les fictions de la mythologie et l'état de nos continents rendent un si éclatant témoignage; la maniere dont le monde fut réparé, les premiers peres et les premieres traditions de toutes les nations de la terre , l'histoire des patriarches du peuple hébreu, leur migration, leur servitude en Égypte, le miracle opéré pour les en délivrer, leur voyage dans le désert, l'histoire de leur législation, tous les prodiges enfin qui en démontrent la divinité. Telle est l'histoire contenue dans le Pentateuque ; en futil jamais de plus intéressante ?

2 La religion consiste dans le dogme et dans la morale. Le dome nous apprend ce que nous avons à croire par rapport à Dieu et par rapport à l'homme : or, rien de plus épuré que les idées que le Pentateuque nous

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donne de la Divinité? Le Dieu de Moise est bien différent de ceux qu'imaginaient à cette époque les plus sages nations de la terre : c'est un Dieu unique, tout-puissant , qui a tout fait par sa parole, infiniment sage, qui sonde les reins et les cœurs, qui gouverne tout par sa providence; c'est celui qui est : car c'est dans le Pentateuque que nous trouvons cette appellation magnifique qui définit le Seigneur autant qu'il peut l'être dans les ombres de cette vie: Ego sum qui sum. Le Dieu de Moise n'est pas semblable à cesdieux que quelques philosophes représentent indifférents au sort des humains, et les abandonnant au caprice du hasard et à la dure loi de la fatalité; c'est un Dieu ami des hommes, qui marche au milieu d'eux, qui habite sous leurs tentes, qui les choisit comme son héritage, qui les adopte pour ses enfants, qui, semblable à l'aigle, les réchauffe dans son sein et les protége à l'ombre de ses ailes, qui les nourrit du pain du ciel, qui fait jaillir pour eux les torrents du désert et le miel des rochers les plus durs. ll est vrai que l'auteur du Pentateuque, s'adressant à des hommes grossiers, est obligé de parler de Diea d'une manière humaine, et de lui préter des facultés et des affections qui, à la rigueur, ne sauraient lui convenir ; mais les notions exactes qu'il nous donne si souvent de la Divinité nous assurent du véritable sens qu'il faut donner à ses expressions métaphoriques, et sont le juste correctif de ce langage. Tandis que le paganisme et la philosophie étaient dons une grande ignorance, ou plutôt dans des erreurs si grossières, sur la nature et l'origine de l'homme, l'auteur du Pentateuque nous apprend qu'il est l'ouvrage de Dieu mème : il crée son corps de la terre, et répand sur lui un souffle de vie et d'immortalité; il crée son âme à son image et à sa ressemblance. Pour former le ciel et la terre avec fous leurs ornements, il ne faut à Dieu qu'une parole, ou plutôt qu'un seul acte de sa volonté; mais , quand il s'agit de créer l'homme, il tient conseil en lui-même, pour nous marquer que l'homme est le chefd'œuvre de sa sagesse, el qu'il doit porter l'empreinte de sa divinité. L'auteur du Pentateuque, aprés nous avoir donné les idées les plus justes de l'homme et de la Divinité, nous apprend encore les devoirs essentiels que la créature doit à son créateur. Tous ces devoirs, qui sont développés dans le Décalogue, se trouvent compris en entier dans le grand commandement que Muise a mis à la téte de toute sa morale :« Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même, »

3° Chaque législateur a son but particulier. A Sparte, Lycurgue s'attacha à former des hommes robustes et vigoureux; à Athènes, Solon voulut encourager les arts et les sciences : mais Moïse s'est proposé d'éloigner son peuple de l'idolàtrie, d'y conserver la croyance du vrai Dieu, et de le préparer à la venue du Messie ; voilà l'objet fondamental de la loi mosaïque, d'après lequel il faut juger toutes ses lois. Sans les parcourir toutes pour en montrer la sagesse, comme ont fait plusieurs écrivains dont on peut consulter les ouvrages, qu'il nous suffise d'appeler l'expérience en témoignage. La preuve la moins équivoque que la législation de Moise était sage, et qu'elle

a atteint son but et conservé dans le monde la connaissance du Dieu véritable, c'est qu'elle la conserve encore chez les Juifs avec une persévérance dont il n'y a jamais eu d'exemple. Toutes les lois du Pentateuque sont, ou morales, ou civiles, ou cérémonielles. Les lois morales, telles que le Décalogue et autres lois qui en dépendent, sont fondées sur le droit naturel. Les lois civiles sont celles qui dépendent de la volonté libre de Dieu , et regardent, ou la forme du gouvernement, ou les droits des particuliers. Les lois cérémonielles dépendent aussi d'un acte positif de la volonté divine, et regardent le culte divin. Voyez Michaélis, qui, dans son Droi/ mosaïque, a commenté toutes ces lois.

4 L'auteur du Pentateuque n'est pas seulement historien, théologien et législateur; il est encore un trèsgrand poéte. Les morceaux de poésie qui se trouvent daus le Pentateuque sont : les Bénédictions de Jacob, le Cantique sur le passage de la mer Rouge, les Prophéties de Balaam, le Cantique prophétique que Moise composa avant sa mort, les Bénédictions qu'à l'exemple de Jacob il donna aux douze tribus; et tous ces fragments étincellent des plus sublimes beantés.

Auteur du Pentateuque.

Pour connaître avec certitude l'auteur d'un ouvrage, il faut considérer, 1? les caractéres propres à cet ouvrage , 2° les témoignages extérieurs qui l'attribuent à un auteur quelconque : or, ces deux moyens que la critique nous fournit pour décider de l'authenticité des livres, servent à démontrer que Moise est l'auteur du Pentateuque.

1° Les caractères propres à l'ouvrage. Ces caracteres se réduisent au sujet , à la disposition du sujet et à l'élocution : or, ces trois caractères prouvent que Moïse a composé le Pentateuque.

