‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 6 sur 1035 · SYSTÈMES IMAGINÉS POUR EXPLIQUER L'ŒUVRE DES SIX JOURS · texte numérisé non relu

SYSTÈMES IMAGINÉS POUR EXPLIQUER L'ŒUVRE DES SIX JOURS

Les physiciens et les naturalistes de ces derniers temps ont imaginé bien des systèmes pour expliquer ou pour combattre le récit de Moise sur la création. Thomas Burnet est le premier qui ait prétendu expliquer d'après les lois physiques la formation de la terre, dans son fameux ouvrage intitulé Telluris teoria sacra , imprimé à Londres en 1681. Il suppose que la terre , au commencement , n'était qu'un chaes informe de substances hétérogènes, distinguées seulement par leur figure et leur densité réciproques; que les plus pesantes descendirent vers le centre et formèrent le noyau de la terre, autour duquel les eaux, plus légères, se rassemblèrent enveloppant de tous cótés le globe intérieur : une couche épaisse de matières revétit l'eau et produisit au-dessus une croûte qui, en se durcissant, forma la première terre habitable. L'air et les différents fluides s'élevèrent au-

dessus de tout, et environnèrent notre globe. Burnet suppose que celte croûte, qui formait un excellent terrain sans montagnes, sans aspérités, sans mer et sans pluie, desséchée par les ardeurs du soleil, se fendit et tomba dans l'abime ; qu'elle perdit son axe et son équilibre, que les cataractes des cieux furent rompues, et qu'ainsi arriva le déluge; qu'ensuite, les eaux souterraines rentrant dans leur ancien séjour, une partie de la terre fut découverte et devint encore habitable; que c'est ainsi que les montagnes se formèrent et les vallées se creusèrent, et que notre terre présente de toutes parts les inégalités d'un globe abimé sous les flots. Cette brillante hypothèse a été réfutée par un de ses compatriotes , M. Keill, géomètre célèbre, souvent avec succès, mais non pas toujours sans réplique. Jean Woodward, quatre ans aprés le livre de Burnet, proposa une autre

SUR LE PENTATEUQUE

hypothèse, qui parut d'abord en 1685, avec ce titre: An Essay towards natural history of the earth. Vl suppose qu'avant le déluge le centre du globe était um amas immense d'eaw, enveloppé d'une croûte épaisse de terre qui s'ouvrit tout à coup à la voix dé Tout-Poissant ; que les eaux souterraines s'éehapperent et s'élevèrent au-dessus des plus hautes montagnes; qu'il se fit alors deux étonnants miracles : l'un, la suspension de la cause de la cohésion des corps; qui permit aux eaux de dissoudre les minéraux, les marbres ; les métaux, les granits les plus durs; l'autre, l'augmentation de la cohésion des testacés, des crustacés, des végétaux et des animaux dont sont remplis tous nas continents. C'est ainsi qu'il explique la formation de notre terre actuelle et des dépôts de substances végétales.et animales:qui se trouvent dans son sein et jusque dans les fondements des plus hautes montagnes. Le défaut decette hypothèse, qui fut accueillie avec transport dans le temps oit elle parut, vient de ce qu'elle suppose des miracles pour expliquer physiquement l'organisation de la terre. Unastronome fameux , Guillaume Whiston , entreprit, en 1708, de présenter un système préférable à celui de ses prédécesseurs. Il. prétend que Moïse ne nous a pas donné l'histoire de la première création , mais seulement le détail de la nouvelle forme que la terre a prise, lorsque la main du Tout-Puissant l'a tirée du nombre des comètes pour en faire une planète. Il prétend que la terre, au commencement, n'était qu'une comète inhabitable. où les matières , se fondant et se glacant tour à tour. formaient un chaos semblable à celui que décrivent les poétes; mais que, dès le premier jour de la création, lorsque l'orbite excentrique de la comète eut été changée en une ellipse presque circulaire, chaque chose prit sa place, et les substances s'arrangèrent à raison de leur pesanteur spécifique; que les fluides pesants descendirent au plus bas et abandonnèrent aux parties terrestres, aqueuses et aériennes, la partie supérieure ; que l'air, dégagé des matières solides et terrestres, donna un libre passage aux rayons du soleil, ce qui produisit tout à coup la lumière. Ensuite il explique la formation des montagnes, qu'il dit antérieures à la catastrophe du déluge. Il prétend que, dans son état primitif, la terre était plus fertile et plus peuplée; que les animaux vivaient plus longtemps, parge que la chaleur intérieure qu'elle avait reçue dans son état de comète était dans toute sa force; que cette chaleur, enflammant les passions des hommes, amena dans le monde une dépravation que Dieu résoit de punir par un châtiment éclatant. Il suppose donc que, le 28 novembre de l'année 2365 de la période julienne, une comete passa à côté de notre globe, l'inonda d'un amas de vapeurs qui, en se condensant , produisit une pluie de quarante jours ; que la comète, pressant et refoulant les eaux de la terre, augmenta les marées et forca les eaux souterraines à briser les digues du grand abime; que tout fut rompu et abimé dans les eaux; qu'après que la comète eut passé au périhélie, les eaux rentrèrent dans les abimes souterrains , la surface de la terre se dessécha et demeura couverte d'un sédiment bourbeux où furent ensevelis les

