‹ Savoir mangerChapitre 20 sur 27 · re x S; Ex · texte numérisé non relu

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vin auquel, suivant le poète, la moitié au moins du volume eût dû étre consacrée. :

Tout ce que dit notre auteur sur la soif est d’ailleurs exact. Récemment en Espagne on torturait les anarchistes par la soif, … en les privant d’eau et en ne leur donnant à manger que de la morue trés salée Jusqu'à ce qu’ils eussent avoué. Celte torture passe pour une des plus terribles.

+ * En envisageant ce besoin dans toute son étendue, on peut compter trois espèces de soif : la soif latente, … la soif factice et la soif adurante.

La soif latente ou habituelle est cet équilibre insensible qui s'établit entre la vaporisation transpiratoire et la nécessité d'y fournir ; c’est elle qui, sans que

nous éprouvions quelque douleur, nous invite à boire pendant le repas, et fait que nous pouvons boire presque à tous les moments de la journée. Cette soif nous accompagne partout et fait en quelque façon partie de notre existence.

La soif factice, qui est spéciale à l'espèce humaine, provient de cet instinct inné qui nous porte à chercher dans les boissons une force que la nature n’y à pas mise, et qui n’y survient que par la fermentation. Elle constitue une jouissance artificielle plutôt qu’un besoin naturel : cette soif est véritablement inextinguible, parce que les boissons qu’on prend pour l’apaiser ont l'effet immanquable de la faire renaître ; cette soif, qui finit par devenir habituelle, constitue les ivrognes de tous les pays ; et il arrive presque toujours que l’impotation ne cesse que quand la liqueur manque, où qu'elle à vaincu le buveur et l’a mis hors de combat.

Quand, au contraire, on n'apaise la soif que par l’eau pure, qui paraît en être l’antidote naturel, on ne boit jamais une gorgée au delà du besoin.

La soif adurante est: celle qui survient par l’augmentation du besoin et par l'impossibilité de satisfaire la soif latente.

On l'appelle adurante, parce qu’elle est accompagnée

de l’ardeur de la langue, de la sécheresse du palais, et | d'une chaleur dévorante dans tout le corps. 2 : Le sentiment de la soif est tellement vif, que le mot est, presque dans toutes les langues, le synonyme d'une appétence excessive et d’un désir impérieux; ainsi on a soif d'or, de richesses, de pouvoir, de vengeance, eic., expressions qui n’eussent pas passé, s'il ne suflisait pas d’avoir eu soif une fois dans sa vie pour en sentir la justesse, 5 L'appétit est accompagné d’une sensation agréable, tant qu'il ne va pas jusqu’à la faim; la soif n'a pomt … de crépuscule, et dès qu'elle se fait sentir il y a malaise. ae -On ne résiste pas si longtemps à la soif; et, en 1787, on vit mourir un des cent-suisses de la garde de Louis XVI-pour être resté seulement vingt-quatre heures sans boire. ES.

Il était au cabaret avec quelques-uns de ses camarades : là, comme il présentait son verre, un d'entre eux lui reprocha de boire plus souvent que les autres et de ne pouvoir s’en passer un moment. . C'est sur ce propos qu'il gagea de demeurer vingt. quatre heures sans boire, part qui fut accepté, et qui était de dix bouteilles de vin à consommer. | Dès ce moment le soldat cessa de boire, quoiqu'il restât encore plus de deux heures à voir faire les au= tres, avant que de se retirer. LE La nuit se passa bien, comme on peut croire ; mais dès la pointe’ du jour il trouva très dur de ne pouvoir prendre son petit verre d’eau-de-vie, ainsi qu'il n°ÿ. manquait jamais. ES Toute la matinée il fut inquiet et troublé; il allait, venait, se levait, s'esseyait sans raison, et avait l'air de” ne savoir que faire. SD À une heure il se coucha, croyant être plus tranquille : il souffrait, il était vraiment malade; mais” vainement ceux qui l’entouraient l'invitaient-ils à boire, il prétendait qu'il irait bien jusqu'au soir ; il voulait

gagner la gageure, à quoi se mélait sans doute un peu d’orgueil militaire, qui l’empêchait de céder à la douleur, 2 Il se soutint ainsi jusqu’à sept heures ; mais à sept heures et demie il se trouva mal, tourna à la mort, et expira sans pouvoir goûter à un verre de vin qu’on lui présentait.

Je fus instruit de tous ces détails dès le soir même par le sieur Schneider, honorable fifre de la compagnie des cent-suisses, chez lequel je logeais à Versailles.

Causes de la soif.

La chaleur augmente la soif ; et de là le penchant qu'ont toujours eu les hommes à fixer leurs habitations sur le bord des fleuves.

Les travaux corporels augmentent la soif; aussi les

proverbe que le vin qu'on leur donne est toujours de mieux vendu. RASE + La danse augmente la soif ; et de là le recueil bois —. sons corroborantes ou rafraîchissantes qui ont toujours “accompagné les réunions dansantes.

La déclamation augmente la soif; de là le verre .. d’eau que tous les lecteurs s’étudient à boire avec grâce, et qui se verra bientôt sur les bords de la chaire, . à côté du mouchoir blanc *.

Les jouissances génésiques augmentent la soif; de là ces descriptions poétiques de Chypre,’ Amathonte, Gnide et autres lieux habités par Vénus, où l’on ne manque jamais de trouver des ombrages frais et des ruisseaux qui serpentent, coulent et murmurent.

