Détermination du pouvoir colorant et de la nuance
des vins *
[W est quelquefois nécessaire pour comparer les vins entre eux ou pour contrôler l'identité du vin livré, d'en déterminer le pouvoir colorant et la teinte. Cette vérification peut être effectuée au moyen des colorimètres de Sallrron, de Dcboscq ou de Laudent. Mais il est préférable de se servir des appareils imaginés spécialement pour cet usag'o par Andribux et par J. Sallbron. Le chromatomètre d' Andribux n'étant jamais entré dans la pratique à cause de sa complication et de son prix élevé, nous ne décrirons que le vino-colorimètre de J. Sallbron, instrument beaucoup simple et d'un maniement plus facile.
Pour construire son vino colorimètre, Sallbron a pris comme terme de comparaison les gammes chromatiques établies par Chbvreul, pour la manufacture des Gobelins, lesquelles contiennent classés et numérotés des écheveaux de laine de toutes les nuances que l'on peut être appelé à reproduire. Il a constaté de la sorte que les vins les plus violets atteignent le point de la gamme des couleurs franches que Chbvreul appelle le violet' rouge. Les vins les plus passés descendent jusqu'au 3^ ronge de la même gamme. Entre et y compris ces deux couleurs, violet-rouge et 3^ rouge
* KULUCM, /. C.
* Traité complet tfanalyge chimique appliqué aux estait induttrieft, de J. Post, 1'* édition française, pages 893-896.
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det couUaraJrniiches, il «xiilBdi^ DumèrosinlermédUireawaifiielsCBe- VHBUL a donné les noms suivants : violet-roage, i" violeUroage^ j*, 3«, 4* et 5* violet-roage, rouge, i" roage, a* et 3* rouge. Ces dix couleurs, qui composent une véritable g'amme vino-colorimëtriqne, ont servi à Sal- LBRON, non seulement à déaotnmer toutes les colorations des vins, mais encore à déterminer leurs intensités, et & cet effet il a fait teindre une série de rabens de satin de soie rigoureusement échantillonnés d'après les types des Gobelins et dontchacun reproduit exactement l'un des numéros de U flamme ci-dessus dési§|iiée. U a ensuite collé sur une bande de carton des disques découpés dans ces rubans en les disposant les uns au-dessus des autres, depuis le violet-rouge jusqu'au 3* rouge (fîg. afiâ), et à cAté de ces
INKKMUNtrK
mêmes disques U a collé une autre série de disques semblables en satin parfaitement blanc.
Voici, maintenant, comment Sallbuon transforme en un colorimélre la gamme chromatique ainsi disposée. 11 lui adjoint une petite lunette composée d'un godet en cuivre argenté A B (fig. 366 et 367) et à Fond de verre c, dans lequel entre un tube de même niétal a b, fermé lui-même par un disque de verre c/; l'écartement des deux verres est variable au mojen d'un pas do vis, de sorte qu'en versant du vin dans le godet extérieur, l'épaisseur de la couche vineuse interposée entre les deux verres est aussi variable, et elle peut être mesurée avec une très grande précision. Celle lunette A est fixée sur un petit support S, incliné à 4^ (Gg. 368). Une seconde lunette semblable B, dont les deux disques de verre sont fixes, est placée sur le même support à cAté de la première et k une distance à peu près égale à celle de l'écartement des jeux.
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Pour faire od essai à l'aide de cet ÎDstrumenl, on procède de la manière suivante. On dévisse le couvercle a A de la lunette A, que dous appellerons le colorimètre (fig. a66 et 367) et l'on verse dans la capsule A B une petite quantité du vin à essayer (un trait gravé à l'intérieur de la capsule indique la hauteur A laquelle le vin doit s'élever ; oo ferme le colorimètre en vissant le couvercle, de façon à laisser un certain espace entre les disques de verre d et c. Cela fait, on fixe l'appareil sur son support S (fig. a68], en ayant soin de repérer la goupill';, qui assure au colorimètre nue position invariable, puis an fait glisser sous ce dernier la gamme colorée G H (fig. 368) jusqu'à ce que l'un des disques colorés se trouve en face de la lunette B et l'un des disques de salin blanc en face du colorirnètre A; regardant alors au travers des deux lunettes en même temps, on verra, l'un à cdté de l'autre deux disques colorés dont l'un sera l'un des tons de la gamme, et l'autre un ton rouge formé par la couche vineuse colorant le disque de satin blanc. Pour rendre l'observation plus facile, on enveloppe les deux lunettes d'un écran E E' (fig. 26g) qui les protège contre la lumière extérieure.
