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CHAPITRE PREMIER

MESURE DE LA MÉMOIRE

Toute perception provoquée par une excitation extérieure continue, comme une réaction déclanchée par un facteur passager, après la cessation de sa cause; elle persiste un certain temps. En outre, une fois disparue, en apparence, elle peut ressusciter en quelque sorte, constituant une image; et, même lorsqu’elle est incapable de se manifester sous sa forme primitive, à l’intensité près, elle peut cependant révéler encore sa persistance en agissant sur les phénomènes mentaux, en facilitant en particulier une perception nouvelle, provoquée par une excitation identique ou simplement analogue à l’excitation primitive. Cette persistance prolongée des perceptions et de leur ordre1 constitue ce que l’on appelle la mé-

i. Il y a beaucoup de cas où l’ordre seul de perceptions habituelles peut être retenu : c’est le cas de la mémoire des chiffres par exemple. C’est aussi le cas pour la mémoire des phénomènes internes, des conceptions imaginatives, des associations spontanées, etc.

moire. On étudiera donc cette dernière en déterminant, au bout d’un temps donné après une excitation, ce qui reste de la perception, soit en la faisant réapparaître et objectiver par le sujet, soit en faisant désigner au milieu d’autres l’excitation qui lui a donné naissance, désignation qui implique une identification entre la perception nouvellement provoquée et l’ancienne, c’est-à-dire une persistance de cette dernière, nécessaire à cette opération identificatrice.

Cette étude pourra se faire pour les perceptions les plus diverses, simples ou complexes ; et en outre, il sera possible d’examiner l’influence, sur la persistance mnémonique, des durées de l’excitation initiale au cours de 1 « acquisition du souvenir », ou de ses répétitions, et des intervalles à apporter entre ces répétitions ; il sera possible d’examiner aussi comment, avec quelle vitesse, s’amortira l’image persistante; et enfin quels pourront être les rapports de diverses images successivement acquises au point de vue de leur ordre respectif, de leur localisation, problème qui touche de très près à ceux concernant l’activité propre de ces éléments internes, persistant en dehors des excitations nouvelles du milieu, c’est-à-dire aux problèmes de la pensée.

i. — Mémoire des perceptions élémentaires.

Nous n’entrerons pas, pour cette étude, dans des détails de technique, qui feraient double emploi avec ceux que nous avons fournis, le plus complètement

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possible, dans la première partie de l’ouvrage, sur les mesures sensorielles.

Dans ces dernières mesures d’ailleurs, on est parfois obligé d’utiliser la persistance des images pour déterminer les seuils différentiels de sensations, faute de pouvoir réaliser simultanément les deux excitations à comparer.

Mais on fait appel à une persistance immédiate, dans un délai que nous avons toujours visé à rendre le plus court possible.

Pour l’étude de la mémoire, on mesurera aussi un seuil différentiel, mais en laissant s’écouler un temps plus long, suffisant pour l’évanouissement apparent du phénomène sensoriel ', qui devra dès lors être rappelé, évoqué, pour être comparé aux sensations nouvelles, que ces sensations soient provoquées par l’expérimentateur ou par le sujet lui-même cherchant par tâtonnements à retrouver l’excitation primitive.

On pourra choisir, uniformément, un intervalle d’une minute après l’excitation initiale, puis on mettra le sujet en présence d’une série d’excitations parmi lesquelles se trouvera l’excitation primitive qui devra être désignée. Le mieux est certainement de pouvoir utiliser alors une série d’excitations simultanées ; mais ce n’est en général pas possible, sauf pour les perceptions visuelles ; on doit alors faire se succéder la série des excitations jusqu’à ce que le sujet en désigne une

i. Pour la détermination du seuil différentiel, ou doit au contraire constamment viser à faire succéder la deuxième excitation avant l’évanouissement de la première.

comme étant la plus proche de l'excitation primitive. Il est alors nécessaire que l’ordre et la rapidité de succession des excitations de cette série soient absolument constants, pour que les différents sujets puissent se trouver, au bout du même temps, en présence de l’excitation initiale répétée; sans quoi, si cette excitation est reproduite au bout d’une minute pour l’un, de deux ou trois minutes pour l’autre, la persistance de 1' image étant dillérente au bout de ce temps, les erreurs, à mémoire égale, ne seront pas les mêmes.