- 4. Le chanoine Délestra, prédicateur fort agréable, ne man- È quait jamais d’avaler une noix confite, dans l'intervalle de temps qu'il laissait à ses auditeurs, entre chaque point de son discours pour tousser, cracher et moucher.

propriétaires qui emploient des ouvriers ne manquent | Jamais de les fortifier par des boissons ; et de Îà le

Les chants augmentent Ja ot. et de là la eo : tion universelle qu'ont eue les musiciens d'être d'in-

fatigables buveurs. Musicien moi-même, je mélève contre ce préjugé, qui n’a plus maintenant ni sel, nr

vérité. = Les artistes qui circulent dans nos salons boivent

avec autant de discrétion que de sagacité; mais ce

qu'ils ont perdu d’un côté, ils le regagnent de l'autre ; et s'ils ne sont plus ivrognes, 1ls sont gourmands jus >: qu'au troisième ciel, tellement qu'on assure qu’au Cer=

cle d'harmonie transcendante: la célébration de la fête È :

de sainte Cécile a duré quelquefois PAIE de vingt-quatre heures.

Exemple.

L'exposition à un courant d’air très rapide est une cause très active de l'augmentation de la soif, et je. pense que l'observation suivante sera lue avec plaisir,

surtout par les chasseurs.

On sait que les cailles se plaisent beaucoup dans ies hautes montagnes, où la réussite de leur ponte est plus assurée, parce que la récolte s’y fait beaucoup plus. tard.

“Lorsqu'on moissonne le seigle, elles passent dans

les orges et les avoines; et quand on vient à faucher. ces dernières, elles se retirent dans les parties oû la maturité est moins avancée.

C’est alors le moment de les chasser, ‘parce qu'on trouve dans un petit nombre d’arpents de terre les cailles qui, un mois auparavant, élaient disséminées dans toute une commune, et que, la saison étant sur sa fin, elles sont grosses et grasses à satisfaction.

C'est dans ce but que je me trouvais un jour avec quelques amis sur une montagne de l'arrondissement de Nantua, dans le canton connu sous le nom de Plan

d’Hotonne, et nous étions sur le point de commencer

la chasse, par un des plus beaux jours du mois de septembre et sous linfluence du soleil brillant inconnu aux cochneys *. ù

Mais, pendant que nous déjeunions, il s'éleva un vent du nord extrêmement violent et bien contraire à

nos plaisirs ; ce qui ne nous empêcha pas de nous mét-

tre en campagne.

À peine avions-nous chassé un quart d'heure, que le plus douillet de la troupe commença à dire qu’il avait soif; sur quoi on l'aurait sans doute plaisanté si chacun de nous n’avait pas aussi éprouvé le même besoin.

Nous bûmes tous, car l’âne cantinier nous suivait: mais le soulagement ne fut pas long. La soif ne tarda pas à reparaître avecune telle intensité, que quelquesuns se croyaient malades, d’autres prêts à le devenir, et on parlait de s’en retourner, ce qui nous aurait fait un voyage de dix lieues en pure perte.

J'avais eu le temps de recueillir mes idées, et j'avais découvert la raison de cette soif extraordinaire. Je rassemblai donc les camarades, et je leur dis que nous étions sous l'influence de quatre causes qui se réunis- Saient pour nous altérer: la diminution notable de la colonne qui pesait sur notre corps, qui devait rendre la circulation plus rapide; l’action du soleil qui nous échauffait directement; la marche qui activait la respiration, et, plus que tout cela, l’action du vent, qui, nous perçant à Jour, enlevait le produit de cette transpiration, soutirait le fluide, et empêchait toute moiteur de la peau.

J’ajoutai que, sur le tout, il n'y avait aucun danger: que l'ennemi étant connu, il fallait le combattre : et il demeura arrêté qu'on boirait à chaque demi-heure.

La précaution ne fut cependant qu’insuffisante, cette soif était invincible : ni le vin, ni l’eau-de-vie, ni le vin mêlé d’eau, ni l'eau mêlée d’eau-de-vie, n’y purent

1: C’est le nom par lequel on désigne les habitants de Londres qui n’en sont pas sortis : il équivaut à celui de badauds.

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Ps ie ILE ee CE

SAVOIR MANGER rien, Nous avions soif mêmeen 1 buvant, ct nous fûmes mal à notre aise toute la journée.

Gette journée finit cependant comme une aufre : propriétaire du domaine de Latour nous donna lhos-

pitalité, en joignant nos provisions aux siennes.

Nous dinâmes à merveille, et bientôt nous allâmes nous enterrer dans le foin, pour y jouir d'un sommeil | délicieux.

Le lendemain, ma théorie reçut la sensation de Véxs périence. Le vent tomba tout à fait pendant la nuit: et quoïque le soleil fût aussi beau et même plus chaud que la veille, nous chassâmes encore une partie de JL journée, sans éprouver une soif incommode. - ==

Mais le plus grand mal était fait : nos cantines, | quoique remplies avec une sage prévoyance, n'avaient pu résister aux charges réitérées que nous avions faites sur elles ; ce n’était plus que des corps sans âme, et nous tombâmes dans les futailles des cabaretiers:

- I fallut bien s’y résoudre, mais ce ne fut pas sans murmurer ; et j'adressai au vent dessicateur une allo cution pleine d'invectives, quand je vis qu'un mets digne de la table des rois, un plat d'épinards à la graisse de cailles, allait être arrosé d'un vin à peine aussi bon que celui de Surène ‘ :

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