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DES DIVERSES ÉCOLES DE PEINTURE CHEZ LES MODERNES

V/n doit distinguer différentes écoles dans l'histoire de la peinture, afin d'ol4enir différentes classifications artistiques. Cependant le plus ordinairement on ne donne pas au mot école la signification qu'on devrait lui donner.

Une école se compose d'une suite de productions sorties d'une série d'artistes qui ont travaillé à peu près dans le même goût, dans le même style et dans les mêmes principes, quoiqu'avec des succès différens. Cette filiation n'a rien de commun avec le pays d'où sont sortis ces divers artistes et ces productions. Ecole est donc, dans ce sens, synonyme de style : c'est un terme général et artistique pour signifier des ouvrages faits d'après la même méthode et quelquefois la même manière. Mais ce n'est pas ainsi que l'entendent ordinairement les modernes et surtout les biographes. Un peintre a-t-il étudié sous un maître tout différent de son élève, quant au génie, au style et aux

» ateliers des maîtres en re'putation à Rome, à Milan, à Florence, à Ve- » nise, revenus chez eux, ils adoptaient la manière de quelque chef d'é- » cole renommé, que le hasard ou quelque rapport de goût avait rendu » l'objet de leur idolâtrie. L'originalité était rare alors : elle marquait la » suprématie d'un très-petit nomhre. La masse des artistes se contentait » de la gloire inférieure à laquelle ils pouvaient atteindre en adoptant » les manières nommées techniquement Rafaelesca, Corregesca, Tizia- » nesca, termes qui se rapportaient à des hommes dont les fautes mêmes » étaient regardées comme des autorités et dont le mérite obtenait les » honneurs d'un culte. »

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doctrines, on le classe néanmoins dans l'école de ce maître. Un peintre est -il né dans une ville célèbre par une école, on le fait appartenir comme élève à cette école, lors même qu'il se serait expatrié dans sa jeunesse et qu'il serait allé apprendre son art dans des écoles étrangères : c'est ainsi qu'à l'article de Giorgione, on lit dans l'Encyclopédie que ce peintre appartient à l'école florentine, et cela parce qu'il est né dans la Toscane et non à Venise, où cependant il étudia, sous les Bellini, maîtres vénitiens. Il est résulté une grande confusion de ce mélange topographique et biographique. Les écrivains ont eu à la vérité leurs raisons en ceci, mais ces raisons ne se rapportent ni à l'étude de l'art ni à la clarté ni à l'histoire de la théorie, et s'il leur est fort commode d'établir autant d'écoles différentes qu'il y a de villes, cet arrangement est fort gênant pour les observateurs qui cherchent à étudier la marche et les caractères de l'art.

Il est incontestable qu'il y a eu des écoles distinctes par pays et une suite d'artistes appartenant à ces pays et à ces mêmes écoles ; mais faisons-y bien attention, c'est, à proprement parler, aux différons maîtres constituans ces écoles que ces artistes appartiennent, plutôt qu'à ces écoles. Toute l'école de Rubens, par exemple, est bien distincte et caractérisée ; mais appeler école flamande cette école de Rubens, lorsqu'on donne ce même nom d'école flamande à l'école de Teniers, c'est confondre les choses plutôt que les classer. S'il doit exister des écoles, il ne faut pas trop les multiplier ni vouloir trop généraliser leurs caractères, puisqu'ils sont si souvent mixtes et composés. L'abbé Lanzi et d'autres sont tombés dans ce défaut ou plutôt dans cet excès de subdivision. Chez ces

écrivains, autant de pays, de villes, de bourgs, de villages, autant d'écoles; comme si les peintres de telle ou telle ville n'avaient jamais aperçu dans son enceinte que la même espèce de peinture et n'avaient pu peindre, pour ainsi dire, que dans le même patois. Cette classification si multipliée, adoptée par l'abbé Lanzi, avait un motif bien louable, celui d'attacher une grande importance à tout l'art de l'Italie sa patrie, et de relever par le nom des villes et des cantons la faiblesse d'une foule de peintres dont les noms avant lui ne se rattachaient à rien. Celui-ci, dit-il, est un frescante de l'école de Crémone,* celui-là est un portraitiste de l'école de Mantoue ; tel autre a suivi le style de l'école de Ferrare, etc. , etc. ; mais dans certains pays, tels que Gênes, par exemple, il est embarrassé pour caractériser les peintres nombreux qui y ont apparu, parce que ces peintres n'ont pas eu tous une même manière : je dis qu'il est embarrassé, je devrais dire qu'il est embarrassant, c'est-à-dire qu'il embrouille ceux qui veulent étudier non seulement l'historique de l'art, mais encore, comme je l'ai dit, sa marche efc ses caractères.

