La mesure de la réaction volontaire
Les temps de réaction.
La mesure du temps nécessaire pour qu’une excitation puisse provoquer une réaction motrice exige, pour être mesurée, des appareils de trois sortes: des appareils d’excitation déterminant le point de départ du temps à mesurer, des appareils de réaction déterminant le point terminal, et enfin naturellement des appareils susceptibles de mesurer ce temps avec une suffisante exactitude.
L’agent capable de marquer les points extrêmes du temps de réaction avec une quasi-instantanéité est l’électricité. Il est bien certain qu’on pourrait employer aussi la lumière en repérant des points sur un papier sensible. Mais la méthode du signalement électrique est beaucoup plus commode ; c’est sur elle que sont basés les divers appareils que nous aurons à décrire.
A. — Appareils d'excitation.
L’excitation sensorielle doit, en même temps qu’elle
L OIUECTIVATION MOTRICE
commence à se produire, ouvrir ou fermer un circuit électrique pour marquer le point de départ du temps à mesurer.
Le chronomètre de d àrsonval comporte un excitateur qui est capable de provoquer des pressions cutanées ou des sons en interrompant un circuit (Voir figure 3); il comporte un percuteur terminé par une boule métallique et monté perpendiculairement sur une lame de ressort qui vient presser sur un contact électrique : lorsqu’on frappe avec le percuteur, on relève le ressort, ou l’éloigne du contact par conséquent, et on rompt le circuit; dès qu’on relève le marteau, le ressort rétablit le contact.
Mais les excitations ainsi produites sont d’intensité éminemment variable suivant la force avec laquelle fra p pe 1 ’ex pé ri menta te u r .
Voici quelques appareils d’excitation susceptibles d’une plus grande précision.
1 . Excitations (le pression. — On peut faire effectuer une percussion au moyen d’un marteau retenu en l’ai r par un électro-aimant lorsqu’il y passe un courant et retombant dès que le courant cesse, c’est la méthode employée par Von Biervliet avec son électropercuteur. Mais, selon la hauteur de chute sur la région cutanée choisie, l’intensité variera. Il est préférable d’employer la méthode que nous avons préconisée pour l’haphi-esthésimétrie : une tige métallique à surface de base définie et pesant, avec la masse formant tète, un poids donné, traverse un orifice d’un diamètre à peine supérieur dans une lame métallique qui est attirée par l’électro-aimant : la surface cutanée est placée à î millimètre à peine au-dessous de
la surface inférieure de la tige, et, dès que le courant cesse de traverser l’électro, cette tige vient reposer sur la peau en exerçant une pression égale à son poids, cependant que la lame métallique descend sans exercer de pression propre. Dès que le courant est rétabli, la laine, attirée, relève l’aiguille. Le retard de ht chute de 1 aiguille sur l’interruption du courant, comprenant la self, l’inertie de l’électro, et le temps de chute de i millimètre de haut peut être expérimentalement déterminé, une fois pour toutes1, et déduit des temps de réaction mesurés par cette méthode ; mais cet intervalle, en réalité négligeable, ne dépasse pas la valeur des causes d’erreurs inévitables dans ces mesures, étant inférieur au millième de seconde (Voir figure n, E).
On pourra employer comme aiguilles excitatrices des tiges de cuivre de 5, io et i5 grammes avec une surface de base circulaire de i millimètre de diamètre.
IL Excitations électriques. — En intercalant une bobine d’induction sur un circuit destiné à provoquer le signal électrique, point de départ de la mesure du temps de réaction, on peut, en fermant ce circuit, provoquer ce signal en même temps cpi’on suscite des
i. On mesure ce retard par une méthode très simple : on fait passer un courant par la tige métallique et un contact affleurant la tête de la tige quand elle est relevée ; un autre contact est placé à i millimètre au-dessous de la tige, contact susceptible de fermer le même circuit. Lorsqu’on fait tomber l’aiguille, le courant est rompu pendant la chute, le contact supérieur étant quitté avant que l’inférieur soit touché. On a deux signaux électriques qui permettent de mesurer le temps de chute. Avec le seul contact inférieur, on peut ensuite faire rétablir le circuit que l’on rompt pour faire tomber la tige, et l’on mesure alors le retard total de self et temps de chute.
l’oejectivation motrice
chocs d’induction qui pourront provoquer des sensations chez le sujet en traversant un excitateur appli que contre la peau.
On peut, avec une clef spéciale comme nous en décrirons plus loin, établir aussi le circuit excitateur en rompant un autre circuit signaleur. On peut d'ailleurs facilement, comme nous le verrons, transformer une fermeture de circuit en ouverture d’un circuit secondaire, et réciproquement, par un dispositif très simple, ce qui permet de réaliser toujours l imité du mode de signalement dans l'excitation.
III. Excitations thermiques. — On peut, à la rigueur, employer, pour provoquer une sensation de chaud ou de froid, un marteau excitateur comme celui de d ’A rsonval, interrompant un circuit en frappant la peau : il sullit d’employer à l’extrémité du percuteur des corps froids ou chauds. Mais, comme on provoque toujours des sensations tactiles, on ne peut différencier avec certitude l’excitation thermique. Aussi est-il nécessaire de procéder de la façon suivante : on emploie notre thermo-esthésimètre ou tel autre dispositif susceptible de provoquer la chute de gouttes d’eau portées aune certaine température. On emploie l’eau physiologique à 0,7b ou 0,80 pour 100. Avec deux conducteurs électriques dont les extrémités de platine se-font vis-à-vis au-dessous du tube d’écoulement des gouttes, on obtient la fermeture d’un circuit à assez haute tension1 dès qu’une goutte est sus-
1. On doit employer un courant à haute tension relativement (1 10 ou plutôt ‘220 volts), à cause de la grande résistance de l'eau et des solutions assez faibles utilisées.
pendue au tube ; le circuit s’ouvrira à la chute de cette goutte. En plaçant la surface cutanée au-dessous du tube d’écoulement, de manière que le contact se produise au moment où la goutte quitte les deux points métalliques des conducteurs, on réalise la simultanéité du signal et de l’excitation thermique1, la goutte d’eau n’exerçant aucune pression perceptible et n’agissant que par sa température, supérieure ou inférieure à celle de la peau.
I ne méthode plus précise encore serait fournie par la concentration de radiations thermiques sur la peau par une lentille’2, avec un écran maintenu par un électro-aimant et qui, éloigné par un ressort, laisserait [lasser la chaleur à la rupture d’un circuit.
1\ . Excitations sonores. — Il est facile, avec une sonnerie électrique, de fermer un circuit signaleur qui est en même temps excitateur du son ; il y a un léger retard dû à la self des électro-aimants des timbres ou cloches électriques, retard mesurable, mais pratiquement négligeable dans les expériences sur les temps de réaction.
En connaissant l’intensité de la source d’énergie électrique, avec des circuits de résistance constante, et en déterminant la hauteur des sons des cloches ou timbres, on peut réaliser des excitations absolu-
1 . Pour vérifier cette simultanéité, on peut substituer à la surface cutanée une surface quelconque où deux extrémités de conducteurs électriques entreront en communication lorsqu’une goutte tombera sur elles ; on aura avec l’ouverture du circuit au début de la chute et la fermeture à la lin de la chute deux signaux permettant de mesurer l’intervalle, qui peut être à peu près nul, lorsqu’on a bien réglé la hauteur de chute.