‹ Traité complet de la peintureChapitre 24 sur 114 · PEINTURE CHEZ LES MODERNES · texte numérisé non relu

PEINTURE CHEZ LES MODERNES

figure humaine ; tels sont encore la belle disposition, le goût des vêtemens et des accessoires, celui des ajustemens, etc. etc., et surtout la justesse de représentation. Ainsi une Vénus de Rubens ne doit pas être comparée seulement et exclusivement à une Vénus de Raphaël, mais bien à une Vénus de Praxitèle, si toutefois nous avons des copies de ce grand statuaire ; les casques et les ornemens de Le Rrun ne doivent pas être jugés seulement d'après ceux de Carie -Vanloo, de Rimbrandt ou de Jules Romain, mais bien d'après les casques que l'on voit sur les plus belles sculptures de l'antiquité; et la forme des jambes, des genoux, des côtes ne doit pas être comparée dans les tableaux modernes à ces mêmes formes chez tel ou tel peintre de l'école de Michel -Ange, de Tiziano ou de Paul Véronèse, mais à la nature d'abord, et ensuite, pour mieux éclaircir la comparaison, aux belles statues grecques qui sont des imitations excellentes de la nature. Il restera toujours, dira-t-on, à faire une comparaison, c'est celle du coloris des anciens avec celui des modernes : autre prévention. La peinture à huile est bornée et circonscrite dans un cercle rétréci ; elle n'est point lumineuse et légère comme l'encaustique des Grecs qui a dû être tout aussi puissante et transparente dans les bruns que la peinture à huile. (J'espère le démontrer à la fin de ce traité.) Ainsi, de ce que certaines peintures antiques ont perdu de leur force de couleur par des accidens provenant de leur enfouissement et de la maladresse des réparateurs modernes (voyez aussi sur cette question les chapitres de l'encaustique); de ce qu'elles sont vives, aériennes, nullement lourdes, opaques ou ténébreuses, s'en suit- il qu'il faille les rejeter comme étant hors du

véritable coloris dont les modernes se sont formé un archétype borné et proportionné à la nature du matériel de leur procédé et à cet obscurcissement toujours croissant qui ternit et désaccorde leurs couleurs ?

Il serait mieux de laisser encore cette question indécise, et si les modernes ont égalé les anciens en cette partie, il n'en faut pas conclure précipitamment qu'ils leur sont supérieurs. Enfin jugeons les modernes pour nous instruire et non pour nous vanter : soyons fiers, non de ce que nous avons été, mais de ce que nous pouvons être encore : reconnaissons pour modèles, non exclusivement les chefs de la seule école moderne, mais bien les grands artistes d'Athènes, de Corinthe et de Sicyone; et, si nous voulons enlever de nouveaux secrets à la nature, commençons par discerner et par dérober les secrets de ces Grecs dont nous voudrions éviter la comparaison qui nous importune, mais que la postérité ne pourra cependant s'empêcher d'établir, lorsqu'elle voudra connaître ce que nous avons valu et ce que nous pouvions faire.

Page 1