Celui qui parle dans le Deutéronome est évidemment un homme qui, par les plus grands prodiges, a tiré son peuple d'Égypte; qui, au pied du mont Sinai, lui a donné un gouvernement et des lois; qui l'a conduit dans le désert pendant quarante années; qui l'y a nourri d'une maniere miraculeuse; qui, par des chàtiments divins, a puni son ingratitude. Il parle à un peuple qui a été le témoin des prodiges et des événements qu'il raconte; il parle avec un feu et une véhémence qui ne peuvent convenir qu'à celui qui a été l'instrument de la délivrance de ce peuple, et qui se trouve encore chargé de sa conduite. En un mot , celui qui parle dans le Deutéronome se trouve absolument dans les mêmes circonstances où devait être Moise, et le peuple à qui il parle exactement dans la méme situation où devait se trouver le peuple juif: par conséquent, l'argument du Deutéronome convient parfaitement à Moïse, et ne peut convenir qu'à ce législateur : or, le Deutéronome suppose les faits racontés dans les Nombres, le Lévitique et l'Exode, puisqu'on y exige l'observation des lois qui y sont contenues, et qu'on s'appuie sur les faits qui y sont rapportés pour engager les

SUR LE PENTATEUQUE

Juifs à s'y rendre fidèles. Ces quatre livres, à leur tour, supposent que la Genèse était déjà écrite , puisqu'ils nous renvoient souvent à ce qui s'y trouve renfermé. Ainsi, l'on peut donc dire que le sujet ou l'argument du Peutateuque convient à ce saint législateur.

L'ordre et la disposition des choses prouvent que c'est le législateur lui-méme qui a écrit l'histoire de sa législation; car il est natarel qu'un législateur qui écrit luimême l'histoire de sa législation la fasse précéder d'une introduction qui apprenne l'origine du peuple à qui il donne des lois, et la grandeur du Dieu qu'il lui donne pour roi ; qu'il y place surtout les événements qui peuvent servir de motif ou de règle à l'observation des lois qu'il prescrit. ll est encore naturel qu'il écrive ses lois dans l'ordre où il les a données; qu'il répète celles qui, par le défaut d'observatiou, exigeaient une promulgation nouvelle, et qu'il change celles dont les circonstances nouselles ont demandé la modification ; qu'il rapporte après ses lois les promesses ou les menaces , les récompenses ou les châtiments dont il s'est servi pour en garantir l'observation. Or, voilà ce que nous trouvons dans le Pentateuque ; par conséquent , le législateur lui-méme , c'est-àdire Moïse, a pu l'écrire. Tout autre que le législateur n'aurait pu s'astreindre à un pareil ordre; il en eût suivi un plus facile et plus régulier; il n'aurait pas répété ou changé les lois qu'il aurait écrites.

Quant à l'élocution, celui qui a écrit le Pentateuque est évidemment un écrivain poli, qui a vécu chez une nation où les sciences et les arts étaient cultivés : car on voit qu'il est Lrès-versé dans la géographie, l'histoire et la religion des peuples, l'histoire naturelle, la médecine ; il connait l'art militaire et parle trés-exactement de l'Égypte; il écrit enfin avec une élégance et une force de style auxquelles aucun autre écrivain hébreu n'a jamais pu atteindre : or, tout cela convient admirablement à Moïse, qui avait demeuré quarante ans en Égypte, qui avait été élevé à la cour de Pharaon et instruit dans toutes les sciences des Égyptiens.

Eufin l'auteur du Pentateuque est un écrivain d'une haute antiquité; car il rapporte plusieurs événements trés-anciens qui se trouvent d'accord avec les relations les plus anciennes des auteurs profanes. Il écrit dans une langue très-ancienne aussi; car, à l'exception de quelques mots égyptiens qu'il a adoptés, il ne se sert d'aucune expression étrangère et moderne : il y a méme dans le Pentateuque plusieurs archaismes qui ne se voient que à, et qu'on ne retrouve plus dans les écrivains postérieurs, comme l'ont remarqué les savants. Or, tout cela convient admirablement à Moise, qui, s'il a écrit, doit être le plus ancien des historiens. Ainsi nous pouvons donc conclure qu'à considérer le Pentateuque en lui-méme, soit dans son sujet, soit dans sa forme, soit dans son style, il ne contient rien qui ne convienne à Moise et qui puisse convenir à un autre que lui.

2» Les témoignages. Le premier témoignage qui se présente est celui du Pentateuque lui-méme. Nous lisons , au chap. xxxi du Deutéronome, que Moïse écrivit les paroles de la loi dans un livre, scripsit verba legis hujus in volumine , et qu'il ordonna aux lévites de le déposer

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à côté de l'arche, afin qu'il y fût gardé soigneusement et qu'il servit de témoignage contre les Israélites : or, ce livre ne contenait pas seulement les lois, mais encore les histoires, puisque Dieu ordonne à Moïse { Exode , chap. xvii, v. 14) d'écrire la guerre des Amalécites dans le livre, ainsi que l'apparition de Dieu sur le mont Sinai ( Exode, chapitres xxt et xxxiv), enfin les campements des Hébreux dans l'Arabie Pétrée (aux Nombres, chap. xxxi, v. 1). Ainsi, selon le Pentateuque, Moïse a écrit un livre qui contenait des lois et des histoires, qui a été confié au soin des lévites et qui a été soigneusement conservé : or, quel est ce livre, sinon le Pentateuque, que les Juifs ont toujours appelé du nom de Loi, et qu'ils ont toujours vénéré comme l'ouvrage de leur divin législateur? Le livre écrit par Moïse est, ou le Pentateuque entier, où simplement le Deutéronome, Dans le premier cas, nous avons ce que nous demandons : dans le second cas, les incrédules ne sont pas plus avancés, puisque le Deutéronome suppose la vérité de ce qui est contenu dans les quatre premiers livres ; il en rappelle les lois: il fait allusion à tous les faits miraculeux opérés à la vue de tout Israël , ou il les rappelle expressément. Enfin, si Moise a écrit le Deutéronome, il doit avoir composé les quatre premiers livres, puisque le Deutéronome leur est nécessairement postérieur et les suppose déjà écrits : or, quel autre écrivain que Moïse pourrait avoir écrit ces livres, dont l'argument, la disposition, le caractère et le style sont les mémes que ceux du Dentéronome? Le second témoignage est celui du livre de Josué lui-même, qui est du moins tiré mot à mot d'écrivains qui lui étaient contemporains : or, immédiatement après la mort du saint législateur, il exhorte le peuple à lire le livre de la loi de Moïse, et il cite de ce livre non-seulement des lois, mais des histoires, des menaces et des promesses qui remplissent le Pentateuque.

