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Mémoire des perceptions complexes

Les mêmes méthodes seront employées pour l’étude de la persistance des perceptions d’ordre plus complexe, en utilisant les techniques que nous avons décrites dans la deuxième partie de l’ouvrage.

On étudiera ainsi la mémoire de la topographie cutanée (écartement de deux contacts, grandeur et forme de surfaces appliquées sur la peau, place absolue d’un contact, déplacements en grandeur, direc-

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lion et vitesse, sur la surface cutanée, etc.) ; des perceptions stéréognostiques actives ; des orientations sonores ; des perceptions visuelles de la distance en largeur, hauteur et profondeur, de la vitesse et de l’étendue des déplacements, des ouvertures angulaires, des positions respectives de lignes et de points ; des perceptions labyrinthiques et cutanées de déplacement global du corps en direction, étendue et vitesse; des perceptions de la durée ; des perceptions du rytlime, etc.

Nous compléterons sur quelques points cette étude de la mémoire des perceptions complexes, en faisant appel à quelques procédés supplémentaires relatifs à la mémoire kinésirpie, à la mémoire visuelle et à la mémoire auditive.

A. — Mémoire kinésicjue.

On découpera dans des cartons un peu durs ou dans des lames de bois peu épaisses des fentes longitudinales, ou des fentes circonscrivant un cercle ou un carré.

On fera, au moyen d’un crayon placé dans chaque fente et tenu par le sujet, parcourir à ce dernier la distance longitudinale, ou la circonférence, ou le carré, sans qu’il puisse regarder sa main. Puis, ou bien on lui demandera au bout d’une minute de reproduire librement la ligne ou la figure, qu’il a tracée le long de la fente, et Ton évaluera les erreurs, ou bien on lui fera parcourir une série de fentes linéaires de grandeur croissante, partant au-dessous et allant au- Toulouse, 2e édit. II. — 5

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dessus de la longueur initiale, en lui demandant de désigner celle qui lui paraît identique à la première.

On fera de même en donnant des circonférences de rayon variable, c’est-à-dire de longueur différente, et d’autres s’aplatissant progressivement en ellipses, en parlant d’une valeur très supérieure, pour aboutir à une valeur très inférieure de l’un des diamètres, avec maintien de la valeur de l’autre diamètre perpendiculaire au premier. On procédera de même encore avec des carrés de côté, variable, et d’autres s’allongeant en rectangles en partant d une valeur très supérieure, pour aboutir à une très inférieure, de l’un des côtés, l’autre restant à la valeur primitive. On va ainsi d’un rectangle surélevé à un rectangle aplati en passant par le carré, ou d’une ellipse allongée en hauteur à une ellipse surbaissée et élargie, en passant par la circonférence.

On doit naturellement rapporter l’erreur constatée à la valeur du seuil différentiel 1 lorsqu’on fait immédiatement parcourir, couple par couple, la longueur ou la forme type d'une part et, d’autre part, un des termes de comparaison — le premier terme de chaque couple étant toujours le type.

La mesure des erreurs mnémoniques est ainsi plus facile et plus exacte qu’en faisant appel à la reproduction libre, à cause de l’inhabileté de beaucoup de sujets à reproduire des formes.

En ce qui concerne les jugements d’égalité de deu* longueurs tracées, il serait intéressant de déterminer la vitesse du tracé, car on a expérimentalement mon-

j . Voir t. I, p. 223.

MESURE DE LA MÉMOIRE

tré que cette vitesse jouait un rôle important, et que deux lignes très inégales, mais tracées dans le même temps, étaient souvent jugées égales.

On ferait bien, dès lors, de faire appel à une méthode rendant la vitesse du tracé constante, en faisant tenir passivement au sujet un crayon mû sur une certaine longueur par un chariot, comme dans les expériences sur les perceptions des déplacements'.

Commedimensionsdeslignesàparcourir, ou comme côtés des carrés et diamètres des cercles, on pourrait adopter 2,5 centimètres, 5 centimètres et 10 centimètres.

On pourrait choisir un carré de 5 centimètres de côté et un cercle de 5 centimètres de diamètre pour le- changement de forme, le côté variable ou le diamètre variable allant de io centimètres à 2cm,5, par demi-centimètre pour les valeurs éloignées de 5 centimètres, et par double millimètre ou par millimètre dans les environs de 5 centimètres.

