CHAPITRE Y
DIVISION DE l'argument DANS LES FONCTIONS ELLIPTIQUES.
372. C'est la question inverse de celle qui a été traitée dans l'avantdernier Chapitre. Nous avons trouvé les expressions deX(nz), iJ,{nz), v(nz) en fonction de X(z), fji.(z), v(z). Proposons-nous maintenant, connaissant l'une des quantités X(«z), [k{nz), v{nz), de trouver X(z), p,(z), v{z). Quand on donne ij.{nz) ou v{nz) et que l'on cherche 11(2) ou v(^), l'équation est du degré n'-; si n est pair, elle s'abaisse au degré moitié; mais, quand on donne l{nz) et que l'on cherche X(z), l'équation est du degré n- si n est impair, du degré 271^ si n est pair; dans ce dernier cas, l'équation, ne contenant que des puissances paires de l'inconnue, s'abaisse au degré n^.
Lorsque la quantité donnée est prise arbitrairement, les racines de l'équation sont toutes différentes. Supposons que, n étant impair, on donnej = ^{nz) et que l'on cherche œ ~ X(2); l'inconnue est donnée par une équation du degré n^
(i) . jP — .rP, — o,
dans laquelle P et P, désignent des polynômes entiers pairs en x du degré n- — i , et que l'on sait former, par un calcul de proche en proche, d'après la méthode d'Abel (n° 338), ou, directement, par celle de Jacobi (n° 342). A une valeur de y correspondent les valeurs de àz,
nz -j- "zpo) -j- q(à\ n(ù — nz -{- y.pcù + qoi',
et, par conséquent, les valeurs de œ,
A[z + 2p- + n -— ] , Aw— z-f-2» — f-a — \ ^ n ^ n \ ^ n ^ n
p et q étant deux nombres entiers quelconques; mais les valeurs de œ données par cette dernière formule sont égales à celles que fournit la première; on en conclut que les n- racines de l'équation sont représentées par la formule
(2) X — llz-h -zp- -}- q —
dans laquelle chacun des deux nombres p et g reçoit n valeurs entières consécutives. Nous leur attribuerons les valeurs ^^i- ■,
Pour que deux valeurs de x soient égales, il faut que la somme de leurs arguments 2z -h 2{p -\- p')- -^ {ç + q')— soit de la forme (am-hijcj+m'w', ce qui exige que tiz soit de la forme (2/w,-i-i)- -hm',— et, par conséquent, que y soit égal à ±: i ou à zb y
Pour voir ce que deviennent les racines, nous distinguerons deux cas, suivant que le nombre entier ~ est pair ou impair. Dans le premier cas, lorsque j = i , l'une des valeurs de nz est
1 W = ) a ou 2=r-,
et, par suite,
* n * rt
la combinaison/? = 0, g = o donne la racine simple oo — i; deux valeurs égales et de signes contraires de la quantité 2/? — ^ g -- donnant
la même valeur de x, toutes les autres racines sont doubles : on en conclut que le polynôme P — a? P, est égal au produit de 1 — oo par un
polynôme carré parfait. Lorsque j = v> l'une des valeurs de nz est de la forme
&) + &)' n — I , ,. w(&j-+-o/) -, , w -4- 0)' f- (w -I- w')= — ^ -i d ou z = 1
S78 LIVRE VII. - CHAPITRE y.
et, par suite,
la combinaison/? = o, ^^ — o donne la racine simple x = -r'-, toutes les
autres racines sont doubles : on en conclut que le polynôme P — kxV,, est égal au produit de i — koo par un polynôme carré parfait. Nous remarquons que si, dans l'équation (i), on remplace j par —y, les racines de la seconde équation sont égales à celles de la première et de signes contraires. Les cas où la quantité donnée y est égale à — i ou
à — ^- se ramènent ainsi aux précédents. 11 en résulte que les deux
polynômes pairs P et P, satisfont aux deux identités
(3) P-^P, = (i-a7)G:, P-^^P, =(i-/ra;)Hï,
G, et H, étant des polynômes entiers en x du degré > et à celles
qu'on en déduit en remplaçant œ par — x. Lorsque le nombre est impair, on a les deux identités
(3') P-^P,=rr(i-f-^)Gî, P~/r^P.=^(i + /r^)H;.
