PEINTURE DANS LE MOYEN AGE
quelles les nouvelles manières et les nouvelles imitations ne furent point substituées aux anciens documens. L'art n'a donc point péri, et quand nous comparons les maux qu'il a ressentis lors des conquêtes des barbares, à ceux que lui ont faits les manies et les théories des nouvelles civilisations, nous n'hésitons pas à affirmer que c'est de ces nouvelles théories qu'il a eu le plus à souffrir, et que ses véritables destructeurs ont exercé leurs ravages bien plus directement et bien plus tard qu'on ne pense.
D'ailleurs, pour avoir une idée nette de ces influences et de cette marche de l'art, il faut nécessairement avoir vu et bien observé les diverses productions sur lesquelles ces influences furent exercées. Mais combien de gens ont dédaigné ces recherches ! En effet, tel qui après avoir exprimé son dégoût à la vue de quelques vignettes d'un manuscrit du seizième siècle ou de quelques mauvais vitraux beaucoup plus modernes qu'il ne pense, vient nous apprendre que le style gothique est un style pitoyable; tel, dis-je, qui n'a vu que ces objets insuffisans et quelques magots de nos portails, n'a jamais visité la Toscane, Venise ou Rome, n'a pas connaissance des fragmens déposés dans les recueils assez volumineux des Bosio, des Aringhi, des Ciampini, des Bottari et autres; il passe avec indifférence devant quelques peintures précieuses qui se trouvent souvent dans des cabinets de curieux, et il les dédaigne même, parce qu'elles ne sont pas décorées de la livrée de nos écoles. En un mot, on est beaucoup trop persuadé que le seizième siècle a vu renaître la peinture, et l'on donne très-improprement le nom de renaissance à l'époque où cet art a commencé au contraire à recevoir les caractères de la dégradation. Si des hommes habiles, si des artistes hardis
ont étonné ce siècle mémorable, si le trop fameux Michel- Ange par ses pompeux et ses terribles ouvrages a étonné tous les regards, il n'en est pas moins vrai qu'il a fait perdre à l'art sa naïveté antique et primitive, et que les meilleurs tableaux, même de nos jours, sont ceux où l'on retrouve la beauté, la vraie simplicité et les touchantes vérités de la nature. Ainsi, les tems de corruption dans l'art ne sont point ceux où il perd sa considération et ses honneurs, mais bien ceux où il n'est plus basé sur les grands principes qui sont ses seuls et vrais fondemens : et tel est l'ordre éternel des choses, que tout l'étalage des Cortone,des Bernini , tout le bruit des Vanloo, des Boucher, tout le luxe des faiseurs, n'a jamais pu déguiser l'état avili de la peinture. Mais nous devons indiquer plus précisément ici les diverses qualités observées dans les dernières productions de l'art affaibli et languissant, et nous devons prouver qu'elles ont été constamment les mêmes qu'aux tems des artistes les plus distingués.