‹ Situation juridique de la Navigation de PlaisanceChapitre 4 sur 68 · MONSIEUR ET CHER COLLÈGUE · texte numérisé non relu

MONSIEUR ET CHER COLLÈGUE

Le Ministre de la Marine, par lettre du 11 décembre dernier, a appelé mon attention sur les services que la navigation de plaisance à vapeur serait susceptible de rendre à la marine militaire en temps de guerre, et s’est montré, en même temps, tout disposé à prendre certaines mesures propres à favoriser le développement de cette catégorie de yachts. L'utilisation de notre flottille à vapeur en tant qu'auxiliaire, en temps de guerre, de notre marine militaire, m'a paru, tout d’abord, asser difficilement réalisable, eu égard au tonnage, à la construction et à la vitesse relativement faible des yachts battant actuellement pavillon français.

Il serait cependant très désirable que le yachting français pût, le cas échéant, apporter son concours à la défense nationale dans la mesure de ses forces. La question ainsi envisagée, j'ai pensé que, peut-être, quelques-uns de nos yachts à vapeur pourraient être employés à servir d’auxiliaires à la Croix- Rouge (Société de secours aux blessés des armées de terre et de mer). Toutefois, avant de prendre l'initiative d’une ouverture dans ce sens, auprès du Ministre, je désirerais avoir l'opinion des propriétaires des principaux yachts À vapeur, notamment sur les points suivants :

Nos yachts à vapeur pourraient-ils être utilisés comme auxiliaires de la Croix-Rouge? (transport des blessés, etc.)

À quelles conditions ce concours pourrait-il être donné?

Quelle serait la mesure des sacrifices que les propriétaires seraient disposés à s'imposer et quelles compensations leur paraîtraient nécessaires?... » (x)

Les grands steam-yachts semblent, en effet, bien indiqués pour suivre la flotte de guerre comme navires d’ambulance, recevoir les blessés pour les premiers soins et les évacuer sur les hôpitaux du littoral le plus voisin. Ici, pas d’armement ni de personnel de combat nécessitant une transformation difhcile, forcément défectueuse et fort coûteuse

(1) Le Yacht du 21 janvier 1899. Voir également sur le même point Le Yacht du 14 janvier 1899

Dans le même sens : Bulletin de la Marine marchande, janvier 1899, p 29ets;

un. concours ns par ni « Du des fe

ces France » À 1) sur la question des: secours aux victimes des combats sur mer. Le programme du concours visait, outre

« l'extension des principes de la convention de Genève aux

victimes de combats sur mer », « l’organisation technique des moyens de secours nationaux et internationaux, au triple point de vue du matériel, du personnel et du fonc-

tionnement » et, comme matériel de secours, il citait « les navires-hôpitaux des États belligérants ou neutres, les navires-hôpitaux équipés par les Sociétés de secours ou mis à la disposition de celles-ci; les bâtiments de commerce concourant éventuellement à l'évacuation des malades et des blessés, les yachts et embarcations de plaisanse, les bateaux et stations de sociétés de sauvetage. »

Ce projet a d’ailleurs reçu une consécration officielle dans la Convention internationale de La Haye du 18 octobre 1907, « Pour l'adaptation à la guerre maritime des principes de la Convention de Genève » (2). L'article 9 de la Convention est en effet ainsi conçu : « Les belligérants pourront faire appel au zèle charitable des commandants de bâtiments de commerce, yachts ou embarcations neutres, pour prendre à bord et soigner des blessés ou des malades » ; et l’article 12 :

« Tout vaisseau de guerre d’une partie belligérante peut

réclamer des blessés, malades ou naufragés, qui sont à bord de bâtiments-hôpitaux militaires, de bâtiments hospitaliers

de société de secours ou de particuliers, de navires de com-

(1) Séance du Conseil d'administration du 14 janvier 1891. (z) Promulguée en France par décret du 2 décembre 1910. — %: off. & décembre 19104

“ torts rene comme “éraattes ue lesquelles ne id, très léger armement sufñt puisque leur rôle d'écläi- | reurs leur interdit l'attaque “etrdoit, autant que possible,

leur faire éviter. le Li de et ee comme ambulanciers. |

Au contraire, Fr. utilisation comme + navires de combat ne semble pas très pratique, surtout en France

où leur tonnage moyen est sensiblement inférieur à celui des yachts américains. Sans nier l'utilité du rôle joué par ceux-ci dans la guerre contre l'Espagne, il est diffcile de

ne pas s'associer, dans une grande mesure, tout au moins, aux critiques de M. Stephens sur la difficulté et les incon-

vénients de la transformation de ces bâtiments en unités

de combat (provenant notamment du poids de l'artillerie et des superstructures nécessaires, de la réaction des pièces sur des ponts trop faibles... etc.). Il faut bien reconnaître,

en tout cas, que ce genre de bâtiment peut rendre de plus”

grands services à une place plus conforme à sa construction légère. | <

Ainsi donc, étant donné l’état actuel de notre marine, il faut admettre que la flottille de plaisance pourrait, le cas échéant, lui rendre d'importants services.

Doit-on, cependant, adopter, malgré cela, la conclusion

de M. Stephens et souhaiter la construction d’un certain

nombre de petits bâtiments spéciaux devant remplir le rôle que l’on veut faire jouer aux plaisanciers? Nous ne le croyons pas. Il est vrai que des navires spécialement construits pour servir d’estafettes ou d’ambulanciers offriraient des qualités supérieures à celles des yachts : ceux-ci ne s’adap-

re 1 EE ncer a ire La digne derle déclaration de guerre, * : Sans. À éndre des travaux de transformation. Maisnorr

si cette solution semble excellente à première vue et en 5 théorie, elle se heurte à de gros inconvénients pratiques

ei nous nous plaçons au point de vue financier : TERRE

7 La construction des bâtiments nécessaires, entreprise Vprs 2 Fee l'État ou sous sa surveillance coûterait, en effet, SA

ee à 9 :

fort cher, sans compter leur entretien pendant les années

à) de’paix. Or, celles-ci étant heureusement fort longues,

© il y aurait là pour notre budget une dépense excessive, | ES certainement plus onéreuse que l’achat ou la location "(ES + et la transformation, purement éventuels, d’ailleurs, RENE ae de bâtiments de plaisance : une charge aussi lourde ne Ex + saurait être admise que si la nécessité s'en faisait abéolu… Fe ne ; ment sentir et nous avons vu qu’il n’en était rien, que les D

#9 yachts étaient parfaitement capables de tenir la place mo- ; deste qu’on propose de leur attribuer.

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