Généralement le disque coloré par le vin ne ressemble pas au disque do
Pig. a68. — V!no-coloriin*lre Salleron,
la gamme; il est trop violet ou trop rouge et en outre trop clair ou trop foncé; il faut obtenir leur parfaite ressemblance. Si la teinte du vin est trop intense, on enfonce le tube intérieur en vissant le couvercle a b (fig. 966), afin de diminuer l'épaisseur de la couche vineuse interposée entre les deux verres ; l'intensitédela couleur diminue rapidement. Quand elle est à peu près égale au ton de la gamme, on juge mieux de l'identité de la nuance. On fait alors glisser la lame sous les lunettes de fagon à changer le disque observé, et l'on trouve rapidement celui qui présente la même couleur. Si les deux disques colorés sont absolument identiques, comme couleur et comme hanleur de ton on note le numéro du disque coloré de la gamme qui a servi de comparaison, soit le 4' violel-rouge. On lit ensuite sur le colorimètre l'indication de son échelle (fig. a66); on compte d'abord sur la capsule, le nombre de traits qui se trouvent découverts; supposons qu'il y en ait 1 ; on écrit 100, puis on cherche quelle est la division du couvercle qui se trouve en face du trait gravé sur la capsule. Admettons que ce soit le So" ; on ajoute 5o â 100 et on conclut que, sous l'épaisseur de lâo centièmes de millimètre ' le vin essayé offre la même
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iiilenBÎté que le Duméro de la gramme pris pour type ou que son latensité colorante est représenté par le chiffre i5o. On abrèf^ ces dési^nalioas en dénommant ce vin : Coaltar 5' violet-rouge, inlensilé i5o.
Le nombre ainsi obtenu indiquant l'épaisseur de la couche sous laquelle la coloration du vin essayé est aussi intense que celle des nuances types, il en résulte que plus ce chiffre est élevé, plus la coucbe de vin esl épaisse et par conséquent moins le vin esl coloré ; c'est-à-dire que les intensités sont en raison inverse des épaisseurs. Si donc on essaie un autre vin qui donne le cbiiïre 75, ou en conclut que ce dernier, avant la même intensité que le précédent sous une épaisseur moitié moindre, est nécessairement deux fois plus coloré.
Les observations colori métriques doivent £lre faites autant que possible par un beau jour, l'instrument reposant sur une table placée devant une fenêtre qui reçoit directement la lumière du ciel. L' éclaira^ direct par
Pig. iGg. — Vino colDrim^trr muni de son JcraD,
les ravons solaires doit être évité; la lumière artificielle du gaz. des bouffies, des lampes, ne peut être employée, parce qu'elle modifie les couleurs.
Pour obtenir le rapport qui e.xisle entre la coloration des deux vins, il faut diviser les épaisseurs l'uDC par l'autre. Un vin possède par exemple l'intensité 90, un autre vin l'intensité 370 ; en divisant 370 par 90, le quotient 3 indique que le premier vin est trois lois plus coloré que le second et en divisant au contraire 90 par 370. le quotient o,33 fait savoir que le second n'est que les 33 centièmes ou le tiers du premier.
Salleron prenant pour type d unité de couleur la coloration moyenne du vin de coupag^c vendu par le commerce en ^ros de Paris et en comparant l'intensité de coloration d'un grrand nombre d'échantillons de ce vin, a obtenu comme moyenne de toutes les déterminations effectuées par lui le chiffre 3oo de l'échelle de son viuo-colorimètre. Il propose par suite de considérer comme type de l unité de couleur le vin qui, sous l'épaisseur de 3oo centièmes de millimètre, possède une intensité égale à l'une des
vm 705
leÎDtes de Téchelle vino-colorométrîque. Il résulte de là qu'un vin mar-
quant i5o au vino-colorîmètre contient -rr = a couleurs, qu'un autre vin
3oo marquant loo renferme — = 3 couleurs, etc.
lOO
I. Etant donné du vin 80, on le coupe avec du vin blanc pour obtenir du vin 120. Quelle est la proportion de chacun d'eux nécessaire pour effectuer Iccoupagpe? On divise 120 par 80, le quotient i,5 fait savoir que Tintensité du vin donné est i fois et 5 dixièmes celle du vin qu'on désire obtenir. Il faut donc prendre une partie du vin 80 et y ajouter o,5 partie de vin blanc, en supposant que la coloration de ce dernier soit né|;|^lig-eable.
