L’association dirigée
Il est difficile d’affirmer que, dans les cas normaux,
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on puisse avoir des associations qui ne soient absolument pas dirigées par le sujet; mais elles peuvent n être « surveillées » qu’au minimum.
Dans toute la série des expériences suivantes, l’association doit être dirigée par certaines règles ; l’évocation est soumise à certaines conditions, il doit y avoir un choix.
On pourra donc déterminer des temps d'association de choix, comme des temps de réaction de choix, qu’il s’agisse d’un choix simple ou complexe. Mais il n’y a pas de technique nouvelle, et l’on procède comme pour les temps simples de réaction associative, à cela près qu’outre le temps on doit tenir compte des erreurs.
À. — Associations électives simples.
La condition à laquelle devra se soumettre le mot associé sera, soit de renfermer, où de ne pas renfermer une lettre donnée, soit d’avoir ou de n’avoir pas trait à un sujet donné.
Voici par exemple les expériences que l’on peut faire, les premières avec prise du temps d’association élective, les autres avec évaluation de la richesse évocatrice en un temps donné.
I. — On présente au sujet de la même façon que dans les expériences sur le temps d’association simple, 3 séries de 5 mots (substantifs concrets usuels). Mais on demande au sujet de répondre pour la première série par un mot qui ne contienne pas d’o pour les tests i, 3, 5 et par un mot qui contienne un. il pour les tests 2 et 4 ; pour la deuxième série, par un
mot qui ne contienne pas c Vm pour les tests i, 3, 5, et par un mot qui contienne un t pour les tests 2 et i ; pour la troisième série, par un mot qui commence par un a pour les tests i , 3 et 5, et par un mot qui commence par un b pour les tests 2 et 4-
Ou bien on procède comme précédemment, mais la présentation comporte 3 séries de 5 verbes : Le sujet doit répondre par un mot ayant trait à Faction exprimée par le verbe pour les tests i , 3 et 5 et par un mot n’ayant pas trait à cette action pour les lests
2 et 4-
II. — Da ns des expériences conformes à celles que nous avons indiqués relativement à la richesse associative, on emploie un mot inducteur unique et Ton soumet tous les termes qui devront être évoqués à une condition commune : avoir le caractère substantif, ou posséder une lettre donnée, ou avoir trait à un sujet donné. Ou bien on impose deux ou trois conditions simultanées.
On note le nombre de termes répondant à la condition qui ont pu être évoqués en 3o secondes.
Ces expériences permettent d’étudier la facilité d’utilisation des données de la mémoire, des images emmagasinées dans l’esprit, leur tendance à l’organisation systématique.
B. — Abstraction.
L’abstraction est un processus mental qui se manifeste, soit par la création d’associations synthétiques complexes au moyen d’éléments plus simples.
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le terme créé étant par conséquent plus général et plus abstrait que les termes primitifs ; soit par la facilité d’associer à un terme plus simple un autre terme plus complexe, plus abstrait, qui comprend le premier.
La psychologie expérimentale saisit dans l’étude de la formation des perceptions, ou même des sensations, l’abstraction créatrice. L’abstraction associative est susceptible d’être soumise à des procédés expérimentaux d’investigation.
Nous avons fait choix d'un moyen qui se rattache naturellement aux procédés d’association, et qui est susceptible d’une suffisante rigueur.
Pour cela, l’on fait choix de mots désignant, sinon des objets individuels, du moins des êtres concrets et connus de tous. Tous ces objets rentrent dans des classes plus générales exprimées par des mots abstraits, également communs à tous les esprits. On présente alors successivement les mots concrets au sujet en lui demandant de les classer sous le genre plus abstrait, en lui exprimant cela en termes simples, et en lui donnant un exemple raisonné.
On peut établir 3 séries de 5 tests qui doivent être présentées à chaque sujet, pour faire une moyenne des chiffres obtenus.
Le temps de présentation de chaque test, le temps intervalle entre chaque lest sont constants, bien (pie, pour ces processus supérieurs, les influences secondaires deviennent véritablement négligeables.
On tient compte, suivant les règles habituelles, du temps que met le sujet à répondre, et de la nature de sa réponse.
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On note : i° l’absence de réponse ; 2° la réponse exacte ; 3° la réponse inexacte.
On divise la réponse inexacte en : a) Mot moins abstrait, è) Mot également abstrait, c) Mot trop abstrait.
Dans ce dernier cas on se base sur le nombre de
termes intermédiaires pour mesurer le degré de trop grande abstraction.
Dans ces classes de réponses, certaines ne se présenteront à peu près jamais sauf pour des anormaux, certaines se rencontreront plus souvent.
Pour utiliser cette classification de réponses, on se trouve en présence de difficultés dues à ce que les réponses ne peuvent pas se classer simplement en bonnes ou mauvaises. Nous avançons dans la vie psychologique en élévation et en complexité ; il se présente des nuances non réductibles à des chiffres simples. 11 faut donc faire appel à un système plus compliqué. La division se fait d’abord en deux parties, comme nous l’avons déjà fait précédemment pour l’association :
i° Le temps écoulé, donnant une mesure de la rapidité de l’esprit en ce qui concerne l’opération effectuée. Ce temps sera mis en rapport avec le temps d’association simple.
