OSCILLATIONS DE I,’EFFORT
L’appréciation de la fatigue motrice par la diminution d’intensité des mouvements effectués en fonction du temps ne relève pas seulement de la physiogie musculaire. Cette diminution, qui peut être étudiée comme phénomène de fatigue pure par excitation électrique des muscles, est combattue par une augmentation progressive de l’intensité des influx nerveux envoyés aux muscles, ce qui tend naturellement à provoquer une fatigue nerveuse entraînant la cessation de l’efTort. Mais, comme Mosso l’a établi, l’effort volontaire tend à croître avec la fatigue du muscle. On peut donc, au cours de la fatigue provoquée par un travail volontaire, chercher à déterminer cette intensité croissante de l’effort.
Nous n’avons pas à nous occuper ici des questions d’interprétation théorique ; aussi ne ferons-nous que signaler, dans la loi de la décroissance d’énergie motrice au cours de la fatigue, établie par Cn. Henry et J. Joteyko, que l’un des paramètres, des constantes, de l’équation adoptée, qui tend à combattre les facteurs de descente, a été interprété par J. Joteyko, comme caractéristique de l’effort volontaire1. C’est
i. 11 s’agit de la constante 6, seule positive* dans l’équation 7] = II — al 3 ^-bfi — et,
où 7j représente la hauteur de la contraction musculaire à chaque
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donc] la grandeur de ce paramètre qui permettrait de classer les individus sous le rapport de l’intensité de l’effort volontaire destine à combattre la diminu-
Fig. i3. — Dynamomètre de Chébon.
lion du travail causée par la fatigue. On pourrait également comparer ce coefficient chez un même individu livré à lui-même, ou soumis à rinlluence d’excitations diverses, d’exhortations, etc. Mais on doit
instant, H la hauteur initiale, t le temps, a, b et c des con stantes.
ajouter qu’il y a dans celte interprétation du paramètre positil de l’équation une grande part d’arbitraire et qu’on ne peut s’appuyer sur cette donnée comme véritablement certaine.
La mesure de la décroissance énergétique peut s’eflectuer, soit avec le dynamomètre successivement pressé, soit plutôt avec l’ergographe de Mosso, soit de préférence encore avec le dynamograplie de Chaules IIenuy. La fatigue peut aussi s’apprécier par la diminution de rapidité dans les mouvements simples (comme ceux du tapping-test).
En outre la fatigue provoquée par l’effort et le sursaut d’augmentation de l’effort destiné à compenser la b aisse spontanée se succèdent en entraînant des oscillations : les courbes de descente ne sont pas régulières et continues.
On peut apprécier ces oscillations avec l'ergograplie, et le dynamographe de Cm Henry pour la force des contractions musculaires, et, pour la rapidité, avec le tapping-test, en enregistrant les tapes sur un cylindre.
Le dynamomètre est un ressort que l’on comprime, dans la. main en général, mais qui par sa rigidité est douloureux, de telle sorte que la douleur provoquée inhibe l’effort ; en outre la valeur de l’effort est principalement fonction, avec cet appareil, de la rapidité, dont on a par là une mesure, très indirecte et incertaine, il faut bien le dire.
L’ergographe de Mosso, auquel quelques auteurs ont apporté des modifications sans grande importance (substitution, par exemple, d’un ressort au poids), comprend un appareil d’immobilisation du bras et de
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la main du sujet, dont un doigt libre (le médius) peut, en se relevant, remonter un poids au moyen
d’une ficelle passant dans une poulie et fixée ;'i un anneau qui entoure le doigt. Les déplacements de la
ficelle peuvent entraîner une plume qui inscrit les soulèvements avec leur hauteur absolue sur un cylindre tournant. La hauteur de chaque soulèvement, multipliée par le poids soulevé, donne en fractions de
Fig. i5. — Partie antérieure de l’ergographe qui doit être vissée
sur la table,
A, vie du butoir; B, butoir; C, support du levier inscripteur D.
kilogrammètre la mesure du travail. La somme des soulèvements donne le travail total au cours d’un « ergogramme ».
Les poids à employer ne doivent être ni trop faibles ni trop forts : 3 à 4 kilogrammes.
Le rythme des soulèvements ne doit pas non plus être trop lent — car alors la réparation s’effectue progressivement, et il n’y a pratiquement pas de fatigue quand les soulèvements ne se produisent que toutes les io secondes (crgogrammes de Maggiora) — ,
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Fig. 16. — Dynamographe de Ch. Henry.
ni trop rapide — car alors ils se produit des phénomènes de contracture musculaire, de tétanisation, et le relâchement ne se fait plus — ; un rythme optimum parait être celui de 3o soulèvements à la minute, c’est-à-dire d’un toutes les 2 secondes.
Les inconvénients de l’ergographe résident dans la douleur du membre immobilisé, et dans les phénomènes de substitution musculaire : Le bras ne peut être assez immobilisé pour empêcher que des mouvements de la main, puis des tractions de l’avantbras, du bras, de l’épaule, ne viennent s’ajouter aux contractions de plus en plus faibles du doigt et vicier la courbe de décroissance (obtenue en reliant les sommets des soulèvements) par la collaboration au travail de muscles encore frais.
Le dynamographe de Charles Henry est beaucoup plus satisfaisant ; le travail est obtenu par la compression d’une poire remplie de mercure en communication avec un manomètre qui permet, par la hauteur du soulèvement du mercure, de connaître l’intensité de la contraction musculaire1. Le mercure n’étant pas rigide, il n’y a pas la douleur provoquée dans les dynamomètres à lames métalliques par la compression des tissus de la main.
Un flotteur entraîné par la surface du mercure transmet les mouvements de celui-ci, avec une poulie de réduction (de 1/6), à une plume encrée qui les inscrit sur un cylindre recouvert d’un papier milli-
1. Dans un nouveau dispositif, l’auteur a substitué un manomètre métallique, plus maniable, au manomètre à mercure adopté d’abord.
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métré et dont la circonférence et la vitesse sont telles qu’un millimètre corresponde à une rotation d’une seconde. D’autre part, un kilogramme d’effort sur la poire de caoutchouc remplie de mercure 1 correspond à une hauteur de un millimètre et demi sur le papier.
On fait presser au sujet, assez lentement, pour éviter que le mercure dépasse le flotteur, la poire de caoutchouc, soit à pleine main, soit, si l'on croit que le sujet est particulièrement fort, entre le pouce, l’index et le médius. On lui demande de presser aussi fort qu’il lui est possible, et de maintenir tant qu’il pourra la pression maxima dont il est capable. Au fur et à mesure de la fatigue, la pression du mercure force les muscles de la main, distend la poire, le niveau redescend dans le tube, et une courbe de descente s’inscrit sur le cylindre. La forme de la courbe apportera des caractéristiques individuelles.
Quant à l’aire déterminée par celte courbe et qui représente des kilogrammes-secondes d’effort, il suffit, pour l’évaluer en kilogrammètres au point de vue du travail, de diviser le chiffre des kilogrammessecondes obtenus par 1 -j.o (d’après les constatations expérimentales de Gn. Henry et Joteyko). On pourra comparer cette valeur à celle de l’effort maximum initial, exprimé en kilogrammes, indice de l’énergie momentanée du sujet, tandis que le travail total est fonction de l’énergie soutenue, en même temps bien entendu que de la force musculaire.
1. La poire a un rayon de 2cm, 75, vide, et 3cm,o4, remplie de mercure.