On peut aussi, en certains cas, assez rares, demander au sujet de manier lui-même l’appareil d’excitation jusqu’à ce qu’il croie trouver, d’après l’identité apparente de la sensation et de l’image, une excitation équivalente à la primitive.

Ce procédé est la plupart du temps impossible, le sujet ne sachant pas manipuler les appareils et perdant plus ou moins de temps dans une besogne matérielle trop difficile pour lui . 11 n’est guère utilisable que lorsque l’appareil d’excitation est l’organisme lui-même, dans la mémoire musculaire : si l’on a donné une position à un membre, ou fait effectuer un mouvement à une articulation, on peut demander au sujet de replacer le membre dans la même position ou de refaire le même mouvement.

Au point de vue du choix des excitations, on obtient des valeurs plus comparables d’un individu à l’autre si l'on choisit toujours un même multiple ou les mêmes multiples du seuil, par exemple, 2,5 — 5 — et io fois la valeur du minimum perceptible.

Si l’on a déterminé le seuil dillérentiel pour ces excitations, on peut alors apprécier la mémoire d’après

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les différences entre le nouveau seuil obtenu après l’intervalle d’une minute et le seuil primitif.

Si le sujet considère comme identique à l’excitation primitive une excitation qui ne diffère pas de la première d’une fraction supérieure à celle du seuil différentiel primitivement établi, c’est que tout se passe comme si l’image était restée identique à la perception, sans affaiblissement constatable : la mémoire est donc parfaite.

Si au contraire l’excitation reconnue ou reproduite diffère de plus de la fraction différentielle primitive, c’est qu’il y a un affaiblissement de l’image, affaiblissement d’autant plus grand que la différence sera plus grande.

Pour évaluer la mémoire on est donc conduit à prendre l'inverse de cette différence, puisque, plus la différence est petite, plus la persistance est grande. D’autre part la différence ne peut être comptée en valeur absolue, mais rapportée à la valeur initiale du seuil. La mémoire sera donc mesurée par l’inverse de la différence, évaluée proportionnellement au seuil.

Si, en comparant simultanément deux plages lumineuses, un sujet les considère comme identiques lorsqu’elles ne diffèrent pas de plus de i/ioo,etque, une minute après avoir vu une des [liages lumineuses, il considère une nouvelle plage connue identique lorsqu’elle ne diffère pas de plus de 1/20 ou 5/ioo, on rapportera la différence de ce nouveau seuil par rapport au premier, soit /j/ioo, à la valeur de ce premier seuil, qui était de 1/100. La différence représente donc l\ fois la valeur du seuil différentiel, qu’on désignera par D, soit 4D.

La mémoire du sujet sera donc de— ou plus sim-

plument, si l’on se rappelle (pie Ton mesure toujours en valeurs de seuil, -1- ? un quart. Si la différence n’a-

va i t été que de o,5/ioo, la mémoire serait de — ? c’est-

à-dire de 2, etc. Enfin, si la différence était nulle, la

mémoire serait absolue, et Ton aurait — =oo .

On pourra étudier ainsi la mémoire élémentaire des diverses sensations cutanées (pression, chaud, froid, douleur, excitations caustiques, électriques, etc.), olfactives, gustatives, vibratoires, musculaires ou kinésiques (étendue et vitesse des déplacements, position, etc.) auditives (intensité, hauteur des sons), visuelles (intensités lumineuses, différenciations des tonalités et des saturations chromatiques, localisation rétinienne des excitations du champ visuel, etc.), etc.

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