CHAPITRE II
MESURE DES PH ÉNOM ÈN ES ASSOCI ATI FS
Les souvenirs continuellement acquis au cours de la vie individuelle ne restent pas inertes dans l’esprit; il en est à tout instant qui sont évoqués, par suite d’une affinité, d’une attraction, qui relie certains termes latents aux termes actuellement présents et agissants. Ces processus d’évocation, qui relèvent en fin de compte de la mémoire mais que leur importance libère, en quelque sorte, constituent ce que l’on appelle la « pensée », soit discursive, soit synthétique.
Ces deux derniers chapitres, consacrés à la mesure des phénomènes intellectuels, ont donc trait à l’étude de la pensée individuelle.
i. — L’association libre.
Lorsqu’on se laisse aller au jeu spontané de la pensée, il défile des idées qui se ramènent à des mots1,
i. Dos sentiments intellectuels interviennent aussi fréquemment, sentiments de compréhension, d’incertitude, etc., etc.
MESURE DES PHENOMENES ASSOCIATIFS
des images, comme dans un kaléidoscope, et nous assistons passivement en quelque sorte, à cette fantasmagorie spontanée.
On peut déterminer, suivant les individus, d’une part la rapidité et la richesse de cette succession associative, et d’autre part les modalités de la succession, c’est-à-dire les caractères les plus propres, un terme mental étant présent, à en évoquer un ou plusieurs autres. Il y a en effet plusieurs manières, pour les états mentaux, de se lier, de s’enchaîner, de s'attirer ; dans certains cas une ressemblance homophonique, un contraste ; dans d’autres un rapprochement fortuit au cours de circonstances passées ; dans d’autres enfin des relations logiques, des rapports d'utilisation intellectuelle ; dans tous les cas des connexions particulières, plus ou moins dilliciles à dégager, provoquent l’attraction ellicace. La prédominance de tels ou tels types constitue donc un problème pour la psychologie individuelle.
A. — Rapidité et richesse associatives.
Voici comment l’on pourra procéder à cette détermination :
Pour évaluer la rapidité associative, on pourra procéder à la mesure du « temps de réaction » associative, ou à l’évaluation de la richesse d’associations en un temps donné.
I. Temps de réaction associative. — La mesure pourra être approximative ou rigoureuse. Étant donné que les temps sont assez longs, on peut se contenter
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parfois d’une mesure approximative. Dans ce cas on procédera ainsi :
Deux expérimentateurs prennent place en face du sujet, assis auprès d’une table, les yeux bandés. Sur la table on place le chronoscope, qu’on utilise comme pour les .temps de réaction. On fait placer au sujet sa main sur la clef de fermeture.
On lui explique en outre qu’il doit, aussitôt qu’on aura prononcé un mot, répondre par le premier mot qui lui viendra aussitôt après à l’esprit, et qu’il ne doit pas préparer de mot d’avance, ce qui se décèle par les réactions anticipées, l’association avec les mots antérieurs et l’attitude même du sujet1. En même temps qu’il prononcera la première syllabe de l'expression de réaction, il pressera sur la clef.
Les expérimentateurs devront se partager leur besogne, qui consiste : i° à prononcer ou à surveiller le phonographe prononçant les tests; 2° à interrompre le courant du chronoscope sur la deuxième syllabe du mot présenté; 3° cà surveiller le sujet durant sa réaction ; 4° à écrire les expressions de réaction ; 5° à lire et noter les temps d’association.
On peut présenter successivemen 1 5 séries de i o mots, la première composée de verbes, la seconde de substantifs concrets, la troisième de substantifs abstraits, la quatrième d’adjectifs, la cinquième de mots dépourvus de sens.
i. Nous avons signale qu’il était utile de bander les yeux, parce que certains sujets, soit par inertie, soit par dissimulation, au lieu de laisser une association se faire avec le mot inducteur, nomment successivement tous les objets qu’ils ont sous les yeux.
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Les quatre premières séries, que nous avons établies à titre d’exemples, comprennent des mois usuels de 2 syllabes, sans e muets. Ils ont été choisis de manière à éviter les homonymies, les ambiguïtés, etc.
L’énonciation du mot doit durer une demi- seconde. Les mots sont énoncés toutes les 10 secondes, sans avertissement préalable.
On établit la courbe des résultats ; on fait les moyennes des temps pour chaque série de 10 mots, et la moyenne générale pour les 5o mots.
On rapporte cette moyenne avec la moyenne des temps de réaction auditive simple. Ce rapport exprime le temps d’association proprement dit.
Pour effectuer une mesure plus précise, ce qui peut être nécessaire en certains casJ, on est obligé de faire appel à des appareils spéciaux pour l’excitation (les moins nécessaires, car l’expérimentateur peut, en prononçant la deuxième syllabe du mot, interrompre le courant à peu près sans avance ni retard), et surtout pour la réaction.
Pour l’excitation visuelle, on mettra en rapport avec les bornes d’établissement de courant de notre dispositif des temps de réaction 1 2 un appareil de présentation tel que celui de Wihtii (fig. 29), où tout contact électrique fait avancer d’un intervalle la bande
1. On sait en particulier que, dans les épreuves effectuées sur des inculpés — d’aprt s une tentative de psychologie judiciaire — on attache une grande importance à l’allongement des temps d’association pour les mots inducteurs ayant traita l’acte faisant objet d’inculpation.