Tous les autres livres de l'Ancien-Testament parlent très-souvent du livre de la loi de Moïse, des livres de la loi de Jéhova : or, ces appellations désignent le Pentateuque; car c'est sous ce nom que les Juifs désignent encore à présent le Pentateuque : ils ne l'appellent jamais que Lex; c'est ainsi qu'ils le désignaient du temps de Jésus-Christ , qui parle de la loi , des psaumes et des prophetes. Il n'avait point d'autre nom au temps de la captivité, et on ne peut prouver qu'il en ait jamais porté un autre : effectivement tout le Pentateuque n'est qu'une histoire complette de la législation mosaique, comme nous l'avous déjà remarqué. Ainsi , toutes les fois que les écrivains sacrés nous parlent de la loi de Moise, du livre de la loi de Jéhova, des commandements donnés par Moïse, ils veulent donc nous parler du Pentateuque: or, les Écritures sont pleines de ces appellations; par conséquent, presque tous les livres de l'Ancien-Testament rendent témoignage à cette vérité, que Moïse est l'auteur du Pentateuque.

De plus, tous les livres de l'Ancien-Testament supposent évidemment que le Pentateuque était déjà composé avant eux ; ils eu citent les faits, ils en invoquent les lois, ils en sont le perpétuel commentaire. Toute la législation des Juifs, tous leurs usages, toute leur reli-

gion, dans tous les temps, tiennent au Pentateuque et le supposent dans son entier ; par conséquent, le Pentateuque est non-seulement antérieur à tous les écrivains du peuple juif, mais il est le fondement et la regle de leur législation, de tous leurs usages religieux et politiques : donc un pareil livre doit remonter jusqu'à l'origine de leur légistation , jusqu'au temps de leur législateur; il ne peut avoir tiré que de son nom ct de son autorité l'influence qu'il a eue sur les Juifs dans tous les siècles.

La nation judaïque regarde le Pentatenque comme l'ouvrage de Moïse, Cette croyance est ancienne, puisqu'elle existait au temps de Josèphe et de Philon, et qu'on ne saurait en assigner l'origine. Elle est universelle ; les Juifs caraites, les traditions , les autres Juifs qui les admettent , s'accordent à attribuer le Pentateuqne à Moïse; les trois sectes qui divisaient la synagogue au temps de notre Seigneur, c'est-à-dire les pharisiens , les saducéens et les esséniens, s'accordaient toutes ensemble sur ce point. Elle est uniforme, puisqu'on n'a jamais varié chez les Juifs sur l'auteur du Pentateuque. Cette tradition n'a pas pour objet un livre obscur et sans intérét, mais un livre qui était dans toutes les mains, que les prétres devaient conserver, que les rois devaient écrire, que les juges et les prétres devaient continuellement consulter, que tout le peuple devait lire ou entendre lire ; un livre qui était le code de la religion, du droit, du gouvernement, des lois et de la justice. Or, une tradition ancienne, uniforme et universelle, par rapport à un livre de cette espèce, doit être de la plus grande force; et si elle pouvait nous t romper, en ce cas il faudrait renoncer à prouver par la tradition l'authenticité des livres , et admettre le scepticisme historique. Ce qui fortifie encore la tradition des Juifs en ce point, c'est que non-seulement elle n'a jamais été contredite par les peuples leurs ennemis, mais qu'elle a été confirmée par eux. Les Samaritains, si opposés aux Juifs sur tant de points, s'accordent avec eux à attribuer tout le Pentateuque à Moise; les Chrétiens, les musulmans, les paiens eux -mémes, ont toujours regardé le Pentateuque comme l'ouvrage du législateur des Juifs; et ce n'est que dans ces derniers temps que quelques esprits téméraires ont osé s'élever contre une croyance si ancienne et si universelle. Ainsi les témoignages les plus anciens, les plus nombreux et les plus incontestables s'accordent à reconnaître Moïse comme auteur du Pentateuque ; et il y a cent fois plus de raison de l'affirmer qu'il n'y en a de dire que Justinien a composé ses Institats, que César a écrit ses Commentaires: ce que personne n'ose cependant révoquer en doute.

Mais examinons les arguments qu'on oppose pour prouver que Moïse n'est point l'auteur du Pentateuque.

Premier argument. Tous les témoignages de Josué et des auteurs subséquents parlent simplement du livre de la loi de Moise, de lois ou de préceptes écrits par Moise : par conséquent, ils prouvent seulement qu'il a composé les lois, et non les parties historiques; donc ils ne peuvent démontrer que Moise a composé le Pentateuque dans son intégrité.

R. On désigne encore actuellement chez les Juifs le Pentateuque entier sous le nom de Loi; et cet usage, adopté généralement parmi eus , est si ancien, qu'on n'en peut assigner l'origine : par conséquent, nous avons un légitime fondement de supposer qu'il existait dans les temps anciens; donc les témoignages rendus à la loi de Moise s'appliquent au Pentateuque entier.

Deuxième argument. Si Yon devait comprendre sous le nom de ZLoi les parties historiques du Pentateuque, ce ne devrait étre que celles qui servent à l'histoire de la législation mosaique, et non la Genèse et les premiers chapitres de l'Exode, qui n'y ont aucun rapport : par conséquent, on n'est point en droit de conclure que Moïse a écrit la Genèse, qui d'ailleurs contient bien des choses qui ne peuvent venir de lui. Fores chap. XIII, v. 7 et 10, et chap. xtv, v. 14.

