Le jugement
Il existe un moyen d’étudier expérimentalement le jugement sous une forme malheureusement très particulière, mais qui présente, par elle-même, un véritable intérêt psychologique ; celte forme est celle du jugement d’observation, restreint à une double alternative, où il suffit de juger : « Ceci est vraisemblable » ; « ceci est invraisemblable ».
Pour procéder à cette étude, nous proposons un
l56 TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
moyen qui concerne l’observation auditive, un autre qui concerne l’observation visuelle.
Le premier moyen consiste à établir des phrases simples (pouvant être d’une longueur à peu près uniforme), dont les unes expriment des faits naturels et d’autres, des faits absurdes, et qui seraient utilement incorporées dans des récits.
Le deuxième moyen consiste à constituer une série d’images (pouvant avoir par exemple la grandeur d’un carré de io centimètres de côté), les unes exprimant des réalités naturelles, et les autres des absurdités.
On peut établir, dans l’un et l’autre cas, 3 séries, de 6 tests chacune, avec 9 tests absurdes et 9 naturels.
Voici la liste des sujets que nous proposons pour ces séries (Voir deux exemples aux tests, p. 253 et 255). Les tests absurdes sont composés en italiques :
ire SÉRIE.
Bûcheron abattant un arbre.
Wagon traîné sur une côte par un cheval, et tombant sur lui, le cable lâche.
Une maison avec une femme sur le seuil.
Pompiers lançant de l’eau sur une maison en flammes.
Sous le vent, des roseaux penchant moins que des arbres.
Deux vases de même hautêur, éclairés par une bougie placée à égale distance des deux, et projetan sur le mur deux ombres inégales.
2e SÉRIE.
Une lampe pendue à un fil lêiche.
MESURE DES PHENOMENES LOGIQUES
Arbres au bord d’une rivière.
Jardinier arrosant avec un tuyau interrompu.
Homme lourd assis au bout d'un banc léger qui ne bascule pas (voir le test, p. 2 53).
Garniture de cheminée.
Bateaux à voile sous le vent.
3e SÉRIE.
Homme dormant sur un banc.
Bûcheron fendant un tronc, levant sa hache, le dos en avant.
Sous le vent, des arbres s'inclinant en sens inverse d une fumée.
Une voiture sur une descente.
Maison où, sous une cheminée qui fume, deux lucarnes se Jont face avec une personne accoudée, sans place pour le tuyau de la cheminée.
Une lampe à pied.
L’expérience faite sur les trois séries permet, comme toujours, d’établir une moyenne.
Pour l’établissement des tests que nous proposons, il y avait une difficulté : il ne fallait pas exiger de connaissances scientifiques, physiques ou naturelles précises, ni une observation particulièrement attentive ; il fallait faire simplement appel à un bon sens élémentaire, dans une vie simple. C’est à ces exigences que nous avons tâché de satisfaire1.
Les phrases ou récits sont prononcés d’un ton monotone, en évitant toute intonation indicatrice (au
x. Voir les tests, p. 25o-202.
besoin avec un phonographe) et on peut les faire précéder d'un numéro d’ordre, établi, dans chacpie série, de i à 6, le numéro étant prononcé une seconde avant la phrase ou le récit.
Si l’on utilise desrécits, cequi est bien préférable, le sujet devra noter au passage la phrase qui lui paraîtra absurde, et expliquer ensuite la nature de l’absurdité.
11 faut, si l’on emploie les phrases isolées, ne pas donner au sujet le temps d’une trop longue réflexion, au bout de laquelle tout esprit, mis en éveil, remarquerait les invraisemblances qui resteraient insuffisantes et ne permettraient plus aucune mesure.
Les dessins seront présentés pendant 5 secondes, munis d'un numéro d’ordre ; on laissera un intervalle de 2 secondes entre deux présentations successives.
Le sujet doit, aussitôt chaque présentation, soit auditive, soit visuelle, marquer au crayon sur un papier placé devant lui, le numéro de la phrase ou du dessin qui lui a paru absurde, en utilisant le numéro qu’on lui a indiqué préalablement.
Aussitôt la série finie, il indique ces numéros. On relit alors les phrases ou l’on représente les dessins notés comme absurdes chacun pendant 2 secondes, et le sujet doit désigner l’invraisemblance qui l’a choqué.
On ne comptera comme erreurs, pour plus de simplicité, que les absurdités non distinctement désignées, et les faits vraisemblables désignés comme absurdes, quand cette désignation n’est réellement pas justifiée '.
i . Des défauts de dessin peuvent parfois provoquer une atlirtion d’invraisemblance; on n’en tiendra aucun compte.
MESURE DES rHÉNOMENES LOGIQUES