ECOLE FLAMANDE. RU BEN S
Otlo-Veuius, Franc-Flore et autres, introducteurs de cette manière \
J'observerai encore ici l'embarras où jette le système et la division ordinaire de Lanzi par écoles et par pays. Il subdivise, il signale des modifications, des exceptions. Tel maître a, selon lui, participé d'un style tout étranger à celui de l'école dominante dans laquelle il le place ; tel autre a changé plusieurs fois de style et de manière ; enfin plus il recherche ces mélanges, ces révolutions, ces différences, moins il établit, moins il définit le caractère de l'école qu'il entreprend de nous faire connaître.
La marche sévère et retenue des Van-Eyck, des Claissens et des Messis était abandonnée. Franc-Flore et d'autres peintres avaient déjà cherché à transporter en Flandre le goût des écoles italiennes, quand Rubens parut. Nouveau Michel- Ange flamand, il fit une immense révolution dans son art. Fécond et riche dans ses productions;
1 Jusqu'où ne conduit pas la manie de renchérir sur les écrivains qui ont déjà répétaillé tous les lieux communs de la moderne critique pittoresque ? On avait osé dire que les Flamands et les Flamandes étaient construits et conformés comme les figures de Rubens; un autre écrivain sur la peinture vient de dire que c'est l'usage fréquent du beurre et de la bière qui amolit les formes que Rubens consultait pour ses tableaux. « Rubens, ajoute ce critique, se trouvait continuellement avec des hommes » et des femmes d'une nature peu noble, dont les formes ne lui présen- » taient que de la chair, de la graisse et point de muscles prononcés, mais » un coloris frais, une peau transparente et rosée. Il a peint la nature telle » qu'elle se présentait à ses yeux; ses tableaux faits en Italie, beaucoup » mieux dessinés que les autres, en sont la preuve. » Ainsi, MM. les peintres flamands, si vous voulez dessiner de belles formes, prenez la poste et fuyez le nu de votre pays, ou bien interdisez à vos modèles l'usage de la bière et du beurre. Mais non, il y a un moyen plus facile; conservez vos modèles, ils sont beaux : cependant pour les bien voir et les représenter avec art, apprenez la vraie théorie, celle des peintres de l'antiquité,
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favorisé par des événemens qui réfléchissaient, pour ainsi dire, de l'éclat sur tous ses ouvrages; presque toujours hardi, pompeux et facile, il étala avec faste le luxe de la composition et le luxe des couleurs. Animé par cette verve qui ne l'abandonna jamais; entraîné, comme malgré lui, par cette force qui fut particulière à son génie, ce grand artiste sera toujours, malgré ses défauts, l'honneur de l'art, l'honneur de sa patrie. Cependant quel assemblage barbare dans ce prodigieux talent ! Que de beautés associées à des extravagances ï Que de richesses au sein du mauvais goût ! Enfin quel langage fleuri, pompeux efe grotesque à la fois ! Souvent on est tenté de le trouver majestueux et sublime ; mais on le trouve souvent grossier, quoique riche et tout d'apparat.
Lorsque De Piles parle de Rubens, il semble vouloir le placer au premier rang et au-dessus de Raphaël. Cette prédilection assez extraordinaire , surtout dans un théoriste dont le devoir est toujours de préférer la beauté, la sublimité de la pensée, la philosophie de l'art enfin, à la fécondité, à l'éclat, à la hardiesse, quelqu'imposante qu'elle soit, cette prédilection, dis-je, provient de l'idée fausse que s'était faite cet écrivain de l'excellence de la peinture. Il considérait donc cet art plutôt comme un moyen de décoration, de luxe, de surprise et de séduction optique, que comme une poésie réellement morale dans laquelle le charme naïf de la nature dût ressortir avec toute sa force et sa simplicité.
Ne pas convenir, d'un autre côté, que cette fougue, cette énergie et cet accent constamment , élevé, toujours brillant et enflammé qui surprend dans toutes les peintures de Rubens, ne soient pas des qualités éminentes et