Gomor autem decima pars est ephi
y 34. Hébr, autr. : « Et Aaron mit ce vase en réserve devant la tente du témoignage, selon que le Seigneur l'avait ordonné à
pain dont je vous ai nourri au désert, quand vous avez été tiré de la terre d'Égypte.
33. Et Moise dit à Aaron : Prends un vase et mets-y de la manne, autant qu'un gomor peut en contenir, et place-le devant le Seigneur afin de le garder pour les races à venir.
34. Ainsi que le Seigneur l'a commandé à Moise. Et Aaron le placa dans le tabernacle pour être gardé.
35. Or, les enfants d'Israël mangèrent la manne durant quarante ans, jusqu'à ce qu'ils fussent parvenus en la terre habitable; et ils se nourrirent de cet aliment jusqu'à ee qu'ils eussent touché aux frontières de la terre de Chanaan.
36, Or, le gomor est la dixième partie de l'éphi.
Moïse. »
COMMENTAIRE
Occasion du murmure des Juifs.
L'occasion de ce murmure vint, comme l'historien Josephe le remarque, de ce que les Israëlites , ayant vécn jusqu'alors de ce qu'ils avaient apporté d'Egypte, et voyant qu'ils n'avaient plus rien , craignirent de mourir de faim et se repentirent d'être sortis d'Egypte.
Nom donné au second mois de l'année.
Le soir de ce jour, qui était, à ce que je crois, le quinrième du deuxième mois, les cailles tomberent dans le camp des Tsraélites. Dom Calmet remarque ici que ce second mois fat nommé jar par les Chaldéens, et ensuite par les Juifs depuis leur retour de Babylone; à quoi il ajoute que le quinziéme de jar répondait au commencerment de mai.
Des cailles qui viennent tous les ans en Egypte.
« Il vint donc sur le soir un grand nombre de cailles qui couvrirent tout le camp. »
Hasselquist, célèbre naturaliste suédois, dit qu'il en vient dans le mois de mars une quantité prodigicuse en Egypte, et c'est le blé qui les y attire : elles se cachent parmi les épis; mais les Egyptiens, qui savent le temps de leur arrivée, attendent qu'il y en ait beaucoup, et alors ils tendent des filets sur le blé et jettent un grand eri, Les oiseaux, épouvantés par le bruit qu'ils entendent, prennent leur essor et s'embarrassent dans les filets; et de cette manière on les prend par milliers. (Foyage dans le Levant.)
La rosée descendait la nuit, et la manne descendait sur la rosée (Nomb., xr, 9).
Diverses propriétés de la manne.
Telle fut la fameuse manne qui nourrit pendant plusieurs années les Israëlites dans le désert, par un miracle des plus surprenants , suivant l'opinion commune qui veut que cette manne füt non-seulement une espèce de nourriture toute nouvelle et extraordinaire, que Dieu formait exprés pour les Israélites, mais méme qu'elle se proportionnát au goût de tous ceux qui en mangeaien!; en sorte que ehaeun y trouvait le contentement de son appétit particulier, et cela sur la foi de ce verset 20 du chapitre xvt de la. Sagesse, pris à la lettre : « Mais vous avez donné au contraire à votre peuple la nourriture des anges; vous lui avez fait pleuvoir du ciel un pain préparé sans aucun travail , qui renfermait en soi tout ce qu'il y a de plus délicieux et tout ce qui peut être agréable au goût, »
Dom Calmet dit à ce sujet que « toutes ces expressions du chapitre xvr de la Sagesse ne doivent pas se prendre dans la rigueur de la lettre, et qu'il faut méme restreindre le changement qui arrivait dans le goût de la manne aux seuls justes, en faveur de qui Dieu, selon eux , faisait ce miracle, « qu'ils trouvaient dans la manne toute sorte de goûts.» L'Ecrilure suggère elle-méme cette distiuetion, continue dom Calmet, quand elle dit que Dieu faisait ct miracle pour donner à ses enfants des preuves de sa bonté, ut dulcedinem tuam in filios demonstrares, etc, Saint Augustin remarque fort bien que si ce changement eût été pour tous les Liraelites indifféremment , il aurait été non-seulement injusle, mais méme ridicule à enx de se plaindre, comme ils firent, « que la manne les dégotttait, et qu'ils ne voyaient que de la manne; JVihil aliud. respiciunt oculi. nostri , nisi man (Nomb., chap. xr, Y 6).
La manne etait-elle miraculeuse?
