Mémoire verbale et intellectuelle
La mémoire des signes du langage et des idées implique naturellement, comme toute autre mémoire, une acquisition sensorielle. Les perceptions seront en général auditives ou visuelles ; chez les aveugles elles peuvent être assez complexes, car la lecture s eflcctue au moyen de perception stéréognostiques impliquant des données kinésiques et tactiles. Lnlin, chez un grand nombre d’individus, il peut s ellcctuei au moment de la réception sensorielle une répétition vocale simultanée qui ajoute aux autres données des t le ments kinésiques verbaux.
A. Méthodes de présentation des tests.
Chez les sujets normaux, on fera appel, soit à la vue, soit à l’ouïe, le deuxième procédé étant seul absolument général, puisque, a 1 inverse du piemiei, il est utilisable chez les illettrés.
La présentation auditive des tests pourra être orale, à condition que la vitesse d’énonciation puisse être régulière et constante. Pour plus d’exactitude, on peut employer un phonographe, avec des rouleaux ou des disques qui ont été impressionnés une fois pour toutes par l’énonciation des tests, dans les conditions
i. Voir page 2.
voulues d’intensité égale, et de rapidité constante. Mais cet impedimentum n’est point nécesaire lorsque l’expérimentateur est exercé. Les très petites variations sont en effet sans action appréciable sur la persistance mnémonique.
En ce qui concerne la présentation visuelle, elle peut être, ou successive comme la présentation auditive, ou simultanée.
Pour certaines expériences précises, la présentation successive est nécessaire, car seule elle permet d’établir des perceptions régulières, d’assurer la constance du mode d’acquisition.
Pour les mémoires verbales complexes, il n’en est plus de même, à cause de l’influence négligeable de petites différences de lecture. La présentation peut alors être simultanée, la succession étant assurée par le libre jeu de l’exploration visuelle du sujet.
Dans ce dernier cas il est assez facile d’assurer une exposition de la durée voulue, au cinquième de seconde près, c’est à-dire avec une approximation qui ne joue aucun rôle dans les résultats : on peut, à la main, avec un écran, découvrir et recouvrir le test, en se basant sur le mouvement de l’aiguille d’un chronomètre ou sur les battements d’un métronome.
Pour plus d’exactitude et de commodité, on peut utiliser, comme nous le faisons, un appareil de présentation assez simple : un rectangle métallique noirci porte une ouverture de20cm X 20cm. Derrière, deux demi-volets qui se croisent et obturent cette ouverture, maintenus par un ressort. On peut relever les deux volets en pressant avec une tige sur des expansions des
MESURE DE LA MÉMOIRE
yolets, ce qui les fait basculer ; et,, en tournant la tige dont une dent pénètre dans un cran fixe, immobiliser les volets qui démasquent complètement la surface de l’ouverture; dès qu’on relâche, en retournant la tige, les volets, sous l’action du ressort, reprennent leur position primitive. In châssis mobile porte deux supports à rainures où peuvent se placer
des tests de carton qui viennent apparaître derrière l’ouverture de l'écran, quand les volets sont relevés.
On peut avoir toujours un test prêt à substituera celui qui est en exposition, en retirant le carton (pii a servi dans le support du châssis qu’on éloigne de l’ouverture et en y plaçant un carton nouveau, cependant que l’autre se trouve en place.
Lorsqu’on veut assurer des présentations succès-
q6 technique de psychologie expérimentale
sives des éléments d’un test, il est évident qu’il faut laire appel à des appareils plus précis et, dès lors, d’un mécanisme plus compliqué.
1 n très grand nombre de ces appareils ont été imaginés par des psychologues allemands.
Voici quelques indications sur les principaux. Ils consistent tous, soit en un cylindre, soit en un disque
Fig. 26. — Appareil de présentation de Schumann.
tournant derrière un écran percé d’une fenêtre, 011 apparaissent les tests au cours de la rotation, tests disposés sur le cylindre parallèlement à la génératrice ou, sur le disque, le long des rayons. Parfois deux cylindres sont juxtaposés, et font tourner une bande de papier plus longue, en sorte que, entre les deux,/ les tests se trouvent sur un plan vertical ou horizontal.
Les premiers appareils étaient fondés sur une rotation continue d’un cylindre, et n’importe quel cylin-
MESURE DE LA MEMOIRE
dre enregistreur peut servir à cet usage ; les appareils de Müller, Schumann, Mac-Dougall n’ont rien d’original à cet égard.