B. — Mémoire auditive.

Outre la mémoire précise des hauteurs, étudiée par la méthode des diapasons, on peut plus grossièrement étudier la mémoire des notes d’un instrument de musique comme le piano, et, en outre, la mémoire des intervalles musicaux, simples ou complexes.

I. Notes simples. — On fait entendre au sujet une note simple dont la durée doit être de 5 secondes

i. Voir t. I, p. 224-228.

(grande pédale au piano) ; au bout d’une minute, on fait entendre une série de 20 notes successives (en gamme chromatique avec des intervalles de demitons) où la note présentée occupe, par exemple, le 1 Ie rang, pour les ire et 3e séries, le ioe pour la 2e; on fera entendre une note par seconde, le son de chacune ne devant pas se prolonger au delà d’une seconde (pédale sourde chaque fois au bout du temps de chaque note, avant une nouvelle).

On demande au sujet d’écouter la série entière, et de noter au passage la note qu’il a cru entendre; s’il en note plusieurs, cela importe peu.

Mais ensuite, on répète la série et, cette fois, il doit en indiquer une seule '.

On note les intervalles (ou demi-tons) par rapport à la note observée, et l’erreur est ainsi exprimée, en comptant 1 par demi- ton intervalle; il n’y a que l’octave pour laquelle on ne compte que 2, cette erreur n’ayant pas plus de gravité qu’un écart d'un ton, comme la théorie musicale et la pratique le font comprendre.

Si le sujet a laissé, ce qui peut souvent arriver, fuir la note de sa mémoire, il doit prévenir; dans ce casil 11e reconnaît aucune note.

L’inverse de l’erreur mesure l’exactitude du souvenir; si aucune note n’est reconnue, l’erreur étant

1 . Ce procédé est indiqué parce que l’expérience nous a montré qu’à la première audition le sujet indiquait souvent trop tôt ou trop tard. Toutes les fois que nous ne fournissons pas de justification théorique de la méthode, et que la nécessité d’un procédé n’apparaît pas avec évidence, on peut être assuré que nous trouvons là, à nos yeux, un optimum expérimental, bien que nous ne le signalions pas chaque fois.

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infinie, l1 oubli est total, l’exactitude est exprimée par

On peut présenter ainsi 3 notes successivement.

II. A ccords. — On procède de la même manière, en présentant 3 accords de 3 notes, un majeur harmonieux, un mineur harmonieux, un dissonant.

La répétition le calcul des erreurs se font de façon identique.

On répète une s.érie d’accords de même formule d'intervalle, en changeant sa place d’un demi-ton chaque fois.

Ou bien on répète, avec les mêmes procédés de reconnaissance et de calcul des erreurs, 2 séries où les intervalles de l’accord sont changés : dans la première, on ne change que la première note, et dans la seconde, la troisième.

Les séries sont respectivement de 5 accords.

III. Arpèges. — On joue successivement, et pour faire une moyenne, 3 séries de 4 notes séparées par des intervalles déterminés (arpèges), chaque note ayant une durée de i seconde et une note devant immédiatement succéder à la précédente.

Puis on répète de la même façon que pour les accords.

Ou bien, avec 3 séries de même nature, la répétition comporte des variations d’intervalle comme pour la deuxième partie de la 2e expérience, dont on suit complètement les règles. Dans la première on varie la ire note, dans la seconde, la 2e, dans la troisième, la 4fi. Les 3 séries de répétition sont de 5 arpèges1.

i. Voir les tests, p. 2i4-2iô.

IV. .1 irs musicaux. — Il est difficile de faire des modifications mesurables dans des airs musicaux ; aussi, pour cette mémoire complexe, doit-on faire appel à un procédé statistique.

On établit 3 séries de 12 airs divers (valses, polkas, romances, marches, etc.) et chacun de ces airs est ensuite répété, soit sans changement, soit avec une modification minime ou moyenne ou très importante, portant sur le rythme ou sur les intervalles des notes (intervalle harmonique ou mélodique) ; on pourra adopter, par série de 12, 3 modifications de chaque catégorie, et 3 répétitions sans modifications1.

On demande au sujet de noter les airs modifiés et d'indiquer les endroits où il note des modifications.

On pourrait ajouter les erreurs, avec des coefficients suivant leur gravité.

Nous avions institué, par exemple, les coefficients suivants :

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