‹ Traité complet de la peintureChapitre 16 sur 114 · RENAISSANCE DE LA PEINTURE CHEZ LES MODERNES · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DE LA PEINTURE CHEZ LES MODERNES

rence précédait Gimabué, et il cite une Annonciation peinte avant lui, et que l'on conserve encore précieusement à l'église de' Servi, mais qu'on avait attribuée faussement à Cavallini (voy. Lanzi, tom. ier. pag. 12, édit. de Bassano 1809.). Selon le père AfFo, avant 1235, on exécutait à Parme des peintures historiques, et dans le Baptistaire de cette ville on fit vers l'an 1260 les plus belles peintures qu'ait aujourd'hui l'Italie dans cette ancienne manière. Or Gimabué naquit en 1240, et n'a pu instruire les auteurs de ces peintures. Quant à linfluence que put avoir Giotto, elle a été à peu près nulle hors de son école. Â Gênes, par exemple, Oberto qui peignit un tableau à saint Dominico, l'an 1068, trente-deux ans après la mort de Giotto, n'avait rien du caractère de ce peintre, non plus que Niccolo de' Voitri, qui florissait en 1401. G'est Lanzi qui fait ces remarques. Disons encore que Naples et la Sicile font voir des Madonnes exécutées bien avant Giotto et Gimabué.

Ainsi il était absurde de faire naître la peinture à Florence exclusivement, et c'était assez de dire que cette ville produisit la première école qui vit naître une foule d'artistes habiles. Qu'il est fâcheux que Venise et Naples n'aient pas ouvert aussi dans le même temps des écoles actives ! L'art n'eût pas été restreint dans la seule manière florentine, et des rivaux de Michel-Ange, combattans dans un autre genre, eussent appris par la variété de leurs tableaux que le goût florentin en peinture n'était pas le goût universel qu'on eût à suivre.

On ne doit donc point se laisser égarer par tout ce qui a été répété jusqu'ici sur cette prétendue naissance de la peinture dans le i5e siècle : la peinture n'a jamais

péri; elle a langui, elle a été déprimée dans des tems malheureux; mais ses racines profondes produisirent de tems en tems de faibles rejetons qui rappelaient son illustre origine; d'ailleurs elle était conservée dans l'Inde, dans la Perse, en Chine et dans d'autres lieux, où toute barbare qu'elle était, elle n'en subsistait pas moins et toujours au même degré.

Après ces réflexions sur l'existence non interrompue de l'art de la peinture, non-seulement en Europe, mais, pour ainsi dire, sur toute la terre, il est nécessaire d'expliquer pourquoi on a attribué presqu'unanimément à Florence seule, l'honneur d'avoir donné naissance à cet art. Michel- Ange fut le chef illustre de l'école florentine. Le style de son école se répandit dans toute l'Italie et se perpétue encore aujourd'hui jusque dans les écoles du Nord, malgré l'influence de tant de beaux modèles sortis des écoles de Phidias et de Praxitèle, modèles si supérieurs cependant aux modèles florentins. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait cru et qu'on ait laissé croire que c'est à Florence qu'il faut chercher les sources premières de cet art. D'ailleurs avant Michel-Ange, Florence encourageait et vivifiait les arts, plus qu'aucune autre ville d'I talie, ce qui semble encore appuyer ce système : l'orfèvrerie surtout, ainsi que l'architecture, y était en grande faveur, en sorte qu'on ne parlait partout que des arts de Florence. Toutes ces causes rendirent vraisemblable cette prétendue naissance de la peinture en Toscane. Cependant, il faut bien le remarquer, la peinture à Florence dans le i4e siècle, peu après Cimabué, n'était point supérieure à celle de Rome, de Venise ou des autres villes d'Italie, et il est plus vrai de dire qu'elle s'éteignit dans

Page 1