* Nous ne croyons pas, dit Bergier, qu'il soit fort nécessaire de
disserter sur l'étymologie du nom hébreu man; c'est un monosyl-
labe, mot primitif qui, dans les langues anciennes et modernes, signifie ce qu'on mange, la nourriture, A la vérité, Moise semble rapporter ce nom à l'etonnement des Israélites, qui, voyant la manne pour la première fois, dirent man Aa, qu'est-ce que cela? Mais le texte hébreu peut avoir un autre sens,
Quelques littérateurs ont voulu persuader que la manne n'avait rien de miraculeux, puisqu'il en tombe encore aujourd’hui soit dans le désert de Sinai, soit dans d'autres lieux de la Palestine, dans la Perse et dans l'Arabie, C'est, disent-ils, une espece de miel, et cette nourriture pouvait perdre sa vertu purgative dans les estomacs qui y étaient aceoutumés,
Il est évident que cette conjecture n'est d'aucun poids. Niébuhr, dans son voyage d'Arabie, dit que l'on recueille à Ispahan, sur un petit buisson épineux, une espèce de manne assez semblable à celle des Israélites ; mais elle n'a pas les mêmes propriétés, et ee voyageur n'en a point vu de telle dans le désert de Sinai, On aurait beau chercher parmi toutes les espèces de inannes connues, on n'en trouvera aucune qui ressemble à celle que Dieu euvoyait à son peuple; il en résultera toujours que celle-ci était miraculeuse.
En Orient et ailleurs, la manne ordinaire nv toinbe que dans certaines saisons de l'année ; celle du désert tombait tous les jours, excepté le jour du *abbat, et ce pheaomene dura pendant quarante ans, jusqu'à ce que les Israélites fussent en possession de la terre promise. La manne ordinaire ne tombe qu'en petite quantité et. insensiblement; elle peut se conserver assez longlemps; c'est un reméde plutôt qu'une nourriture : celle du désert venait tout d'un coup et en assez grande quantité pour nourrir un peuple composé de prés de deux millions d'hommes; non-seulement elle se fondait au soleil, mais elle se corrompait dans les vingt-quatre heures, Il était ondonné au peuple de recueillir là manne pour la journée seulement, d'en amasser pour chaque personne une mesure égale , d'en remplir un gomor, cu environ trais pintes, d'en recueillir le double la veille du sabliat, parce qu'il n'en tombait point le lendemain , et alors elle ne se corrompait point. Toutes ces circonstances ne pouvaient arriver naturellement.
C'est donc avec raison que Moise , faisant envisager aux Hébreux celte nourriture comme miraculeuse, leur dit qu'elle avait été incon nue à leurs peres, et que Dieu lui-même daignait la leur préparer (Deut., chap. vut, Y 3). Aussi Dieu ordonna d'en conserver dans un vase qui fut placé à côté de l'arche dans le tabernacle, afin de perpétuer la mémoire de ce bienfat. »
De la mesure appelée gomor.
Le gomor était, suivant dom Calmet, d'un peu plus de trois pintes, et contenait par conséquent une quantité de manne plus que suffisante pendant le cours d'une journée. H y avait plus d'une personne à qui il n'en fallait pas tant; mais Dieu , déterminant une mesure fixe, qui contenait autant de manne qu'on en pouvait manger, ne défendait pas d'en prendre moins que contenait un gomor, si l'on avait besoin de moins.
Différence de la manne des Israëlites et de la manne d'Arabie.
Voici, suivant M. Saumaise, l'une des conformités entre la manne des Israélites et la manne d'Arabie : celle-ci se fond au soleil, comme l'autre, à ce qu'il prétend; mais plusieurs nient ce fait, et soutiennent que la manne d'Arabie, loin de se fondre au soleil ,
COMMENTAIRE
s'y dureit, Ce qui est certain (dit Le Clerc en cet endroit, où il soutient, contre l'opinion de Saumaise, que la manne des Israélites était d'une espéce entierement differente de la manne d'Arabie), c'est que notre manne commune, employée ordinairement dans la médecine, se durcit plutôt au soleil qu'elle ne s'y fond; d'où Le Clere conclut que notre manne commune n'était pas de méme espèce que la manne des Israëlites. Voici encore, continue Le Clerc, une différence considérable entre la manne des Israélites et notre manne ordinaire, c'est que la derniere est sûrement, quoiqu'on dise, "me espèce de gomme qui coule de certains arbres en certains temps de l'année, et non pas une rosée, puisqu'on ne la trouve jamais que sous certains arbres; au lieu que la mauue des Hébreux était une rosée extraordinaire qui totabait des nues sur terre autour de leurs teutes.