La considération des équations qui donnent p-iz) ou v(z), quand on connaît i)\nz) ou v{nz)y conduit à des résultats analogues. La première admet des racines égales, lorsque la quantité donnée i}\nz) est
ih' égale à ±: i ou à ± -y-? la seconde, lorsque la quantité donnée v{nz)
est égale à ± i ou à ±:k'. On en déduit les identités
(4)' P-f/P, = (i-/^)G^ /r'P-i/r/zP, = (/r'-//r//)H^
(5) P- vP3:=^(i-v)G^ A'P-vP3--=(/f'-v)H^
quel que soit le nombre impair n. D'après une remarque faite au n** 338, les secondes des relations (3) et (3') se déduisent des premières, et les
relations (5) des relations (4), en remplaçant k par r et s par^z.
Division par deux.
373. Connaissant X = >jlc'k[iz)y cherchons a? = \llck[z). La formule
conduit à l'équation du huitième degré c'est une équation réciproque
que Ton peut résoudre par des racines carrées. On en tire
, i a(i-4-v/i — 2«X*H-"X^) 2fi4-AX) "" '^ x^~ X» ~ X' '
Av n v^ Âvi (iH- ^i - A-X') ( 1 4- i/ 1 - 7 XM
1+ AX -H v/2 (ï — aX» H- AX) ^ M^ y A" /
jr' =
les trois radicaux étant indépendants les uns des autres, cette formule donne huit valeurs différentes.
Il est facile de reconnaître a priori que les racines sont réciproques deux à deux; car elles sont représentées par les deux formules
-- s/ /tl Iz -h poi -h q — ] ■) x=: ^"kl z -\- pM -h g — )
dont la première donne les quatre valeurs ± \Jk'k{z), ± y^À Iz -{-^
réciproques deux à deux, la seconde les quatre valeurs ± y/^X l- — z] z -f — ) ) qui sont aussi réciproques deux à deux.
\/kl(
Résolution de l'équation d'où, dépend la division de l'argument par un nombre impair.
374. On effectuera la division de l'argument par un nombre impair quelconque, en le divisant successivement par les facteurs premiers de ce nombre. Nous venons d'effectuer la division par deux; il nous reste à voir comment s'opère la division par un nombre premier plus grand que deux. Nous supposerons plus généralement que le diviseur n est un nombre impair quelconque. Abel a démontré que l'on peut exprimer algébriquement les racines de l'équation (i), qui est du degré /i% au moyen des quantités k et j, qui entrent dans celte équation, des racines
de l'équation binôme a?" = i , et des deux quantités ^ ( - ) ' X ( — ) •
Nous ferons d'abord remarquer que, quand n est impair, les quantités X(/?-J5 |JL (/>-), v(p-) peuvent s'exprimer rationnellement à
l'aide de X(-j et du module X:, quel que soit le nombre entier/?. Il
résulte, en effet, des formules (i4) du n° 332 et du calcul des polynômes P par la méthode d'Abel (n° 338), que ces quantités sont
des fonctions rationnelles de P et de ^f-)' /^(-)' ^\~]' ^^^^^ ^^ deuxième de ces formules (i4) indique que la quantité /jif w- ], c'est-àdire — I, est égale au produit de /x( -j par une fraction rationnelle en Xm - j ; on en déduit l'expression de /jl ( - ) par une fraction rationnelle en X"( -) • La troisième donne pareillement l'expression de v(-) par une fraction rationnelle en X-(- ) • Ainsi les quantitéS/Jifp -]» v (/>-) sont des fonctions rationnelles de k"^ et de X^ ( - ) -, la quantité ^ (/^ - )
est égale au produit de ^•(- ) par une fonction rationnelle de k- et de
enverrait, delà même manière, que les quantités ^Àq — ]-» MQ — p
v(^ — ) s'expriment rationnellement à l'aide de k- et de ^>( — )' quel
que soit le nombre entier q.
