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Toulouse, 2e édit. Jl. — 7

de reconnaissance. On ne pourrait le faire qu’en présentant une série de phrases modifiées, mais des modifications arbitraires, et qu’il faudrait faire très nombreuses, seraient impraticables, et ne seraient même pas exactes.

Pour les coellicients d’erreur, si l’on adoptait cette mesure détaillée des erreurs, on pourrait prendre les mêmes que pour les mots, mais en donnant des coefficients moitié moindres pour les articles et relatifs que pour les adjectifs, substantifs ou verbes (soit 2 ou 1 pour les mots omis ou ajoutés, 1 ou 1/2 pour les mots partiellement modifiés, 1/2 ou i/4 pour les interversions). Les erreurs d’ordre sont ici assez faibles, étant donnée la régularité habituelle du cadre de nos phrases, qui est acquise par l’expérience répétée du langage.

On devrait en tout cas compter à part les totaux d’erreurs par additions ou par omissions (la substitution d’un mot différent à un autre comptant à la lois pour omission et addition).

L’emploi des synonymes, étant donné qu’on recherche une mémoire verbale et non une mémoire intellectuelle, 11e peut être envisagé que comme une substitution quelconque. Il n’en sera plus de meme avec les tests suivants.

La progression du nombre des syllabes que le siqet est susceptible de retenir après une seule lecture ou audition, suivant que ces syllabes sont isolées et dépourvues de sens, ou qu’elles appartiennent à des mots juxtaposés, et surtout à des mots réunis en phrase, donnera la courbe d’intellectualisation ou d’ « intellection » de la mémoire. On pourrait ainsi

MESURE DE LA MEMOIRE

pour diverses operations mentales déterminer un indice d’intellection.

E. — Mémoire intellectuelle des idées.

Lorsque l’on veut étudier la mémoire de la pensée abstraite, de l’idée et du raisonnement, il faut prendre garde de ne pas s’adresser à la mémoire purement verbale, telle que nous avons essayé de la saisir.

Voici comment nous avons tenté d'échapper aux graves difficultés que peut présenter cette élude et de mettre quelque précision dans ce domaine au premier abord un peu vague :

Nous avons composé des phrases complexes, dont l’ensemble forme un enchaînement assez rigoureux de cinq idées essentielles. Là est la matière véritable du test 1 .

La répétition s’en fera un intervalle donné après la lecture (notre intervalle habituel est toujours d’une minute).

La longueur du test empêche en général le sujet de retenir les termes eux-mêmes. D’ailleurs on lui demandera simplement de résumer et, en des termes quelconques, d’énumérer, dans l’ordre, les idées dont il se souvient.

On séparera donc ainsi nettement la mémoire verbale stricte de la mémoire abstraite.

Enfin le sujet devra dire aussitôt après la lecture s’il a compris chaque idée au passage.

On notera les idées à mesure que le sujet parlera,

i. Voir les tests, p. 2.39-24 1.

cl l’on notera la proportion des idées exactement retenues ; ou bien on appréciera les erreurs, suivant une table de coefficients telle cjue nous en donnons plus loin.

Voici quelques détails encore sur la constitution des tests :

A chacune des cinq idées principales, nous avons ajouté une idée accessoire ', telle que le développement principal soit indifférent à sa présence ou à sa suppression.

De celte manière on distinguera la mémoire des détails de la mémoire de renchaînement des idées en quelque sorte, et bon pourra obtenir une certaine différenciation de types dans la mémoire abstraite.

Nous avons pris des idées dépourvues d’élément concret et ne présentant pas un caractère spécial : ce sont des idées d’ordre social, assez générales pour être, sinon familières, du moins apparentées en quelque mesure à la très grande majorité des esprits.

Dans le cas où l’on voudrait étudier la mémoire des idées abstraites spéciales, il n’y aurait qu’à construire des tests sur le même modèle, avec des idées spéciales.

Nous avons tâché de prendre des idées qui puissent être acceptées par la plupart des individus, sans être absolument insignifiantes.

i . Cette idée accessoire, sans être nécessaire, complète ou précise incidemment l’idée principale à laquelle elle a trait. Il y aurait peut-être eu intérêt à voir l’influence sur la mémoire de la présence de phrases absolument adventices et sans rapport au développement : mais elles frappent alors par leur caractère d’étrangeté et d’absurdité et il y aurait là une influence non mesurable et qui fausserait les résultats.

MESURE DE LA MEMOIRE

D’ailleurs il faudra recommander au sujet de ne penser qu’à retenir les idées dans leur enchaînement rationnel et pas du tout à discuter la légitimité de ces idées.

Dans le cas où l’on voudrait étudier l’influence sur la mémoire de la conformité ou de la non-conformité des idées du raisonnement avec les idées propres du sujet, il n’y aurait, connaissant celle-ci, qu’à construire sur le même modèle des tests avec des idées qui y soient conformes ou opposées.