débris des corps marins, confondas avec les végétaux et les animaux terrestres.

Nonus ne dirons rien ici des liypotheses:de Scheuehzer, de Bourguet et du fameux Swedenborg , qui renferment , à la vérité, d'excellentes observations , mais qui ne sont pas exemptes des défauts qu'ils ont reprochés eux-mêmes aux faiseurs de systèmes qui les avaient précédés. Tous ces auteurs ont cela de commun , qu'ils attribuent à l'eau toutes les révolutions arrivées sur notre planète ; mais: d'autres auteurs plus modernes ont fait jouer. au feu le premier rôle dans ces événements. A la téte de ces auteurs se trouve le fameux Leibnitz, qui, dans son Protogæa, imprimé à Leipsick en 1683, suppose que la terre a été embrasée et vitrifiée par um feu violent; que ce feu, ayant cessé de brûler faute d'aliments; laissa une-crotte vitrifiée, pleine de cavités et de boursouflures; que, cette croûte s'étant refroidie, les vapeurs humides qui s'étaient élevées dans l'atmosphère pendant l'embrasement retombèrent autour du globe et produisirent une mer qui en couvrit toute la surface; qu'enfin les: boursouflares de cette partie vitrifiée s'étant rompues, soit par le refroidissement, soit par la pesanteur de la mer, produisirent par leurs débris atténués le sable et les pierres vitrifiables, et donnèrent lieu à des éboulements d'où se formèrent les montagnes et les vallées. Sténon et Ray se sont efforcés detout expliquer par des volcans. Mais, parmi tous ceux qui donnent le feu comme agent de la formation du globe, celui qui mérite davantage d'étre remarqué, est sans doute le célèbre Buffon, dans son livre des Epoques de la nature. Yl s'y propose de juger par l'inspection des choses actuelles l'ancienne existence des choses anéanties. Les moyens dont il se sert pour y parvenir sont les faits, les monuments etles traditions. Il établit cinq faits principaux, dont il tire une foule deconséquences. Le premier fait est l'applatissement de la terre vers les póles dans la proportion qu'exigent la force centrifuge et la gravité : le second est que le globe terrestre a une chaleur qui lui est propre et qui est indépendante du soleil ; le troisième fait est que la chaleur que le soleil envoie à la terre est petite et ne serait pas suffisante pour maintenir la nature vivante;le quatrième fait est que les matières qui composent le globe sont, en général, de la nature du verre ou peuvent y être réduites; le cinquième fait est qu'on trouve sur toute la surface de la terre, et méme sur les montagnes jusqu'à quinze cents et deux mille toises de hauteur, une immense quantité de coquilles et d'autres débris des productions de la mer. De ces cinq faits, il y en a qui ne sont pas assez avérés ou méme qui sont faux : les autres, quoique véritables , ne donnent pas lieu à toutes les conséquences qu'en tire l'illustre auteur. Les monuments sont toutes ces substances marines, végétales et animales, qui se trouvent maintenant dans des lieuxoü les êtres vivants auxquels elles ont appartenu ne vivent plus et méme ne pourraient plus vivre. Enfin il allègue Jes traditions; et, parmi elles, la plus respectable sans doute est celle de la Genèse : pour se la rendre plus favorable, il transforme les jours de la création en époques indéterminées.