R. Quoique la Genése ne soit pas précisément l'histoire de la législation mosaique, elle en est néanmoins une introduction nécessaire. Il importait singulièment à Moise de faire connaitre aux Juifs que ce Dieu qui avait parlé aux Juifs sur le mont Sinai et leur avait donné des lois était le créateur de toutes choses ; qu'il avait détruit le genre humain par un déluge, Sodome et Gomorrhe par une pluie de feu; qu'il avait appelé Abraham, Isaac et Jacob, et leur avait fait les plus magnifiques promesses; qu'il avait conduit leurs peres en Égypte et les en avait tirés par les plus grands prodiges : et c'est ce que nous apprennent le livre de la Genèse et les premiers chapitres de l'Exode; ces livres ne sont donc point étrangers à la législation mosaïque, ils en sont la préparation nécessaire. Otez en effet la Genèse et les premiers chapitres de l'Exode, et les Israélites ignorent le Dieu qui leur a donné des lois; ils ne comprennent rien aux appellations de Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob, aux promesses faites aux patriarches, aux prodiges opérés pour les tirer d'Égypte, que Moïse leur rappelle dans le Deutéronome : par constquent, pour faire un tout complet et régulier, Moise n'a pas dà se contenter d'écrire les quatre derniers livres, mais il a dû encore écrire celui de la Genèse; et, en effet, les écrivains postérieurs ont cité ou allégué sous le nom de Zoi de Moïse bien des choses qui ne se trouvent que dans la Genèse ou dans les premiers chapitres de l'Exode. (Voyez lahn, /ntroduction.) Quant aux passages qu'on prétend ne pouvoir avoir été écrits par Moise, sans les discuter en particulier, nous nous contentons de répondre, en général, que s'il est prouvé que ces parties ne puissent venir de la main de Moise, il s'ensuivra simplement qu'elles auront été ajoutées dans la suite par une main étrangére, ou comme un supplément nécessaire à l'histoire, tel que paraissent étre les deux derniers chapitres du Deutéronome; ou par l'erreur de quelque copiste qui aura mis dans le texte une note explicative qui n'était qu'à la marge ; ou par l'autorité de quelque prophète qui a changé quelques noms anciens en des noms plus connus. De pareilles interpolations, faites sans mauvaise intention, ne peuvent nuire en rien à l'authenticité du Pentateuque ; et il n'y a point de livre un peu ancien qui n'ait éprouvé

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un pareil sort. Vouloir conclure de l'interpolation de ces parties que tout le Pentateuque n'est point authentique, c'est vouloir conclure du particulier au général ; ce qui cst d'autant plus intolérable daus ce cas-ci, que tous les caractères du Pentateuque respirent , pour ainsi dire, une origine mosaïque, et que les témoignages les plus uniformes, depuis Josué jusqu'à nos jours, la lui ont attri-

Troisième argument. W n'y a presque point de différence entre la langue du Pentateuque et celle des livres d'Esdras, d'Esther, d'Aggée, de Zacharie, de Malachie et de Néhémie : par conséquent, si Moise a composé le Pentateuque, il faut dire que, dans l'espace de plus de mille aus, la langue hébraïque n'a point changé; ce qui est contraire à la nature des langues, qui varient continuellement.

R. Nous répondons simplement que cet argument prouve trop; car ceux qui le font ne nient pas au moins que Moise n'ait composé les lois qui sont contenues dans le Pentateuque : or, ces lois sont écrites dans la méme langue que les parties historiques; par conséquent l'argument prouve que Moise n'a pu écrire ces lois: ce que prétendent les adversaires, et ce qui est démenti par le témoignage du Deutéronome, de Josué et de tous les écrivains postérieurs. David a tres-cerlainement composé quelques-uns des psaumes : or, la langue des psaumes ne différe presque pas de celle des livres composés après la captivité; donc il s'ensuivra qu'aucun des psaumes n'est de David, et que tous les livres de l'ancien Testament ont été composés dans le méme temps. Ainsi cet argument, quoique renouvelé par Mü'ler dans les Prolégomènes de la Genèse, est de la dernitre faiblesse.

Quatrième argument. Si Moïse avait écrit les parties historiques du Pentateuque, tous les miracles sans nombre qu'il rapporte et qu'il dit avoir été opérés à la vue de tout le peuple juif seraient véritables : or, il répugne à la sagesse de Dieu d'avoir opéré cette suite continuelle de miracles seulement pour délivrer ce peuple de sa captivité et le placer dans la terre de Chanaan; donc Moise n'a pu écrire les parties historiques du Pentateuque.

R. L'argument suppose ce qui est en question, et ce qu'il faudrait démontrer, c'est-à-dire que Dieu ne peut faire des miracles ou n'a pu en faire un aussi grand nombre pour délivrer le peuple juif. Soutenir que Dicu ne peut faire des miracles, c'est dire essentiellement que Dieu n'a pu établir des règles générales de manière à y déroger; ce qui est contradictoire. Prétendre que Dieu n'a pu, dans sa sagesse, en opérer un aussi grand nombre pour la délivrance de son peuple, c'est vouloir juger la conduite de la Providence; ce qui est de la derniere témérité dans des étres aussi bornés que nous le sommes. On raisonne bien plus sagement en disant qu'il est certain historiquement que Moise a écrit l'histoire des miracles rapportés dans le Pentateuque : donc ils sont réellement arrivés ; donc Dieu, quoiqu'immuable, peut faire des miracles; donc la fin qu'il se proposait exigeait tous ces miracles. Au reste, par cette suite de miracles, Dieu

voulait non-seulement établir le peuple juif dans la terre de Chanaan, mais encore prouver la divinité de la religion mosaique , éloigner le peuple de l'idolátrie, conserver dans le monde la connaissance de la vraie religion, préparer les voies à la révélation évangélique : or. une fin aussi grande demandait sans doute de grands miracles, et des miracles multipliés; et si nos déistes modernes trouvent que Dieu en faisait trop, les anciens Hébreux , ensevelis dans les ténèbres des sens et de l'idolàtrie, ne pouvaient en étre arrachés que par cette multilude de prodiges.

L'ouvrage de Moïse a-t-il été refondu par quelques écrivains postérieurs ?