La forme du raisonnement a été, non celle du syllogisme, où l’on ne sait au début où l’on va, mais celle de la thèse que l’on pose et que l’on justifie ensuite.

Enfin, nous nous sommes servis le plus possible d’un langage qui, sans être trop nu, sans avoir la netteté tranchante de formules plus ou moins syllogistiques, ce qui serait un appel à la mémoire verbale, est cependant assez concis et assez clair pour que l’idée soit facilement dégagée de son expression, de son écorce verbale, et ne soit pas noyée dans des développements où on la perdrait.

La longueur des différents lests doit être sensiblement la même pour que la moyenne ne se fasse pas entre des éléments hétérogènes.

Le capital est bien le nombre et la nature des idées, mais encore faut-il que leur expression ail une certaine constance.

Les trois tests que nous proposons ont respectivement 12(3, i32 et 1 35 mots1.

i. Nous comptons comme un seul mot l article élidé suivi d’im mot quelconque : l’homme, d’après, etc.

1 l4 TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE

La présentation visuelle et auditive se fait de la même façon que pour la mémoire des phrases.

Les coefficients d’erreur pourraient être ainsi éta-

blis:

Idée principale ajoutée 2

Idée accessoire — i

Idée principale omise 2

Idée accessoire — 1

Idée principale modifiée 1

Idée accessoire — 1/2

Idée principale intervertie 1/2

Idée accessoire — i/4

Mais il est préférable de se contenter d’établir la proportion des répétitions exactes au nombre d’éléments à répéter, ce qui fournit une mesure assez précise, moins analytique peut-être, mais plus sûre, parce que dépourvue d’arbitraire.

F. — Types de mémoire.

Nous avons indiqué deux modes de présensation possibles, par voie auditive ou par voie visuelle, en dehors de la voie stéréognostique utilisée par les aveugles; et nous avons signalé l’intervention possible de perceptions kinésiques par répétition vocale simultanée.

Or on sait que, suivant les individus, les images utilisées pour la mémoire du langage sont de nature ou bien exclusivement (?) visuelle, auditive, ou kinésique, ou bien simultanément de deux ou trois de ces ordres, avec ou sans prédominance de l’un d’eux.

MESURE DE LA. MEMOIRE

Il y a là des types différents qu’il est important de connaître et de déterminer par un procédé plus objectif et plus sûr que ne peuvent l’être les indications fournies par le sujet.

Ce procédé consiste à comparer les résultats de l’acquisition de souvenirs verbaux suivant la voie sensorielle d’acquisition.

On commencera par déterminer si le sujet relient mieux les mots entendus ou les mots vus, soit en cherchant le nombre maximum de mots qui puissent être retenus après une seule audition ou une seule lecture (en faisant appel par exemple à des substantifs usuels de deux syllabes), soit en déterminant le nombre des erreurs dans la répétition d une série de 8 mots lus ou entendus une seule fois, soit, enfin et plutôt en déterminant le nombre de lectures ou d’auditions nécessaire pour permettre une répétition correcte d’une série de i 2 de ces mots, ce dernier procédé permettant une différenciation plus fine.

On distinguera donc des types à prédominance visuelle et d’autres à prédominance auditive : mais, dans les deux cas, il peut y avoir, par répétition vocale des mots vus ou entendus, une intervention des sensations kinésiques.

Pour étudier l’influence de ces dernières, on recommencera avec présentation visuelle ou auditive ; mais, dans une série de cas, le sujet répétera à haute voix les mots vus ou entendus ; dans une autre série, il devra, au cours de l’audition ou de la lecture, répéter sans arrêt une syllabe quelconque (la syllabe « la ») par exemple.

Suivant l’influence favorisante ou empêchante de

I l6 TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE

la répétition des mots ou de la suppression absolue de cette répétition, on pourra faire la part, dans la mémoire verbale, de l’intervention des éléments moteurs vocaux.

L’influence, nulle chez les visuels ou les auditifs dits purs (comme cela a été expérimentalement constaté), sera d’autant plus grande que la participation des sensations kinésiques sera plus importante ; elle sera maxima chez les individus se rapprochant du type moteur pur, dont l’existence paraît n’être que théorique.

Si l’on veut déterminer le rôle possible des éléments moteurs, non plus vocaux, mais scripturaux, on fera ou non écrire au sujet les mots lus ou entendus, en empêchant une intervention vocale par la répétition continue d’une syllabe.

Pour ce qui est des types concrets ou abstraits, ils se dégageront nettement au cours des épreuves successives de mémoire que nous avons indiquées : les premiers ayant l’avantage pour les objets, les paysages, les phrases et mots concrets, les autres pour les idées abstraites, les syllogismes, etc.

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