Il place dans la première époque l'origine et la formation de la terre et des planètes, qu'il suppose avoir été projetée hors du soleil par le choc d'unecomète. Cette substance projetée, qu'il suppose avoir été la six cent ciaquantième partie du soleil, s'en est éloignée selon les différentes densités des matières qu'elle contenait ; et, comme elle était en fusion et douée de rotation, elle a dà produire dans toutes les planètes les applatissements que nous y distinguous. ll place dans la seconde la consolidation du globe de la terre, qui, en se refroidissant, a dà produire à sa surface des trous, des ondes et des aspérités, et, au-dessus, des vides, des cavités, des boursouflures; et c'est ce qui a produit ces chaines de montagnes qui nous paraissent si prodigieuses, ces vallées de la mer qui nous paraissent des abimes de profondeur, et qui ne sont dans le fait que de légères inégalités et des effets naturels d'un refroidissement succcessif. Il place dans la troisième époque la formation des mers, qui, pendant que le globe n'était pas refroidi, étaient réduites en vapeurs et occupaient l'atmosphère; mais, au moment du refroidissement, elles se condensèrent, tombèrent en pluie, et formèrent une mer immense qui surmontait presque les sommets des plus hautes montagnes. Le choc et l'agitation des eaux, leur chute et leur poids, ont dû procurer les écroulements, les affaissements et les ruines que nous distinguons dans notre globe. Il place dans la quatrième époque la retraite des eaux dans les abimes souterrains, et la formation des volcans, qui ont produit les matières volcaniques qu'on distingue en tant d'endroits. I1 place dans la cinquième époque l'existence et la propagation des éléphants et autres animaux du midi dans les terres du nord : il suppose que dans ces premiers temps la température du globe, beaucoup plus chaude, permettait à ces animaux, qui ne peuvent maintenant vivre que dans le midi, de se propager dans le nord ; et c'est ce qui paraît avoir été, puisqu'on découvre tant de dents d'éléphant dans les contrées septentrionales. C'est ainsi qu'il explique tant d'espèces perdues, qui, dans ces premiers temps, pouvaient exister avec le degré de chaleur qui échauffait le globe, et ont dû nécessairement périr quand la température a été totalement changée. Il place dans la sixième époque la séparation des continents, qui a dà étre postérieure au temps où les éléphants vivaient dans les terres du nord : il suppose qu'à cette époque l'Amérique fut séparée de l'Europe par l'affaissement des terres qui formaient jadis l'Atlantide. Enfin, il place dans la septième époque la création de l'homme, qu'il suppose avoir existé d'abord dans les contrées septentrionales de l'Asie. Ce brillant systéme fut recu, dés qu'il parut, avec un grand enthousiasme de la part des incrédules : on le regarda comme une démonstration de la fausseté de la narration mosaique. Mais d'autres savants ont. démontré que cette belle théorie n'était que le fruit de l'imagination, et non le résultat des faits; qu'elle était démentie parla raison et l'expérience en beaucoup de parties.

A peu prés dans le temps où le système de Buffon parut, M. Whithurst , auteur anglais, publia quelques recherches sur la formation primitive du globe terrestre.

Il suppose que la terre a été créée dans un état de fluidité, que toutes ses parties composantes étaient hétérogènes et séparées les unes des autres; que Dieu imprimant à ce chaos d'éléments un mouvement de rotation, la terre acquit tout de suite une forme sphéroidale, et les différents éléments homogènes s'attirèrent pour former des agrégats qui se placèrent à des distances proportionnées à leurs densités respectives : que les parties terrestres, s'unissant , formèrent la terre; les parties aqueuses, l'eau; les parties aériennes, l'air : que l'air, se

| dégageant de ces parties grossières, donna passage aux

rayons de lumière qui existaient dans le soleil, déjà créé avant le premier jour ; que ces parties ténébrenses, diminuant de plus en plus, laissèrent voir dans les airs l'image du soleil, dont on n'avait pu appercevoir que la lumière , créée dans les trois premiers jours. C'est ainsi qu'il explique les paroles de Moise sur la création de la lumière et des astres,