Quelques critiques modernes conviennent que Moïse a écrit des lois et même des histoires; mais ils prétendent que son ouvrage a été refondu, dans la suite des temps, par quelques autres écrivains , parce que le Pentateuque, dans l'état où il est, ne peut avoir été composé par Moïse. André Masius, trés- célebre interprète du livre de Josué, soutient que Je Pentateuque , tel que nous l'avons, n'a pu être écrit par Moise, mais qu'il a dà être refondu par Esdras ou par un autre prophete, qui a mis les noms nouveaux des lieux à la place des anciens. L'auteur du système des préadamites prétend que Moise avait composé des mémoires très-étendus , dont notre Pentateuque n'est qu'un abrégé. Richard Simon accorde que les lois du Pentateuque sont l'ouvrage de Moïse; mais il veut que tout le reste ait été composé par les éerivains publics que Moïse avait établis, d'après l'usage de l'Égypte, pour écrire les annales de la nation. Les parties historiques du Pentateuque ne sont , selon lui, que des abrégés de ces mémoires plus étendus. M. Le Clerc, dans ses livres contre l'Histoire critique de M. Simon, regarde comme vraisemblable que notre Pentateuque est l'ouvrage du prètre israélite qui fut envoyé pour instruire les Samaritains. Hase, auteur allemand, croit qu'il a été

‘composé après le retour de la captivité, d'apres les mo-

numenis anciens. Fuldas prélend que c'est sous David que le Pentateuque a été composé sur les écrits que Moise avait laissés, en y faisant néanmoins plusieurs additions. Voyez Rosenmüller, Prolégomènes sur le Pentateuque.

'Toutes ces hypotheses sont suffisamment réfutées par ce que nous avons dit à propos de la seconde question. Cependant nous allons les détruire encore plus directement, en établissant que l'ouvrage de Moïse n'a point été retouché et refondu dans les âges suivants. Mais avant d'entrer en matiere, il est important de remarquer que le sentiment des auteurs que nous réfutons n'est pas dangereux pour la religion, s'ils prétendent que notre Pentateuque actuel a été composé par quelque prophete sur les mémoires laissés par Moïse, ou d'après des monuments composés de son temps et déposés dans les archives de la nation, puisqu'alors il en serait du Pentateuque comme de plusieurs livres de l'ancien Tes-

tament , qui ont pareillement été composés d'après les monuments publics ou des écrivains contemporains , et qui, malgré cela, ont une grande autorité. Cependant | leur assertion est tout à fait dénuée de fondement , comme | nous allons le démontrer. Si l'ouvrage de Moïse eût été retouché et refondu par quelque écrivain postérieur, le caractère de la langue et du style ne manquerait pas de déceler le temps plus moderne oà il aurait été composé. On y trouverait des mots qui n'étaient point en usage du temps de Moïse; tous les archaismes, ou anciennes expressions , en auraient disparu. Un auteur moderne qui retouche un ancien ouvrage fait disparaitre les mots surannés ou inintelligibles, et met à leur place des mots plus counus de ceux pour qui il écrit. Tout autre écrivain que Moise n'aurait pu donner à son ouvrage le caractère d'originalité qu'on remarque dans quelques parties du Pentateuque , et surtout dans le Deutéronome : on n'y verrait point briller ce feu, ce zèle, cet enthousiasme qu'on trouve dans les discours et les invectives, et qui ne peuvent convenir qu'à Moise, exhortant vivement le peuple qu'il conduisait. Si quelqu'un eût entrepris de refondre l'ouvrage de Moïse, il l'eüt rédigé dans un ordre plus méthodique et plus régulier que n'est maintenant le Peutateuque : on n'y verrait point tantôt les lois , tantôt les Faits, tantôt les exhortations ; on n'y répéterait point les lois autant de fois qu "elles ont été promulguées; on aurait du moins omis dans les premiers livres celles qui se trouvaient abrogées dans le Deutéronome : aprés avoir décrit dans le plus grand détail toutes les parties du tabernacle, on n'aurait point répété encore cette minutieuse description. Un écrivain qui refond uu ouvrage met de l'ordre dans sa matière; il évite les désordres et les répétitions de sou original : il n'y a que celui qui écrit les choses à mesure qu'elles arrivent, qui en compose, en quelque sorte, un journal, qui puisse les laisser dans un pareil désordre. De plus, si le Pentateuque eût été refait dans les àges postérieurs, on devrait y rencontrer au moins quelques allusions aux événements des temps modernes, quelque mention houorable des ancétres de la famille alors régnante : or, c'est ce qu'on ne voit point dans le Pentateuque. D'ailleurs non-seulement les Samaritains , mais encore les dix tribus séparées, ont reçu le Pentateuque : or, s'il n'eût point été écrit par Moise, ils ne l'auraient point reca , puisqu'il condamne si clairement plusieurs usages des tribus schismatiques, tels que le veau d'or, les prétres qui ne sont point du sang d'Aaron, et la féte des tabernacles au huitième mois. Les auteurs que nous réfutons accordent que le Pentateuque n'a point été recomposé avant David ni après Esdras : or, depuis David jusqu'à Esdras, on ne peut assigner une époque convenable à la composition de cet ouvrage.

Ce n'est point Esdras : on connait son style, il est bien différent de celui du Pentateuque; et les Samaritains n'auraient jamais recu un Pentateuque retouché par Esdras. Ce n'est point Helcias, qui fit passer le Pentateuque qu'il avait composé pour l'exemplaire qu'il prétendait avoir trouvé dans le temple; car, outre que le roi Josias n'est point étonné précisément de ce qu'on a

DISSERTATIONS

trouvé un livre de Moise, mais des malédictions qui y étaient contenues et dont il voyait l'accomplissement de ses propres yeux, les Samaritains, qui, à cette époque, | avaient déjà recu le Pentateuque, ne devaient pas s'accorder avec les Juifs et avoir uu livre différent. Ce ne peut ètre le prétre israélite envoyé par le roi d'Assyrie pour instruire les Samaritains ; car, outre que ce prétre, adorateur du veau d'or, n'aurait pas laissé subsister l'histoire de l'adoration du veau d'or, si vivement condamnée par Moise, non plus que les préceptes qui regardent les prêtres de la race d'Aaron et la célébration de la fête des Tabernacles au huitième mois , comment le royaume de Juda aurait-il pu recevoir un Pentateuque composé par un prétre schismatique et adorateur du veau d'or ? Enfin ce ne peut étre sous David : les douze tribus qui auraient su que le Pentateuque était de Moise n'eussent point voulu recevoir un livre sans autorité, qui les condamnait en plusieurs points. D'ailleurs, comme "nous l'avons dit, on trouverait quelque chose dans le Penta- Leuque à la louange des ancétres de David ; on eût fait disparaitre les lois qui condamnaient dans les rois la polygamie, dont David ne s'était pas abstenu, ainsi que celles qui défendaient d'attaquer les Moabites, les Ammonites et les Adomites, que ce prince soumit à son empire. Ainsi l'on ne peut assigner de temps propre à une nouvelle rédaction du Pentateuque : par conséquent, cette nouvelle composition est une chimère.