Au contraire le mnémomètre de Ransciirurg, qui a le désagrément d’être bruyant, évite l’inconvénient d’une apparition progressive du test, disparaissant aussi du même mouvement et sans aucun arrêt ; cet auteur réalisa un mouvement saccadé: une roue dentée est mue au moyen d’un verrou qui, chaque fois qu’il est abaissé, pousseunedent sur unecertaine longueur. Les abaissements successifs du verrou, et par consé-
quent les rotations discontinues de la roue sont réglés par un électro-aimant où un . métronome à contacts électriques envoie un courant à intervalles réguliers, que l’on règle en agissant sur la fréquence des battements du métronome.
La roue dentée fait tourner un disque sur lequel sont placés les tests ; autant il y a de dents à la roue, autant il y a d’arrêts, et autant on peut •mettre de mots, de syllabes, chiffres, etc. sur les rayons du Toulouse, 2e édit. II. (j
disque. L’appareil a 60 dents, et comporte 60 tests sur chaque disque.
La surface extérieure forme écran, avec fenêtre derrière laquelle défilent les tests ; on peut l’incliner à
45° au lieu de la laisser horizontale.
Pour l’appareil de W irth, on a encore une roue dentée, mais qui est mise en mouvement par un poids ; seulement elle est arrêtée par un taquet ; un autre taquet, qui se trouve à michemin entre deux dents,
peut arrêter la roue après parcours de ce demi-intervalle entre deux dents si le premier est momentanément retiré. Un électro-aimant, combattant l’action antagoniste d’un ressort qui maintient le taquet entre les dents de la roue, peut attirer ce taquet et permettre dès lors une rapide rotation jusqu’au heurt contre le taquet suivant. Si, aux battements pairs d’un métronome, un courant est momentanément envoyé dans le taquet de droite, ce taquet, attiré en arrière puis relâché, permet le passage d’une
G, poids; R, roue dentée; EE, électro-aimauts ; FF, ressorts; pi pi, PxPi, buttoirs ; HH, taquets.
MESURE DE LA MEMOIRE
dent, et se trouve placé entre cette dent et la suivante, la roue étant arrêtée contre l’autre taquet. Si, les battements impairs du métronome ferment alors le circuit sur l’électro-aimant de ce second taquet, le même fait se produit, et, à nouveau le premier taquet arrête la roue lorsque la dent suivante vient le heurter. Et, ainsi de
suite, avec rotation brusque chaque fois d’un demi - intervalle entre deux dents.
Dans un des modèles de cet appareil, la roue dentée fait tourner un disque, comme avec le di sposi tif p récédent ; da n s un autre, elle fait tourner un cylindre, sur lelequel est pressée une longue bande de papier portant les tests, qui s’enroule et défile devant une fenêtre de l’écran antérieur.
L appareil est assez silencieux, grâce aux précautions prises de recouvrir le métal de cuir, et d’employer des taquets et dents très petits.
On peut, comme dans le mnémomètre de IIanscifiîurg, régler la vitesse en augmentant ou diminuant la fréquence des battements du métronome. La série des lests peut être très longue.
Un dispositif un peu différent, dû à Rupp, permet
d’utiliser l’appareil sans métronome ni électricité : un pendule, de longueur réglable, permet, par un échappement à ancre, les rotations partielles de la roue dentée.
Le dispositif de Lipmann n’implique aussi que des dispositifs mécaniques sans appel à l’électricité : La roue dentée, qui fait tourner un cylindre porteur de
tests derrière un écran percé d’une fenêtre, n’est pas mue directement par un poids ou un ressort ; mais c’est une autre roue, pourvue de goupilles, qui, mue par un mouvement d’horlogerie, fait tourner par saccades la roue dentée: une goupille rencontre une dent et la pousse, puis sort du cran et la lâche ; peu après une autre goupille rencontre la dent suivante et la pousse également, et ainsi de suite, ce qui assure les déplacements impliqués par l’arrivée des tests et les pauses de présentation de ces tests.
Les constructeurs Spindler et IIoyer mettent aussi indirectement en mouvement le cylindre porteur de tests comme dans le dispositif de Lipmann, et cela par un procédé ingénieux : Le mouvement d’horlogerie
Fig. 3o. — Schéma de l’appareil de Lipmann. K, roue à goupilles; R, roue deutée
MESURE DE LA MEMOIRE