Wallerius, illustre physicien suédois, a aussi tenté, depuis Buffon , d'expliquer l'origine du monde, et de la terre en particulier. ll est tout à fait de l'opinion que l'eau, et non le feu, a été le grand agent de la nature, et que tout, excepté la lumière, a été composé de l'eau; ce qui est. diamétralement opposé à Buffon. IL explique l'œuvre des six jours d'une manière différente de celle dont l'entendent communément les interprétes. Selon lui, Dieu créa, au commencement, les premiers principes des corps : c'est ce qu'il suppose qu'a entendu Moise par les mots de caelum et terram : ccelum désigne le principe de la lumière, terra le principe de tout le reste. La lumiére fut faite quand le principe lumineux fut séparé des autres principes. Le firmament, fait au second jour, n'est pas l'atmosphère, mais les espaces célestes remplis d'une multitude iunombrable d'étoiles et de planètes. Nous n'allons pas plus loin dans l'exposition du système de Wallerius, où se trouvent d'excellentes remarques sur la chimie et la minéralogie, mais qui n'est rien moins qu'une explication satisfaisante de la narration de Moïse. J'oyez sou livre traduit en francais.

Mais, parmi tous les auteurs qui ont écrit sur la géologie, on doit particulièrement distinguer M. de Luc : c'est un physicien très-habile, célèbre par de bons ouvrages, et en particulier par son 7raité des variations de l'atmosphère; c'est un géologue consommé, qui a tout lu et tout examiné sur cette matière, et qui pendant plus de cinquante ans en a fait l'objet principal de ses études ; c'est un Chrétien sincère, qui a étudié la géologie dans le dessein de la faire servir à la défense de la religion. Ainsi rien ne manque en M. de Luc pour nous inspirer la plus entière confiance. La géologie est, selon lui, la connaissance des causes qui ont agi et qui continuent encore d'agir sur la terre: pour connaitre ces causes, il faut examiner les effets; mais, comme nous ne pouvons pénétrer bien avant dans l'intérieur de la terre, il faut considérer les montagnes, où ces effets se montrent plus aisément et plus visiblement : or, nous observons dans les montagnes une suite de couches assises les unes sur les autres, comme les pierres de nos édifices ; nous distinguons dans les couches supérieures des d

SUR LE PENTATEUQUE

pouilles marines et mème végétales. Ces productions ne sont pas de la mème espèce, et elles sont ausssi différentes de celles qui vivent maintenant : il paraît donc que ces couches ont été formées sous les eaux de la mer, puisqu'elles contiennent tant d'êtres marins; elles devraient donc toutes être horizontales : cependant elles sont diversement inclinées à l'horizon , et quelques-unes mème sont verticales. Nous remarquons aussi d'immenses brèches dans les chaines des montagnes, sans voir où est allée la matière qui les remplissait autrefois. Enfin, dans les couches les plus profondes , composées de granit et autres matières dures, on ne rencontre aucun être organisé; ce qui indique qu'elles ont été formées les premières, et dans un temps où il n'y avait sur la terre ni plantes ni animaux; et cependant on est étonné de trouver repoussés sur la cime des montagnes, ou roulés bien avant dans les plaines, d'immenses blocs de granit qui appartenaient incontestablement aux couches les plus profondes de notre globe. Tel est ce chaos que le géologue est appelé à débrouiller, en assignant toutes les causes naturelles qui ont pu produire de si étonnants efiets. Pour y parvenir, M. de Luc remonte, par l'ana- Iyse de tous ces phénomènes géologiques, à leur véritable origine; et il a toujours l'avantage de voir les faits de la nature en harmonie avec la révélation. Toutes les couches diverses dont sont formés nos continents , sans excepter même les primordiales, c'est-à-dire les couches de granit, ont dà, à quelque époque reculée, faire partie d'un liquide qui couvrait tout le globe, et dont elles se sont successivement séparées par une espèce de précipitation chimique, et ont été, par conséquent , trouvées formées horizontalement , les inflexions ne venant que des affaissements et des boulversements : l'époque où commencèrent sur la terre toutes les opérations dont les monuments sont sous nos yeux est celle où la liquidité vint régner dans les substances dont la masse terrestre était composée; car, sans liquidité, aucune combinaison ne pouvait avoir lieu : or, la liquidité est un effet du feu, et le feu, à son tour, est produit par la lumiere; par conséquent , les opérations chimiques du globe ont commencé au moment où Ja lumière a été jointe aux autres éléments dont la masse du globe était composée. Et c'est ainsi que la nature elle-méme certifie ce grand ordre de Dieu dans le commencement du récit de Moise : Que la lumière soit, Fiat lux.

