‹ Traité complet de la peintureChapitre 42 sur 114 · ÉCOLE FLAMANDE. — RUBENS · texte numérisé non relu

ÉCOLE FLAMANDE. — RUBENS

bruns avec les clairs, coupez les masses, appauvrissez les teintes et relâchez le pinceau, plus de Rubens, plus de rare génie ; il devient un talent ordinaire : tant il est vrai que son mérite consiste surtout dans les calculs de Toptique et non dans la sévérité de l'art, non dans la science de l'homme et de la nature.

Un grand admirateur de Rubens et vieux célibataire égoïste me disait un jour : « Convenez qu'aucun peintre » n'a joui de la peinture autant qu'en a joui ce grand » peintre. Quelle aisance ! Quelle indépendance ! Quel i» commandement ! Il ne pâlissait pas sur ses tableaux » comme tant de malheureux puristes qui font de la pein- » turc un supplice... » Certes le plaisir qu'éprouvait Rubens en peignant, ne rejaillit en aucune façon sur le spectateur qui toujours se persuade que tout tableau est fait pour lui et non pour le peintre. Que nVimportent et l'ivresse poétique de l'artiste et ses délicieux accès, ou bien encore ces louanges, ces caresses qui venaient le charmer ? Je veux que ses tableaux me réjouissent moi-même, qu'ils m'élèvent, me touchent et me fassent quelque bien; quant aux jouissances que lui procurait son art, je ne m'en occupe guère, si le grand plaisir qu'il éprouva ne m'en procure à moi-même.

Les partisans de Rubens voudraient peut-être voir vanter ici le pittoresque de ses ajustemens, ses ingénieuses inventions, ses poétiques allégories, l'élévation enfin de ses conceptions si faciles; mais qui n'a pas admiré dans Rubens toutes ces brillantes qualités, et à quoi serviraient de nouveaux éloges qu'il faudrait cependant tempérer par tant de critiques ?

Parlons maintenant d'un élève qui enfin n'a point pensé

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à singerie maître; d'un de ces élèves qui s'efforcent non de servir la manière du maître, maïs bien de se servir de lui; d'un élève, en un mot, comme on en voyait dans l'antiquité, lorsque, les maximes étant Lien comprises par chaque disciple, tous ne considéraient ensuite l'instruction qu'ils avaient acquise que comme un moyen d'être originaux en imitant aussi la nature. Si Yandyck lit dans quelques ouvrages apercevoir la manière de Rubens, on voit qu'il se proposait un tout autre but que celui d'imiter ce maître. En effet, à Venise il emprunta l'harmonie et la richesse des teintes de Tiziano ; il s'y familiarisa avec la force et le clair-obscur de Giorgione. A Londres, il abandonna des teintes trop fleuries et trop prismatiques; il en reconnut la fausseté et se rapprocha de la simple énergie des couleurs naturelles. Vandyck est un des peintres qui étudièrent le plus la peinture. Tantôt son pinceau est nourri et fondu comme celui de Corregio; tantôt il est franc, vif et résolu comme celui de PaulVéronèse. Enfin suivez Vandyck, vous perdez de vue le maître et l'élève, vous retrouvez l'artiste qui cherche à varier et à ressembler à la nature. Quels beaux portraits sont sortis de ses pinceaux ! Avec quelle simplicité il en combinait l'ensemble ! Quel art dans les ressemblances ! Quelle naïveté et quel artifice dans toutes ces peintures ! Cependant Vandyck partagea les erreurs de son tems, et rentra, malgré lui, dans le système de l'école : il voulut faire beaucoup de tableaux, et ce qu'on appelait alors de grands tableaux; il voulut trop tôt peutêtre travailler en maître et afficher une manière. Aussi n'aperçoit-on point chez lui cet amour pour l'expression des divers caractères, ni pour ces mouvemens d'action si propres à la peinture. La douleur de ses Anges, de ses

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