Les formules (i) dan" 318, relatives à l'addition desarguments, montrent ensuite que les trois quantités X(/?- 4^— j? l^\p- -^ q—p vip-+q — \ s'expriment rationnellement à l'aide de k- et des deux
quantités ^(-j» ^(~)*
375. Soient a et (3 deux racines, différentes ou non, de l'équation binôme af' = \. Considérons l'expression .
que nous représenterons par
(6) R(z,a, (3)= S y <xP'^i'k(z+p^-^ + q'^~
{J=ZO p=zo
Remarquons d'abord que celte expression conserve la même valeur, quand p et q désignent n nombres entiers consécutifs quelconques; car, lorsqu'on augmente p d'une unité, les termes d'une même ligne borizontale se permutent circulairement; de même, lorsqu'on augmente q d'une unité, les termes d'une même colonne verticale se permutent circulairement.
Remplacer z par z + ^ et multiplier tous les termes par a revient
à augmenter p d'une unité; de même, remplacer z par ^ -h — et multiplier tous les termes par ]S revient à augmenter q d'une unité; on a donc
Comme on a d'ailleurs R(z h- w) - - R(2), on en déduit
"hr^)=
Les valeurs de z qui rendent infinie la fonction R (s) sont celles qui rendent infini l'un de ses termes et qui, par conséquent, satisfont à la relation
d'où
nz = i- [np — ip)(ù^v ( nq — q H 1 w'.
On peut déterminer les deux nombres entiers/) et q plus petits que n et les deux nombres entiers/?' et y', de manière que les deux coeffîcienfs
np' — 2/?, nq--q~\ soient égaux à des nombres entiers quelconques. Il est d'ailleurs facile de reconnaître que deux termes ne peuvent devenir infinis à la fois. On en conclut que la fonction R(z) admet les mêmes infinis que la fonction X(7iz), chacun au, premier degré.
La fonction R(2) admet les périodes 2 œ, 'ù'\ mais la fonction
(7) /(z) = [R(zj]«,
qui satisfait aux relations
admet les deux périodes ^^î — ; elle a d'ailleurs les mêmes infinis que
la fonction l{nz)y aux mêmes périodes, chacun au degré n. En vertu du théorème de M. Liouville (n° 161), elle s'exprime rationnellement à l'aide de la fonction X{nz) et de sa dérivée; comme elle ne devient infinie pour aucune valeur finie de \{nz)y le dénominateur est constant, et l'on a
(8) /(z) = M-f-NX'(wz),
M et N étant des polynômes entiers en l(nz); à cause de la relation flz -+- - j = ~/{z)y le polynôme M est impair et du degré /î, le polynôme N pair et du degré /i — 3 au plus. On en déduit
(9) R(z,a,[3)= ^ ^ aP^^lIz+p^-^ + q'-l^^^-^M + m'inz).
tj = 0 p — 0
A chaque combinaison de deux racines a et |3, différentes ou non, de l'équation binôme oo" = i, correspond une équation analogue à la précédente. Remarquons que, d'après la formule (19) du n°355, l'équation qui se rapporte à la combinaison « = |3 = i a son second membre égal à nX{nz). Si l'on ajoute ces n- équations membre à membre,
chacun des termes llz -{-p— + Ç — ) du premier membre, dans l'équation résultante, aura son coefficient nul, à l'exception du terme X(z), dont le coefficient sera égal à n-, et l'on obtiendra la formule
(10) X[z)=^^X(nz)-i-^Vv'M + NX't^,
qui renferme n' — i radicaux.