Ce que nous venons de dire suffit pour détruire les différentes hypothèses imaginées pour élablir une refont: du Pentateuque: il faut ajouter quelque chose de plus direct pour réfuter M. Simon, qui prétend que Moise a écrit les lois, et que le reste a été rédigé ou compilé par les scribes ou notaires publics, auxquels il donne la qualité de prophètes. 1" Le système de M. Simon n'est appuyé sur aucune preuve. Moise, qui nomme souvent les juges et les généalogistes du peuple, ne dit pas un mot de ces scribes inspirés, à qui l'on donne tant d'autorité, qu'ils pouvaient non-seulement compiler les mémoires publics, mais changer les écrits des prophètes antérieurs : les autres écrivains sacrés n'en parlent pas non plus. Les seules autorités qu'allègue M. Simon sont quelques passages de Josèphe, des rabbins, et des Péres de l'Église, qui , outre qu'ils ne disent pas tout ce qu'il prétend , sont si éloignés du fait qu'ils rapportent, qu'on a bien droit de douter au moins de leur témoignage. 2? M. Simon ne peut alléguer de raison suffisante pour que Moise, qui, selon lui, a pris la peine d'écrire toutes les lois, ait confié à d'autres la composition des histoires. Ses fonctions si importantes pouvaient, à la vérité, être ua obstacle les premieres années ; mais elles lui laissaient plus de loisir les années suivantes. 3° Si Moïse eût écrit les lois et que d'autres écrivains eussent composé les histoires, on trouverait ane différence de style entre les lois et les histoires, et entre les différentes parties de l'histoire du Pentateuque : or, c'est ce qu'on ne voit point; tout parait étre sorti de la méme main. Voyez les Sentiments de quelques théologiens de Hollande sur l'Histoire critique de M. Simon, cinquième lettre. 4° Enfin le système de M. Simon est dan-

SUR LE PENTATEUQUE

gereux pour la religion, puisqu'il fait dépendre la vérité et l'authenticité du Pentateuque de l'inspiration de ces écrivains publics, qui n'est appuyée sur aucune preuve solide.

Remarque. Si Esdras n'a pas recomposé le Pentateuque d'après des mémoires de Moïse, à plus forte raison. n'a-t-il pu le supposer, comme ont prétendu les incrédules; car alors il aurait dà non-seulement supposer le Pentateuque, mais encore les livres de Josué , des Juges, de Samuel, des Rois, des Psaumes et des prophètes, qui le citent ou le supposent ; ce qui est tout à Fait impossible. Voyez Bossuet, Discours sur l'histoire universelle.

Le livre de la Genèse est-il une compilation d'anciens monuments ?

M. Astruc, médecin, est le premier qui ait soutenu, en 1753, que la Genèse était une compilation d'anciens monuments. Plusieurs autres après lui, et surtout le célèbre Eichhorn, dans son /ntroduction à l'ancien Testament , se sont efforcés de démontrer la méme assertion, qui se trouve maintenant défendue par les critiques d'Allemagne, et qui est présentée comme démontrée par Rosenmüller, Bauer et M. lahn. Voici les arguments dont on se sert pour appuyer cette opinion :

Premier argument. 'Youte histoire des temps antérieurs étant composée d'après d'anciens monuments, on ne doit point excepter la Genése de cette loi, à moins qu'il n'y ait des raisons évidentes d'exception : or, bicn loin qu'il y en ait, l'inspection des livres nous offre des indices certains qu'elle n'en est qu'une compilation, comme nous allous le montrer ; donc, etc... De plus, Meise, n'ayant pas été témoin des faits qu'il rapporte dans la Genèse, en a dû puiser la connaissance , ou dans une révélation immédiate, ou dans la tradition orale, ou dans des monuments écrits : or, une révélation immédiate n'est pas vraisemblable et n'était pas nécessaire ; une tradition orale n'était pas suffisante pour lui transmettre tous les détails qu'il nous rapporte : douc il a dà écrire d'après des monuments écrits. Ur, c'est la coutume des Orientaux d'emprunter nonseulement les choses , mais encore les propres paroles des écrivains qu'ils consultent, comme l'accord des livres des Rois et des Paralipomènes le prouve évidemment pour les Hébreux, et celui d'Elmacin, d'Abulfarage et d'Abulféda le prouve pour les Arabes : donc la Genèse n'est qu'une compilation d'anciens monuments.

Deuxième argument. ll y a dans la Genèse plusieurs indices qui nous apprennent qu'elle n'est qu'une compilation de divers monuments : 1° La diversité des inscriptions qu'on remarque dans les premiers chapitres indique une diversité de monuments. 2? La diversité du style des différentes parties dont la Genèse est composée jusqu'à l'histoire de Joseph, où la diction parait plus

YI

uniforme, annonce plusieurs écrivains. 3^ La différente maniere dont l'histoire de la création, du déluge et de la destruction de Gomorrhe se trouve rapportée indique la diversité des monuments dont s'est servi l'écrivain sacré. 4° Enfin l'usage constant, observé dans certains morceaux, de désigner le nom de Dieu d'une maniere qui ne se trouve point dans les autres, prouve aussi la différence des monuments. Aiusi il y a des parties assez étendues où le nom de Dieu est désigné par EJorm; dans d'autres on a toujours soin de le désigner par Jéhova ; dans d'autres enfin, il est constamment appelé Jéhova Éloim. Ou ne saurait attribuer ce changement si persévérant à Moïse; il doit venir des monuments d’après lesquels il écrit, ou bien dans ces morceaux il se sert des manières de parler qui ne se trouvent jamais dans les autres : donc, etc.