2° Le degré d’abstraction des réponses. Pour mesurer ce degré on donne un coefficient à chaque réponse juste, de i par exemple. Pour une absence de réponse, ou pour un mot également concret, on marquera o, absence d’abstraction. Pour un mot plus particulier, ce qui arrivera très rarement, on marquera — î . Enfin, pour un mot trop abstrait, on
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marquera, suivant le nombre de termes intermédiaires, — f— i , — j— 2 , — f- 3 , — f— 4 j “H 5 , etc.
On fait, la moyenne ensuite. On peut se trouver en présence soit de — x, soit de o, soit de x, soit de -\-x. Si l’on a des i et de o, on se contente de faire une simple addition ; si l’on se trouve aussi en présence de -\-x, on juxtapose la somme des i à la somme des -\~x, pour différencier toujours les réponses exactes des réponses trop abstraites, même dans la moyenne.
Si sur 5 tests on a par exemple o, i, — i, -f-3, — f- 2 , il ne faut pas, comme une addition le donnerait, marquer 5, ce qui équivaudrait à une série de réponses exactes i, i, i, i, i. Il faut indiquer — i, i , -}- 5.
Sur une série o, — f— 2 , 1,0, 1, on marquera 2 -f- 2. Sur une série o, 1, 1, o, 1, on marquera 3. Et ainsi de suite.
11 faut toujours déterminer les chiffres de manière à différencier les réponses logiquement abstraites, de celles relevant d’une abstraction immodérée.
Prenons un exemple dans nos tests.
Soit le mol peuplier.
Le mot commun logiquement plus abstrait qui le comprend est le mot arbre : Tous les peupliers sont des arbres, et tous les arbres ne sont pas des peupliers.
À la réponse arbre, on marque un coefficient d’exactitude 1 .
A la réponse bouleau, on marque o, comme à l’absence de réponse.
A cette réponse, par exemple : le peuplier de mon jardin, on marque — 1.
Toulotjsf, 2e édit. Il, — ^
A la réponse végétal (qui comprend arbre immédiatement), on marque -f-i. A la réponse Etre vivant, 4-2, à la réponse Etre en général, 4-3.
Si la série partie du mot donné comprend plus d’intermédiaires, on peut aller jusqu’à 4-4, 4-3, s’il y a lieu.
Pour la moyenne de 3 séries de tests, on fait une addition des 3 ou des 2 séries, ou de la série des coefficients de mesure, et on divise par 3, pour que 5 mesure toujours les réponses correctement abstraites.
Pour le temps, on fait, pour chaque série de tests, la moyenne en divisant la somme par 5 ; on fait la moyenne des 3 séries de tests, et on mesure le rapport au temps moyen d’association simple. On obtient le temps spécifique d’abstraction.
L’abstraction se mesure donc par un double système de chiffres dont l’un peut comprendre en certains cas une triple mesure, permettant de classer les esprits en réponses particularisantes (où le — x domine), neutres (où le o domine), correctes (où le x domine) et généralisantes (où le 4~ # domine), chaque classe étant susceptible de mesure.
Voici l’exemple à présenter au sujet pour qu’il comprenne ce qu’on lui demande, et des termes possibles d’explication 1 :
« Il y a des mots qui expriment des sujets en petit nombre ou, au contraire, en plus grand nombre, c’est ainsi que le mot ruisseau ou le mot fleuve comprend moins de choses naturelles que le mot cours
i. Nous ne donnons bien entendu pas toujours in extenso le langage à tenir au sujet, qui doit être simple et constant.
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d’eau qui comprend tous les ruisseaux, tous les fleuves, toutes les rivières, etc.
« On dit que le mot cours d'eau est plus général et plus abstrait que le mot ruisseau ou que le mot fleuve. Eh bien î on va vous présenter un mol ; vous tâcherez de trouver aussitôt un mot plus général qui comprenne le premier comme le mot cours d’eau comprend le mot ruisseau. Si on vous avait dit ruisseau, vous auriez dû répondre cours d’eau, parce que tous les ruisseaux sont des cours d’eau et que tous les cours d’eau ne sont pas des* ruisseaux. De même, si on vous dit lampe, vous devez répondre, pour la même raison : « appareil d’éclairage ». Si vous savez quelle est l’expression plus générale que vous devez dire sans pouvoir l’exprimer, parce que les mots vous manqueront, aussitôt que vous saurez, mais seulement quand vous saurez, vous lèverez le doigt1. Et en même temps, vous commencerez à exprimer voire pensée, en autant de mots que vous voudrez. »
On devra s’assurer que l’on a été compris, en demandant par exemple que l’on réponde au mot cheminée, la réponse devant être. appareil de chauffage réponse que l’on donne au sujet, s’il ne la trouve pas. Voici des réponses correctes pour les tests proposés. ire série. — Chaise (siège), rose ((leur), fenêtre (ouverture), velours (étoffe), château (habitation).
2e série. — Peuplier (arbre), gilet (vêtement), vin (boisson), lion (animal), fusil (arme).
i. C’est à ce moment qu’on comptera le temps écoulé, le temps d’association abstractive. Ce temps doit êlre toujours compté, ici encore, à la première syllabe du mol de réponse.
3e série. — Blanc (couleur), fer (mêlai), charrette (voiture), pain (aliment), soleil (astre).
Mais cette abstraction dirigée n’est pas nécessairement en rapport avec la plus ou moins grande propension spontanée d'un esprit pour l’abstraction, propension qui apparaîtra, soit dans les associations libres, soit dans les exercices d’imagination.