On est donc convenu, malgré tout, de reconnaître un certain nombre d'écoles principales. Ces écoles principales et adoptées dans tous les livres sont au nombre de neuf: ce sont l'école florentine, la romaine, la bolonaise ou lombarde, la vénitienne, la flamande, la hollandaise^ la française, l'espagnole et l'anglaise. On distingue aussi quelquefois l'école allemande ; mais si Albert-Durer, né à Nuremberg, a eu une grande influence sur la peinture de son tems, on peut dire que les habiles peintres allemands qui sont venus après lui n'appartiennent plus à la même école. C'est ainsi que Diétrick et Raphaël Mengs,

par exemple, né en Bohême, et Elzkeimer, etc. lui sont entièrement étrangers. Si donc il y a eu plusieurs peintres allemands qui se sont distingués, on ne doit pas pour cela composer une seule école allemande proprement dite. Nous allons voir qu'il serait bien plus naturel de désigner l'école d'Albert-Durer et d'Elzkeimer, en ajoutant le nom de leur patrie.

Dans les livres récens, on trouve un bien plus grand nombre d'écoles désignées par pays , et il paraît qu'on commence à suivre les classifications de Lanzi. On cite les écoles de Milan, de Fer rare, de Mantoue, de Parme, de Crémone, de Gênes, du Piémont, de Modène, de Sienne, de Pise, de Lucques, etc., etc. Cependant de quelle manière désignerait -on, par exemple, les caractères de l'école d'Amérique, de Suisse, de Prusse, de Suède et de cent

autres pays? Ainsi, je le répète, bien mieux vaudrait

signaler les écoles de tous les différens maîtres, quelque peu illustres qu'ils soient; par ce moyen du moins on s'entendrait. Si au lieu, par exemple, de placer dans l'école espagnole Ribéra, né en Espagne, mais presque toujours domicilié à Naples, on disait qu'il est de l'école de Carravagio, dont il suivit en effet la manière et dont il fut élève, cela serait plus intelligible que de dire qu'il est de l'école espagnole. Valentin est français, mais il est aussi de l'école de Carravagio. Quant à celui-ci, qu'on place dans l'école lombarde, il n'a rien de commun avec Corrégio, chef, dit-on, de cette école lombarde. Dans quelle école classer Poussin, Claude Lorrain ? Les Français revendiquant ces noms illustres ne manquent pas de les attacher à leur école, et cependant qu'a de commun Poussin avec S. Voùet ou F. Boucher, Claude Lorrain avec J. Yernet ou Vatteau?

Nous ne voyons point que Pausanias et Pline aient pensé à classer par écoles de pays les artistes grecs dont ils font mention, bien qu'ils ajoutent presque toujours h leur nom celui de leur pays. Mais ils ne manquent guère d'indiquer le maître de qui ils ont appris leur art : c'est, dit Pausanias, le sixième ou bien le septième maître sorti de l'école de tel ou tel statuaire.

Il arrive aussi que, lorsqu'on veut signaler le caractère de ces écoles principales par pays, on est obligé d'en séparer plusieurs peintres qui, par exemple, eurent un style particulier et fort différent du style général de ce pays. Cette nécessité jette donc dans un grand embarras, puisque plusieurs habiles peintres se trouvent par cela même isolés et n'appartiennent plus à aucune école. Tels sont Mantégna, Léonard de Vinci, Claude Lorrain, Poussin et Rimbrandt qui est autant vénitien que hollandais par son pinceau. Quintin-Messis, dit le maréchal d'Anvers, n'a absolument rien de commun avec Rubens; Michel Coxcie est né à Malines, et cependant il est de l'école de Raphaël, ainsi que Pellégrino, né à Modène. Van Ostade, quoique né à Lubeck, est placé par les biographes dans l'école hollandaise. Michel-Ange, chef de l'école florentine, est bien différent de Francia ou de Léonard qui sont, dit-on, de la même école. Morales et plus de vingt peintres espagnols étaient des imitateurs de Léonard de Vinci, de Raphaël, etc. Enfin Lucas de Leyde et Paul Potter, tous deux classés dans l'école hollandaise, ne se ressemblent guère. De quelle école encore sera Holbein, né à Bâle en 1498? et qui imitait Léonard de Vinci de Milan? Barroccio est de l'école romaine, et n'a rien à démêler avec Jules- Romain, non plus que le chevalier d'Arpino ouïes Zuc-

chéro, placés aussi dans cette école romaine, mais trèsétrangers, on peut le dire, au grand Raphaël...

Si donc on se trouve dans l'obligation de distinguer dans les écoles un certain nombre de manières, alors le terme collectif et générique école ne sert presque plus à rien : c'est à peu près comme si, pour s'expliquer sur un tableau fait à Bologne, on disait qu'il est de l'école d'Italie, définition qui ne caractériserait point ce tableau. A quoi sert de dire que tel ou tel tableau est de l'école française ? Ce que l'on se demande, c'est si ce tableau tient à Poussin, à Lebrun, à Boucher, etc., etc. ; et il vaut bien mieux dire : ce tableau français est de l'école de Lebrun ou de l'école de Poussin ou de l'école de Boucher, etc., etc.