II. On possède du vin 160 et du vin 80; on demande dans quelle proportion il faut les mélanger pour obtenir du vin i3o? On écrit Tun audessus de l'autre les nombres 160 et 80 représentant les vins donnés et à leur g-auche i3o^ intensité du vin cherché. On fait la différence des deux premiers nombres 160 et 80 au troisième i3o, et Ton écrit les restes 3o et 5o à droite en regard des intensités correspondantes, ce qui donne le tableau suivant :
i i6ov^/3o .-= 160 — i3o l 8o/\5o = i3o — 80
On prendra 5o parties du vin 160, et 3o parties du vin 80. En effet, ce dernier donnera un excès d'intensité égal à (i3o — 80) X ^<> = i5oo, et le vin 160 donnera une perte égale k (iCo — i3o) X 5o = i5oo, qui établira la compensation.
III. Etant donnés les mômes vins, on demande combien de litres il faudra prendre de chacun d'eux pour obtenir une pièce de 226 litres, l'intensité du mélange devant toujours être i3o? — Nous venons de voir (II) que cette intensité sera obtenue en mélangeant 3o litres de vin 80 avec 5o litres de vin 160; on aura donc 80 litres de vin i3o. Pour obtenir 226 litres, il faudra répét3r cette opération autant de fois que 80 est contenu dans 226, c'est-à-dire 226 divisés par 80 =s 2,812. Il faudra donc prendre :
3o X 21,812 du vin 80 soit 84i4 litres
5o X 2,812 du vin 160 soit i4o,6 litres
Total > . . . 225,0 litres
On peut établir, pour là solution de toutes les questions semblables, la règle générale suivante : Pour trouver le nombre de litres d'un vin qui doit être coupé avec un autre vin pour former un volume total donné, à un titre également donné, il faut multiplier ce volume total par la différence du second vin au vin cherché, et diviser le produit par la différence des deux vins donnés.
Après avoir obtenu de cette manière le volume du i^^ vin que Ton doit employer, on trouvera le volume du second en retranchant du volume total le résultat fourni par le calcul.
J. Port. — Analyse chimique, a« édit. fr., t. lï, 46
Exemple : On donne du vin i5o et du vin 90 ; quelles quantités faut-il prendre de chacun pour obtenir 226 litres de vin 1 10 ? Pour le vin 90 :
i5o — iio 4o
226 X "7 = 226 X 7" = 1^0 litres ;
et pour le vin iSo, il faudra par conséquent :
226 — i5o = 75 litres.
IV. Ëtant donnés i5o litres de vin 80, 100 litres de vin 70, 120 litres de vin iio, 65 litres de vin i5o, on demande ce qu'il faut ajouter devin blanc pour obtenir du vin 120? — On commencera par faire un coupage des divers vins donnés dans les proportions indiquées, et Ton cherchera au moyen du vino-colorimètre le titre de coupage. On sera ainsi ramené au i^^ problème. On prendra, par exemple :
i5 centilitres de vin 80
12 » » > iio
Total . 43,5 pour 435 litres.
On mélangera, et l'essai au colorimètre fournira le titre correspondant. Supposons que Ton (rauve 95; il faudra chercher combien de litres devin blanc devront être ajoutés aux 435 litres devin 95 pour obtenir du vin 120. — En appliquant la méthode du problème I, on trouve que le rapport du vin cherché au vin donné est 120 divisés par 95= 1,268. On prendra donc I litre de vin 90, et Ton y ajoutera 0 litre 263 de vin blanc, et par suite, à 435 litres du vin cjo, il faudra ajouter 435 X 0,268 = ii4 litres 4 de vin blanc. — Si, au lieu d'ajouter du vin blanc, on employait du vin rouge faible en couleur, 180 par exemple, et si Ton cherchait combien il faut en ajouter à 435 litres de vin 95 pour produire du vin 120, ce serait la question résolue dans les problèmes II et III.]