Toutes ees disputes des savants, au sujet de la manne des Israélites, peuvent donner lieu à un doute assez raisonnable sur la véritable nature de cette manne, qui, aprés tout, avail. certainement quelque chose de miraculeux et d'extraordinaire..
Sur le repos du sabbat.
liequies sabbati sanctificata est Domino cras, Les Hébreux prétendent, au rapport de dom Calmet , que « le commandement d'observer le sabbat » fut donné dans le campement de Mara; mais comme le texte sacré ne le dit point du tout, je pencherais à croire que la loi « d'observer le sabbat » fut donnée un peu plus tard ; et, à cette occasion, les lsraélites étant arrives dans le désert de Sin, Moise leur promit la manne de la part de Dieu, et en méme temps leur or donna, comme il parait par les versets 4 et 5 de ce chapitre, d'en ramasser le sixiene jour une double portion, sans apparemment leur dire qu'il leur donnait cet ordre à cause du préceple de «lobservation du sabbat , » qu'il devait leur donner bientôt. Cependant le peuple ayant obéi à ce commandement de Moise, les principaux des Tsraélites vinrent lui demander pourquoi il avait ordonné de ramasser une double portion de manne le sixième jour; à quoi Moise répondit, parce que le septième jour est le jour du sabbat ou du repos, jour consacré au Seignenr, et dans lequel je vous ordonne de vous reposer désormais.
Justin et Tacite ont cru que les Juifs solennisaient le repos du sabbat en mémoire de ce que ce jour-là avait été la fin de leurs tra- VAUX.
Il est certain que les plus anciens Grecs et les premiers Égyptiens parlagerent le temps en semaines (hebdomades), qui sont une révolution de sept jours, et qu'ils nommaient chaque jour du nom d'une planète, excepté le septième, qu'ils consacraient au soleil, qui était, selon eux, le souverain de toutes les lumières célestes. Le cycle hebdomadaire, n'étant pas une partie du mois ni de l'année, doit être venu de quelque institution, et il n'y asait pas de moyen plus propre pour eonserver la mémoire de la création que d'ordonner l'observation du septième jour, En méme temps que cette ordonnauce défendait à l'homme de travailler, elle le mettait comme en retraite pour contempler le Créateur et ses ouvrages, et elle lui donnait le temps de s'entretenir des objets qui convenaient à son esprit.
« Les Juifs, dit dom Guérard, les Juifs ont une haute idée du sabbat, et ernignent extrémement d'en violer le repos. Cette célébration commence le vendredi au soir, une demi-heure avant le coucher du soleil; on allume une lampe à quatre mèches, qui brûle pendant une partie de la nuit : c'est là une cérémonie qu'on observe avec le plus d'exactitude. Les hommes vont à la synagogue le vendredi au soir faire leurs prières; au retour, on trouve la table dressée, et l'on fait le premier des trois repas que l'on doit faire le
jour du sabbat. On retourne à la synagogue le samedi matin pour
L'EXODE, CHAPITRE XVII
y entendre lire des psaumes et des bénédictions à la louange de Dieu et du sabbat. La cérémonie la plus solennelle est celle de tirer la loi de l'arche ou de l'armoire. Apres la loi, on lit quelques versets des prophètes, auxquels on fait quelquefois succéder un sermon; on retourne le soir à la synagogue pour y faire de nouvelles prières ; on tire une seconde fois la loi de l'armoire, on apporte le parfum , aprés quoi l'on donne la bénédiction comme le matin, et le sabbat finit lorsqu'on voit paraitre trois étoiles au Grmament.
De l'observance du sabbat.
« Considérez que le Seigneur a établi le sabbat, et que pour cela il nous donne le sixième jour le double de nourriture : que chacun donc demeure chez sm, et que nul ne sorte au septième jour du lieu où il sera. »
C'est-à-dire « pour recueillir de la manne,» C'est là sans doute le véritable sens de ce passage, que quelques Juifs ont pris mal à propos au pied de la lettre, en sorte qu'ils voulaient qu'on demeurát pendant tout le jour du sabbat dans le méme lieu où l'on s'était trouvé au commencement de la féte. Pour le commun des Juifs, ils limitent à mille pas le chemin qu'on peut faire le jour du sabbat , et ils appellent ce chemin + le chemin du sabbat, » comme il parait par le premier chapitre des Actes des Apôtres, verset 12.
Sur la manne.
* La manne, dit Bullet, ‘dont Dieu nourrit son peuple pendant quarante ans dans le désert tombait la nuit; elle était semblable à la graine de coriandre, on à ces petits grains de gelée blanche que Yon voit sur la terre pendant l'hiver; on en faisait des gâteaux qui avaient le goût d'un pain petri avec de l'huile et du miel.