Le troisième argument se tire des grands avantages qui résultent de cette supposition : 1° Elle sauve la singularité qu'on remarque dans l'usage du nom d'£/oir et de celui de Jé/iova donnés à Dieu, en attribuant le nom d'Éloim à un mémoire et celui de Jéhova à un autre; singularité qui a été remarquée par Tertu!lien et saint Augustin, mais qu'ils ont mal expliquée, et dont on ne peut donner aucune raison satisfaisante , tant qu'on suppose que la Genèse vient de la méme main. 2° Elle sauve la plupart des répétitions qu'il y a dans la Genese, et qui sont si choquantes, qu'on ne peut guère les rendre tolérables qu'en faisant quelque violence au texte; au lieu que les répétitions n'existent plus, si l'on suppose qu'elles sont le résultat de différents mémoires que l'auteur sacré a voulu conserver à cause de quelques particularités importantes. 3^ Elle fait disparaitre les anachronismes ou les renversements d'ordre de la chronologie de la Genèse, qui ont extrémement embarassé les commentateurs, et qu'on explique naturellement en rapportant les passages où ils se trouvent, non à ce qui précède immédiatement, mais au mémoire particulier qui contient ces passajres et qui n'avait été interrompu que par la narration d'un autre mémoire. Forez M. Astruc, p. 378. 4° Elle disculpe Moise des négligences et méme des fautes qu'on ose lui imputer et qu'on trouve daus la Genèse; car ses mémoires n'avaient point été écrits les uns aprés les autres, comme ils le sont maintenant, ce qui produit quelque désordre et de la confusion; mais il les avait vraisemblablement disposés par colonnes, de manière qu'on voyait au premier coup d'œil ce que chaque fragment de mémoire contenait de particulier; en sorte que les répétitions qui se trouvent. inévitablement dans des mémoires écrits sur les mémes faits n'avaient rien de choquant, et qu'on trouvait l'ordre des temps, et par conséquent celui des narrations, constamment observés dans chacun des mémoires sans aucune contrariété entre eux, pourvu qu'on les rapportàt les uns et les autres dans l'ordre où Moïse les avait placés, Cette disposition si sage et si méthodique n'a pas été conservée ; la paresse, l'ignorance et la présomption l'ont malheureusement altérée , et ont introduit dans ce divin livre des défauts qu'on ne doit point attribuer à son auteur.

vr

Les auteurs de cette opinion, aprés avoir tenté de prouver que la Genèse n'est qu'une compilation de monuments, recherchent : 1° le nombre de ces monuments, 2 les auteurs, 3? l'antiquité, 4° la vérité de ces monuments, 5° enfin la manière dont Moïse a fait usage de ces monuments. 1? Le nombre des monuments. M. Astruc en compte jusqu'à douze; Eichhorn n'en admet que deux, et il en distingue trois. M. lahn pense qu'on ne peut rien établir de bien certain sur le nombre. :99 Les auteurs. M. Astruc conjecture que le mémoire où le nom de Dieu est désigné par Éloïm, qui est le plus long et comprend presque toute la Genèse, est un mémoire de famille écrit successivement par Amram , Lévi et les autres ancétres de Moïse. Le mémoire où le nom de Dieu est désigné par Jéhova vient, selon lui, de quelques-uns des patriarches, et de patriarches pieux et très-attachés au culte du vrai Dieu ; ce qui parait par la maniere dont on y parle tonjours de la grandeur de Dieu et du respect qui lui est dû. Quant aux autres mémoires, il conjecture que Moise les a empruntés des nations étrangères, telles que celles des lsraélites, des Madianites , des Iduméens, des Moabites et des Ammonites ! 3° Z'antiquité. V est impossible de fixer précisément l'antiquité de ces monuments : il parait cependant que les premiers, contenant la création et le déluge, sont très-anciens ; ce qui semble évident par la maniere sensible et grossière dont on expose les choses les plus éloignées des sens, par des mots inusités, par la dureté, la pauvreté et la simplicité de la langue, par la peinture des mœurs de ces temps, qui conviennent à l'antiquité la plus reculée. 4? La vérité ou certitude historique de ces monuments se prouve parce qu'ils étaient conservés dans les familles patriarcaies, et que les faits qu'ils rapportent étaient transmis par une tradition orale qui ne comptait que très-peu de générations, ou par des vers que le parallélisme ou la cadence ne permettait pas d'altérer. Ces faits, d'ailleurs très-importants , avaiept été souvent répélés par les patriarches à leurs enfants, et avaient dû ètre conservés avec untrès-grand soin, comme le fondement de la religion. On voit d'ailleurs dans ces monuments une simplicité, une briéveté, une obscurité, qui prouvent leur antiquité, et qui ne ressemblent en rien aux fictions mythologiques auxquelles nos critiques protestants n'ont pas craint néanmoins de les assimiler : mais nous réfuterons plus au long cette absurde opinion. 5^ Ji parait que Moïse a fait usage de ces monuments avec beaucoup de respect , puisqu'il ne les a pas refondus, et qu'il en a simplement placé différents morceaux dans son ouvrage, comme le prouvent tous les indices que nous avons rapportés. Après avoir exposé l'opinion de M. Astruc et l'avoir fortifiée de toutes les preuves qui la rendent plausible et qui la font méme regarder comme démontrée par nos critiques allemands, il ne sera peutêtre pas hors de propos de rapporter les arguments qu'on pourrait alléguer pour la combattre.

