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Les phénomènes d’évanouissement

Tout souvenir comporte une période d’établissement pendant laquelle il se fixe ; mais, une fois acquis, fixé, il ne le reste pas sans répétitions ultérieures, il s’amortit, il diminue, et tend à s’évanouir progressivement.

Or les processus d’évanouissement sont susceptibles d’être suivis expérimentalement.

A. — Mémoire immédiate et persistance durable.

On procède généralement, dans l’étude de la mémoire verbale, concrète, etc., à une épreuve immédiate de l’exactitude du souvenir : aussitôt après avoir vu ou entendu des chiffres, mots, phrases, etc., le sujet est invité à les répéter. Il s’agit donc là d une persistance à très courte échéance.

Nous avons conseillé d’une façon générale, pour la mémoire sensorielle, un intervalle constant d’un minute pour les épreuves de mémoire, afin d’éliminer la persistance tout à fait immédiate, et qui ne relève qu’à peine de la mémoire, entendue au sens psychologique courant du terme.

Mais on peut comparer, chez les sujets que l’on étudie, la mémoire immédiate à la mémoire à plus ou moins longue échéance.

Il suffit de ne demander la répétition qu’au bout d’un temps que l’on pourra progressivement aug-

menter, et noter la proportion des éléments correctement retenus encore au moment de la répétition, pour chaque intervalle.

Mais, si ceci peut se faire très facilement lorsqu’on fait appel à des souvenirs sensoriels qui ne peuvent être exprimés de façon adéquate en termes de langage, lorsqu’il en est autrement, le sujet peut procéder à des repétitions vocales des termes représentant les souvenirs, et continuer à fixer les souvenirs en utilisant les perceptions kinésiques.

11 est donc nécessaire alors d’empêcher le sujet de procéder à cette répétition spontanée, et, pour cela, il faut détourner son attention sur autre chose, sans l’obliger cependant à un effort mental intense; il faut surtout contrarier sa tendance à la répétition vocale, et, pour cela, il suffit de le faire causer ou, ce qui est le plus simple et le plus pratique, le faire lire à haute voix un ouvrage quelconque, sans interruption.

Grâce à ce procédé, on peut donc, même pour la mémoire verbale, étudier l’influence des intervalles progressivement croissants sur l’exactitude de la persistance mnémonique.

B. — Évanouissement des souvenirs latents.

Alors qu’après un certain intervalle un souvenir paraît totalement perdu, ce qui peut être déterminé par la méthode précédente, l’évanouissement n’est pas en réalité complet ; le souvenir, qui ne se révèle plus spontanément, en effet, peut être encore révélé parla méthode dite « d’économie» due à Ebbinghaus.

MESURE DE LA MEMOIRE

Une réacquisition de ces souvenirs, appris et oubliés, sera en effet plus facile et plus rapide que l’acquisition primitive, d’autant plus rapide que l’évanouissement sera moins complet.

On pourra faire apprendre une série de 20 syllabes par exemple, jusqu’à ce qu’elle puisse être répétée sans erreur; puis, quelques jours après, la série étant oubliée, on la donnera à rapprendre, et l’on comparera le nombre de lectures ou d’auditions nécessaires pour que le souvenir total soit acquis au nombre qu’il a fallu la première fois ; la différence, rapportée au nombre initial ramené lui-même à 100 donnera un certain pourcentage d’économie dans l’effort de réacquisition, qui servira de mesure pour la trace mnémonique qui paraissait évanouie.

On suivra la persistance de cette trace en refaisant la même expérience après des intervalles de plus en plus longs, quelques semaines, quelques mois.

Il faut, naturellement, repartir chaque fois d’un nouveau test appris pour la première fois.

Cette méthode permet de révéler des persistances mnémoniques extrêmement durables et dont l'on ne pourrait, sans elle, soupçonner l’existence.

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