M. de Luc, pour expliquer la formation de tous les corps qui sont sur Ja terre, admet six époques qui correspondent aux six jours dont parle Moïse dans son récit; et il prétend que ses paroles ont été mal rendues, et que les jours dont il parle ne peuvent étre semblables aux nôtres, mesurés par la rotation de la terre en présence du soleil, qui n'existait pas encore. La première période de temps fut celle où Dieu créa la lumière, qui produisit la liquidité et donna à la terre sa forme sphéroïdale, engendrée par le mouvement de rotation , qui n'est point essentiel à la terre et dont on ne peut assigner aucune cause physique. Un liquide dense occupait alors la partie extérieure du globe jusqu'à une certaine profondeur, et lereste n'était composé que de pulviscules sans cohérence.

Dans la seconde période, des fluides expansibles s'élevèrent de la vase et des pulviscules qui étaient sous les eaux, donnèrent lieu aux précipitations du granit, et formérent au-dessus de la terre l'atmosphère, qui fut composée, outre l'eau qui forme sa partie pondérante, d'une multitude de différentes espèces de fluides.

Dans la troisième période, de nouveaux fluides expansibles s'élevérent et donnèrent lieu à de nouvelles combinaisons qui achevèrent de produire toutes les autres couches primordiales. Comme ces fluides d'espèces différentes se dégageaient à diverses reprises et rencontraient dans le liquide supérieur des molécules différentes, il en résultait des couches successives de matières différentes. Mais la masse énorme de ces couches ne manqua pas d'affaisser les pulviscules qui leur servaient de base; le liquide qui s'y infiltra y occasionna des cavités, d'où résulta l'affaissement d'une partie de la croûte des couches : de là le désordre que nous observons dans ces couches primordiales, la formation des montagnes et des iles. Mais ce que nous devons principalement observer pour l'explication du récit de Moise, c'est que le liquide supérieur se précipita dans les endroits affaissés et laissa à sec les parties qui ne s'enfoncèrent pas : ces parties sèches se couvrirent de verdure, de plantes et d'arbres fruitiers, comme nous l'apprend Moise. Il est vrai que ces végétaux, n'étant produits que par la seule lumière et le calorique, sans l'intervention du soleil, durent être d'espèces différentes des nôtres; et c'est ce que nous observons dans nos couches de houille ou de charbon de terre ensevelies dans nos continents.

Dans la quatrième période, Dieu répara la chaleur que la lumière avait communiquée au globe, et qui s'était épuisée en partie par les combinaisons chimiques et les décompositions du feu; car c'est par ces deux voies que la chaleur peut s'éteindre. La masse du soleil, qui, au commencement, avait reçu une immense quantilé de lumière, avait aussi subi des opérations chimiques assorties à sa nature; elles furent complettes en cette période. Le soleil devint un immense phosphore, qui envoya vers la terre ses rayons, propres à entretenir le feu qui y était encore : car, sans un feu existant dans la terre, le soleil ne pourrait jamais l'échauffer.

Dans la cinquième période, les causes terrestres, ayant subi de grands changements par l'influence du soleil, produisirent dans le liquide des précipitations d'espèces différentes, et donnèrent lieu à la formation de couches de pierre calcaire, aux couches de pierre sableuse, aux éruptions volcaniques, aux houillères, aux couches de craie et de sel gemme. Cependant , comme , dans cette période, le liquide et l'atmosphère subirent de grands changements, il dut en résulter des couches différentes et des animaux marins de diverses espèces, qu'on distingue encore dans nos continents. C'est aussi dans cette époque que toute l'épaisseur des couches éprouva un second affaissement qui donna lieu à la formation de nos grandes chaines de montagnes et à tous les désordres que l'observation nous apprend. J'oyez M. de Luc, assignant la cause générale de toutes ces catastrophes et les expliquant par les désordres des pièces de glace qui couvrent

DISSERTATIONS

un fond inégal et surmonté d'éminences, quand l'humi- | la mer, n'ayant plus alors de barrières, se porta sur cette

dité commence à en opérer la liquéfaction.

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