376. Voici comment on peut calculer ces deux polynômes M et N.
Si l'on développe chacun des termes de la fonction R [z) par la formule
le multiplicateur^ étant supposé égal à l'unité, la fonction R{z) se composera de deux parties, l'une égale à une fraction rationnelle en a(z), l'autre égale au produit de X'(z) par une fraction rationnelle en X(z). Il en sera de même de la fonction /(z) ou [R(2)]". Si l'on prend la dérivée de l'expression deX(nz) par une fraction rationnelle en l{z) {n° 332), la valeur de V {nz) sera égale au produit de y{z) par une fraction rationnelle en X(^); on en déduit la valeur de X'(z) égale au produit de X'(Vis) par une fraction rationnelle en X(z); la seconde partie deviendra ainsi égale au produit de l'{nz) par une fraction rationnelle en X(z), et l'on aura.
A, B, C étant des polynômes entiers en X(z).
La fonction f{z) ne changeant pas quand on remplace z par
z -\- 2p - -h q —i les fractions rationnelles -^5 -^ ne changent pas quand
on y remplace l{z) par l'une quelconque des valeurs de x données par la formule (2), c'est-à-dire par l'une quelconque des racines de l'équation (i). On prendra, pour chacune de ces fractions, la moyenne arithmétique de ses valeurs, lorsqu'on y remplace X(z) successivement par les n^ racines de l'équation (i); cette moyenne arithmétique, étant une fonction symétrique des racines, s'exprimera rationnellement à l'aide des coefficients de l'équation (i) et, par conséquent, à l'aide de P de la quantité donnée y = \[nz). On arrivera ainsi à la forme (8).
L'expression trouvée de la sorte renferme, en outre, rationnellement les constantes X(«), [i[a), v(a), a désignant les diverses quantités
2p-- + q—\ mais ces constantes, d'après la remarque faite au n° 374,
s'expriment rationnellement à l'aide de lî^ et des deux quantités X( -)» X( — )• On en conclut que les deux polynômes M et N, entiers par
rapport kl{nz), renferment, en outre, rationnellement les trois cc^nstantesP, xf'^V ll^Y
377. La formule (lo), qui donne les valeurs de l'inconnue, renferme n- — I radicaux; mais on peut les ramener à deux d'entre eux. Si l'on suppose que a et |3 soient deux racines primitives de l'équation binôme x" = i, deux racines quelconques de cette équation pourront être représentées par a'" et j3% r et 5 étant deux nombres entiers variant de o à n — I . La fonction
(11) F(2) = [R(z,a,i)]''-[R(z, .;{3]''-'R(z,a%(30, qui satisfait aux relations
admet, dans tous les cas, les deux périodes — > —5 elle a les mêmes
infinis que la fonction X(/iz), aux mêmes périodes, cbacun au degré 271 — r— s -\- i; on à donc
(12) ¥(z) = V-hQ'k'{nz),
P et Q étant des polynômes entiers en l{nz). Quand le nombre r -^ s est pair, le premier polynôme est impair, le second pair. Quand r -{- s est impair, le premier est pair, le second impair. Le premier polynôme est donc du degré 2« — r — ^ + i, le second du degré 2n — r— s— 2. au plus. On les calculera comme on a calculé les polynômes M et N dans le numéro précédent.
Des équations (n) et (12) on déduit
"^' «<^> ^'' p') = [K(..ltMRu,'..g)r [«(^' "■ ONRi^. ■- ?)]••
Le premier facteur du second membre est une fraction rationnelle en 'X{nz) etX'(ns); de cette manière, tous les radicaux se ramènent aux
a86 LIVRE VII. - CHAPITRE V.
deux seuls radicaux R(5, a, i), R(z, i, |S), et la formule (lo), après la substitution, ne donne plus que les rï^ valeurs de l'inconnue.