L’étendue du champ d’attention h
Nous ne pouvons penser simultanément à beaucoup de choses à la fois, même en admettant que toute simultanéité ne puisse être qu’apparente et doive se ramener à des alternances très rapides. On peut établir pour chaque individu la limite des processus susceptibles de coexister dans une certaine mesure sans troubles graves du fonctionnement.
En premier lieu on peut imposer à des associations électives une condition double alternante, telle que le sujet doive constamment penser à chacune des conditions et à la nécessité de l’alternance : on lui de-
1. En ce qui concerne le champ visuel, rétréci sous rinlluenco des processus intellectuels simultanés, voir t. I, p. 1 4 7 -
LA CONDUCTION VOLONTAIRE
mandera d’énoncer une série de mots soumis, les mots impairs à la condition de se terminer par la diphtongue on, les mots pairs, à la condition d’avoir trait à un sujet donné (à la navigation par exemple).
La durée de ces associations électives sera comparée à celle des mêmes associations sans condition de terminaison verbale, ou de sens, étudiées isolément, et l’on notera en outre les erreurs ; ces erreurs et la proportion d’allongement du temps d’association permettront de classer les sujets pour leur puissance d’attention «à celte double condition.
Une simultanéité plus complète des processus mentaux pourra être cherchée dans l’expérience suivante :
On fera additionner au sujet, sans arrêt, une série de nombres (5, io, 1 5, 20, 25, 3o, etc.). On mesurera la vitesse d’énonciation.
Puis on lui demandera en outre de compter mentalement les battements d’un métronome, en indiquant chaque battement avec le même doigt ', ou plutôt des sonneries à intervalles réguliers (provoquées au moyen de la roue dentée).
On commencera avec un rythme peu fréquent, toutes les 3 secondes. Si le sujet réussit sans erreur et sans arrêt cette double opération pendant une quinzaine de secondes, c’est-à-dire si, quand on l’arrête, il donne le nombre exact de bruits qu’il a entendus, on mesure le temps d’énonciation des
1. Ceci afin d’éviter la numération par l’emploi des doigts successifs des mains, chaque doigt ayant un numéro d’ordre indiquant le nombre des battements sans qu’il y ait eu numération mentale.
l8ü TECHNIQUE DE PSYCHOLOGIE EXPERIMENTALE
nombres additionnés pour évaluer le ralentissement ; puis, après quelques minutes de repos, on recommence, en accélérant un peu le rythme du métronome ; et ainsi de suite, avec des repos, jusqu’à ce que le sujet soit incapable d’effectuer correctement la double opération dans un temps constant. La vitesse maxima compatible avec les opérations d’additions permettra de classer les sujets, en vertu du ralentissement des opérations elles-mêmes.
On peut noter que cette vitesse limite, qui est très inférieure à celle encore compatible avec la numération correcte des battements, quand on ne s’occupe que de cette numération, indique nettement l’absence d’une véritable simultanéité chez les individus normaux de deux processus intellectuels : il y a alternance très rapide ; et quand la vitesse des battements exige de trop fréquents retours de l’attention sur eux, et que dès lors il n’y a plus le temps, dans l’intervalle, pour que puissent s’effectuer les processus d’addition, l'apparente simultanéité des deux opérations devient impossible.
La puissance volontaire s’étudie donc là dans la rapidité des alternances, toute simultanéité véritable paraissant bien chimérique1.
i. La puissance volontaire peut aussi s’étudier dans ses effets sur certains processus sensoriels, mais, faute d’un moyen d’appréciation objective, on doit se contenter des réponses du sujet : c’est ainsi que, dans le conflit de deux couleurs dans la vision binoculaire stéréoscopique, avec alternances successives où l’une ou l’autre couleur prédomine, on peut par un effort volonlaire prolonger plus ou moins longtemps la durée de l’une des phases. On peut aussi, en regardant dans un stéréoscope que l’on a muni de verres ordinaires, rapprocher par un effort volontaire
LA CONDUCTION VOLONTAIRE
C’est là une opération des plus difficiles parce qu’il s’agit d’un double processus de numération, et beaucoup d’individus peuvent échouer. Aussi pourra-t-on faire des expériences en faisant marquer au passage les signes du test d’attention1, pendant que le sujet compte des battements du métronome, ou fait une numération à haute voix (qu’on peut rendre plus difficile, en faisant compter 4, 8, 12, etc., ou 3, 6, 9 ; ou meme 7, i4, 21). A la rigueur enfin on peut chercher à étudier l’attention se portant sur trois choses évoluant parallèlement: la notation des signes du test, la numération à haute voix de 5 en 5 par exemple, et enfin le temps de réaction à une sonnerie. L’augmentation des erreurs (pour les signes du lest surtout) et rallongement du processus de numération et du temps de réaction, chez les sujets susceptibles de faire les 3 choses, permettra de les classer. Mais il faudra utiliser avec tous les sujets un même rythme pour les excitations auditives), la vitesse de défilé du test d’attention étant constante: on pourra faire une excitation toutes les 5, 10, 5, i5, 5, etc. secondes, et prolonger l’expérience une minute.
les images de chacun des yeux, en essayant de les fusionner; avec une division millimétrique et des repères, le sujet peut apprécier lui-même la grandeur du rapprochement.