Le premier argument suppose deux choses qui ne sont rien moins que prouvées : 1° que la tradition orale n'était pas suffisante pour transmettre les faits de la Genèse; 2° que si Moïse s'est servi de monuments écrits,

il a dà les compiler, et non pas seulement les consulter, pour composer son histoire. Or, la tradition orale, en y joignant les inscriptions, les monuments et les cantiques, a dà être suffisante pour transmettre ces faits; autrement il faudrait dire que tous les mémoires compilés dans la Genèse sont aussi anciens que les faits, et remontent, par conséquent, jusqu'au commencement du monde , et qu'antérieurement à ces mémoires il n'y avait aucun moyen de transmettre à la postérité les faits passés. Mais si Moïse, outre la tradition orale, les inscriptions, les cantiques et les autres monuments, a eu le secours de mémoires écrits, ce que nous sommes loin de contester, il ne s'ensuit pas qu'il a dû les compiler ; mais il a pu en user comme font tous les autres historiens, qui se contentent de consulter leurs mémoires sans en faire une compilation. Et qu'on ne dise point que cette manière d'écrire, en compilant les mémoires dont on se sert , était ordinaire aux Orientaux et en particulier aux Juifs; car, dans ce cas, il faudrait soutenir que l'auteur du livre de Josué, qui, selon les auteurs que nous réfutons , a écrit d'apres des mémoires antérieurs , n'a fait que les compiler: ce qu'ils n'ont pas encore dit.

Le deuxième argument, tiré des indices d'une variété de monuments, n'est pas non plus trés-concluant. Le premier indice se tire de ces mots, és{æ sunt generationes , qu'on prétend étre les inscriptions de divers monuments; mais ces mots n'indiquent autre chose, sinon que l'écrivain sacré va faire l'énumération de quelques généalogies , et c'est gratuitement qu'on suppose que ce sont les inscriptions de quelques monuments. Cet indice, sur lequel se fonde M. lahn, a été jugé si faible par M. Astruc, qu'il ne s'en est point servi.

Le deuxième indice est tiré de la variété du style, et l'on apporte pour exemple l'histoire de la guerre des rois de la Pentapole (chap. xiv ) et l'histoire de la sépulture de Sara (chap. xxur), dont le style diffère de celui de Moïse, Mais les arguments fondés sur cette différence de style sont loin d'être démonstratifs : ce qui frappe les uns ne fait pas la méme impression sur les autres; et, pour en donner un exemple remarquable , Eichhorn trouve une grande variété de style entre le commencement d'Isaie et les quatre derniers chapitres , qu'il attribue à un autre écrivain; et cependant Reeve. qui dit avoir fait une étude particulière de ce prophète, y trouve une si grande similitude de style, qu'il s'appuie là-dessus pour les lui attribuer. D'ailleurs l'usage que Moïse a fait de divers mémoires peut avoir influé sur son style, sans qu'il soit nécessaire de conclure que son livre n'en est qu'une compilation. Le troisième indice est fondé sur les répétitions ; et cet indice, quoiqu'il soit un des plus forts, n'est cependant pas démonstratif; car il ne faut pas juger des écrivains anciens comme de nos auteurs modernes, qui disposent leurs ouvrages avec beaucoup d'ordre et de méthode. Les anciens aiment à répéter la méme chose, afin de l'inculquer davantage dans l'esprit. On trouve des répétitions dans Homère; on en trouve dans le Pentateuque qu'on ne peut expliquer par la diversité des mémoires. D'ailleurs , quelques-unes de ces répétitions n'en sont point, à la rigueur , puisque

SUR LE PENTATEUQUE

la méme chose y est racontée avec de nouvelles circonstances. Le quatrième indice, sur lequel on insiste encore beaucoup plus que sur tous les autres, est la singularité frappante d'exprimer toujours le nom de Dieu par Éloim dans certains morceaux, et de le désigner toujours par Jehova dans d’autres. Cette singularité, qui ne se trouve que dans la Genèse, et qui n'existe ni dans les autres parties du Pentateuque, ni dans aucun autre livre de l'Écriture-Sainte, s'explique, dit-on, facilement par la compilation de divers mémoires où le nom de Dicu aurait été ainsi désigné. Il est un phénomène inexplicable, si Moïse a lui-même composé la Geuèse. Cet argument aurait quelque valeur, si, et M. Astruc en convient, il n'y avait pas beaucoup d'exceptions à la règle; c'est-à-dire que, dans les morceaux où le nom de Dieu se trouve exprimé par Éloïm, il arrive bien des fois qu'il est exprimé par Jéhova. M. Astruc, après avoir disposé en quatorze articles toutes ces exceptions à la règle générale, s'efforce de prouver qu'il y en a huit qui ne sont qu'en apparence des déviations de la règle, et il est forcé de convenir qu'il y en a six qui forment de véritables exceptions, qui, selon lui, bien loin de détruire la règle, la confirment.

Le troisième argument, tiré des avantages de cette opinion, n'est pas concluant, puisque ce n'est pas une preuve de la vérité d'une opinion, qu'elle soit plus avantageuse qu'une autre. D'ailleurs, ou Moïse a réuni tous les morceaux de ces mémoires, tels que nous les lisons actuellement dans la Genèse, ou il les avait disposés en colonnes, de manière qu'on appercevait d'un coup d'œil l'ordre des temps et la distinction des mémoires. Dans le premier cas, on ne disculpe point Moïse. puisque c'est lui qui , en réunissant tous ces morceaux disparates dans son ouvrage, y a introduit de la confusion. Dans le second cas, il faut dire que les Juifs, as les premiers temps, ont tout confondu dans la Genése, en altérant sa disposition primitive, puisque tout ce désordre se trouve dans le Pentateuque samaritain; ce qui parait contraire au respect et à la religion avec lesquels ils ont toujours copié ce saint livre. D'ailleurs on ne doit point admettre cette forme primitive de la Genèse, puisqu'elle n'est appuyée sur aucun témoignage : on n'en voit aucun indice ni dans les paraphrases, ni dans les Septante, ni dans le Pentateuque samaritain; et ni Josephe, ni Philon , ni le Talmud, ni aucun auteur juif, ni aucun Père de l'Église, n'en ont jamais parlé.

Après avoir affaibli les preuves de ce système, on peut encore l'attaquer par cet argument théologique : Toute la Genèse est la parole de Dieu, et a été par conséquent écrite sous l'inspiration du Saint-Esprit : or, dans le système de M. Astruc, elle n'est point la parole de Dieu dans toutes ses parties, puisque ses différentes parties sont un ouvrage purement humain, surtout si l'on sup-

pose, comme cet auteur, que Moise a compilé les mé-

moires de nations étrangéres et qui ne faisaient point

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