Quelques écrivains ont restreint plus ou moins le nombre des écoles distinguées par pays, ce qui prouve que cette classification est arbitraire. Pernetty en reconnaît sept, quoiqu'il convienne que M. de Jeaucourt en reconnaît huit. M. de Tessin réduisait toutes les écoles au nombre de trois. Mais si l'on veut reconnaître des écoles par pays, il faut en admettre au moins neuf, comme nous l'avons déjà dit. Néanmoins il y aura toujours matière à contestation dans cette sorte de classification; car plusieurs ouvrages tiennent de plusieurs écoles à la fois, quoiqu'ils tiennent toujours plus particulièrement de la manière d'un peintre déterminé. Aussi Lanzi, qui compte au moins quatorze écoles en Italie seulement, est-il forcé au sujet de chacune d'elles de distinguer un certain nombre de peintres qui mêlèrent divers styles étrangers à cette école où il les fait figurer, en sorte qu'il ne reste que le nom du pays pour établir ses distinctions. On peut demander à quoi sert à l'art un pareil système de classification.

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Léonard de Vinci, Mantégna, Giorgione même, Corrégio et Poussin, sont des peintres classiques qu'on ne peut placer dans aucune école déterminée. Il en est de même de tous les peintres qui ont travaillé dans la manière de ces maîtres et qu'on doit, selon moi, désigner par l'expression de : Élève de Poussin, de Mantégna, etc., etc. Dire que les frères Zucchéro sont de l'école romaine, parce qu'ils travaillèrent à Rome et qu'ils naquirent dans le duché d'Urbin, c'est une assertion vicieuse; car ils n'eurent rien, comme je viens de le dire, de ce que Raphaël enseignait, rien de ce qu'il étudiait avec tant d'ardeur. Ceci est applicable au chevalier d'Arpino, à Carlo Maratti.Tous ces peintres, classés dans l'école romaine, seraient tout aussi bien classés dans une autre école, et j'aimerais autant voir placer ce Carlo Maratti dans l'école lombarde. Pourquoi assigner aussi cette école lombarde à Dominichino, qui le plus souvent est original ? En quoi ressemble-t-il à Gnido-Reni, son compagnon d'école, ou à Louis Carracci, son maître, ou bien à Annibal lui-même, tous peintres, dit-on, de cette école lombarde? Quand je demande en quoi il leur ressemble, on comprend assez ce qu'ici je veux dire. Les biographes se donnent une peine infinie pour s'assurer que tel ou tel peintre a été pour un certain tems élève de tel ou tel maître : que nous importe ce fait historique ? Il s'agit de savoir ce qu'il retint et ce qu'il perpétua de la manière de ce prétendu maître.

Ainsi, on pourrait abandonner les divisions par écoles de pays et adoptées jusqu'ici, et désigner les écoles par les maîtres ; on reconnaîtrait autant d'écoles ou de manières qu'il y a de peintres classiques ; on admettrait dans ces écoles de maîtres tous les peintres qui , de quelque pays ,

de quelque atelier, de quelque âge qu'ils soient, ont travaillé dans le même style et la même méthode que ces maîtres, et toute la confusion disparaîtrait. Poussin ne serait pas dit de l'école française; il serait un peintre classique et original du premier rang, et l'on ajouterait qu'il est né en France aux Andelys. On désignerait ensuite ses imitateurs, non comme peintres de l'école française seulement, mais comme étant de l'école de Poussin particulièrement. Les élèves de Léonard de Vinci, qui, né près de Florence, n'a certainement rien des Michel -Ange, des Primaticio, des Salviati, ne seraient pas appelés peintres de l'école florentine, mais bien peintres de l'école de Léonard. Il conviendrait peut-être aussi de désigner le rang que doivent occuper, selon leur mérite, tels ou tels peintres classiques, c'est-à-dire d'établir deux ou trois ordres, deux ou trois classes ou degrés différons, où chacun serait libre selon ses prédilections, de donner une place à tel ou tel peintre classique. Cependant si l'on adoptait ce mode, il ne faudrait pas reconnaître plus de trois classes. Je pense aussi que chacune d'elles ne devrait pas être très-nomibreuse, et que ces mille et mille peintres, dont les noms retentissent si souvent à nos oreilles, dont les ouvrages sont trafiqués de tous côtés, je pense, dis-je, qu'il faudrait les ranger dans la foule du Servum Pecus d'Horace et les considérer comme on considère ces chevaux, qui tout vigoureux qu'ils puissent être, ont perdu leur caractère propre et primitif, et qu'il faut bien se garder d'admettre dans les haras pour renouveler les races.

ÉCOLE FLORENTINE. MICHEL-ANGE. 10à

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