‹ Traité complet de la peintureChapitre 39 sur 114 · ÉCOLE FLAMANDE · texte numérisé non relu

ÉCOLE FLAMANDE

genre de succès dus à leur constant respect pour la vé- Fité. Mais qu'on change la définition de l'art, qu'on y prescrive la beauté et le grand choix, alors il est évident que ces mêmes Flamands ne seront point préparés pour cette lutte toute nouvelle : ils ne possèdent point par tradition les documens nécessaires pour atteindre à ces hauts secrets de la peinture , et ces moyens leur ont été jusqu'ici étrangers. N'est -on pas, d'après ces motifs, tout près déjà de louer les Flamands de leur sage réserve, d'applaudir h leur longue et honorable modestie, et d'appeler leurs tableaux d'ingénieux et d'admirables exercices? Enfin ne doit -on pas cesser d'attribuer à la bassesse des pensées, des sujets adoptés uniquement pour produire les illusions du coloris et pour établir divers problèmes techniques qui sous leurs pinceaux furent si habilement résolus ? Leurs tableaux sont donc autant de triomphes bien utiles aux modernes , puisqu'ils acheminent savamment l'art au grand but, qui est la beauté et la parfaite harmonie de la nature.

Bassesse des idées : quel injurieux reproche ! Comment parviendront- ils à le repousser ? Qu'ils accusent leurs critiques et ces mêmes détracteurs; qu'ils traitent avec mépris les prétentions absurdes de tant de peintres qui, dans toute l'Europe, donnent depuis si long-tems pour du sublime et pour des choix moraux et philosophiques , de grandes ligures sans vérité, de grands amas de groupes sans vraisemblance, de ces peintres qui étalent des grimaces au lieu de l'image vraie des passions, de sottes poses académiques très-contournées au lieu de mouvemens beaux et pleins de vie, qui enfin défigurent et ridiculisent les grands traits de l'histoire, osant s'appeler cepen-

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dant les conservateurs des grandes leçons, les peintres des belles mœurs et des faits héroïques, osant se dire enfin artistes philosophes, tout occupés des vertus nationales. Cependant on ne saurait nier que ce qu'on appelle le dessin flamand en général, ne soit entaché, surtout depuis le tems de Rubens, d'une manière dont l'origine, selon moi, vient de la manière florentine parodiée et modifiée par une autre manière qu'on propageait dans l'école d'Anvers. Car, de même que les dessins d'académies gravés d'après Vanîoo et Fr. Boucher ne donnent nullement l'idée d'une espèce d'hommes connue, mais bien d'une espèce fantastique et triviale répétée par pure routine et par ignorance, à l'époque de ces peintres influens; de même on vit en Flandre, outre les Rubens et les Crayer, une foule de peintres qui arrangeaient d'une singulière manière les formes de leurs figures, qui les chargeaient de boursouflures, recourbaient les os, et qui avaient enfin adopté une forme unique pour les deltoïdes, les gémeaux, les pectoraux, les joues et les yeux. Cette habitude était si bien une manière, que Vandyck et Rubens, dont on reconnaît les tableaux à ces pectoraux, à ces deltoïdes, devenaient cependant naturels et vrais, et offraient des joues et des yeux vrais pour tous les pays dans les portraits qui leur firent tant de réputation et dans lesquels ils se seraient bien gardés de maniérer la nature. Mais les louangeurs ne veulent point apercevoir des erreurs qui rendraient ridicules leurs exclamations. A leurs yeux ces manières ne sont point des mensonges, ces fautes sont des fautes des individus modèles, ces formes sont des formes flamandes, et ils aiment mieux accuser toute la nation flamande qu'accuser Rubens ou Vandyck, ou peut-être

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