« On offrait au Seigneur de ces gâteaux , pétris à l'huile, ou frits dans l'huile , ou frottés d'huile ; ce qui marque que c'est tout ce que les fsraelites avaient de plus exquis. Encore aujourd'hui les Arabes voisins de la Palestine n'ont point de plus grand régal que du pain pétri avec de l'huile, Les gâteaux formés de manne, outre le. godt d'huile, avaient encore celui de miel, ce qui en faisait l'aliment le plus délicieux que les Hébreux connussent. Ainsi Dieu n'avait pas donné à son peuple une nourriture commune ct grossiere , mais une nourriture délicate, cette nourriture dont ce peuple n'usait que dans ses festins , une nourriture qui était semblable à celle des princes et des grands; ear les termes hébreux Zechem abirim du psaume 77, que la Vulgate a rendus par le pain des anges, peuvent être aussi traduits le pain. des princes, des grands, et Symmaque l'a ainsi rendu en deux endruits.
* Le Seigneur ne se contenta pas d'accorder un si grand bienfait à tous les Israélites, il voulut encore donner des marques particu-
lières de bienveillance à ceux qui, parmi ex, mérilaient singuliérement le nom de ses enfants par leur constante soumission à ses ordres. La manne prit pour eux tous les goûts qu'ils souhaitaient, et leur tint lieu de tous les aliments.
» Mais comment , dira-t-on , la multitude des Israélites, pour laquelle la manne était un manger délicieux, s'en lassa-t-ellt et désirat-elle si ardemment les ognons d'Égypte? Pourquoi? parce que les hommes se dégoütent bientôt des mets les plus exquis , des qu'ils en font un usage journalier et continuel, Ne voit-on pas souvent des personnes, lassées de la meilleure chère, aimer mieux un morceau de viande commune ?
* Si le dégoüt des meilleurs mets est naturel dés qu'on en fait un usage continu , celui des Hébreux, qui ne vivaient que de manne et qui n'y trouvaient jamais que le méme goût, est done excusable? Point du tout, parce qu'il dépendait d'eux de participer au prodige qui diversifiait le goût de la. manne pour un petit nombre de leurs frères, en imitant leur parfaite docilité
* Mais peut-on souhaiter avec tant d'empressement des ognons ? Cette plante ne parait guère propre à faire naître de si ardents désirs. Nous répondrons qu'il ne fant pas juger des ognons d'Égypte par les nôtres : la bonté de cette plante est proportionnée à la chaleur du climat sous lequel elle croit. M. Spon, dans ses voyages, dit qu'il a mangé en Grèce des ognons si excellents qu'ils ne le cédaient en rien aux meilleurs fruits de France. Relon écrit que les grands seigneurs tures sont tellement accoutumés à manger des ognons erus, qu'ils ne font point de repas qu'ils n's en mangent. Mais ceux d'Égypte sont bien snpérieurs en bonté à ceux dont parlent ces deu voyageurs. Écoutons M. Maillet, qui a été dix ans consul au Caire ; voici ses paroles : « Que vous dirai-je de ces fameux ognons , autrefois si chers aux Égyptiens, et que les Israélites regrettaient si fort dans le désert, lorsque , sous la conduite de Moise, ils eurent passe la mer Rouge? Ils n'ont encore certainement rieu perdu aujourd'hui de leur bonté, et ils sont plus doux qu'en aucun autre lieu du monde. On en a quelquefois cent livres pour dix sous, on les vend tont cuits au Caire; il y en a en si grande abondance que toutes les rues en sont remplies.
« Les ognons dans la Thessalie sont plus gros que deux on trois des nótres ; ils ont un bien meilleur goût, et l'odeur n'en est point du tout désagréable. Quoique je n'aimasse point les ognons auparavant, cependant je trouvai ceux-là très-bons , et je sentis fort bien qu'ils fortifiaient tout à fait mon estomac. On en sert à la collation, et on ne fait point de difficulté d'en manger avec du pain, et méme un assez grand nombre. Je demandai à un chiaour qui était avec moi, et qui avait presque été dans tous les pays des Tures, s'il avait jamais mangé d'aussi bons ognons que ceux de Thessalie ; mais il me répondit que ceux d'Égypte étaient encore meilleurs, ce qui me fit entendre pour la premiere fois l'expression de la sainte Eciiture, et ce qui m'empécha de m'étonner davantage pourquoi les Israëlites désiraient si passionnément de manger des ognons de ce
pays. »