ÉCOLE DE POUSSIF
grand goût, mais il n'en comprit point les finesses. Quant à ceux qui, répétant sans preuves ce qu'on lit dans les livres, ont dit qu'il était ignorant dans le coloris, c'est de leur part une exagération mal énoncée, car il agissait avec un grand discernement dans cette partie qu'il ne sépara jamais de la perspective. Il importe, pour se rendre compte du coloris de Poussin, de ne considérer cette partie que séparée, comme elle doit l'être, du clair-obscur, ce qui la réduit à l'art des teintes ; dans ce cas on n<e trouvera pas que ce peintre célèbre ait en effet connu l'excellence du coloris , car ses teintes sont sans magie, sans combinaisons, sans artifice et beaucoup trop simples. La vérité de ses carnations n'est pas grande, et, comme il fit peu d'attention à la partie chimique du coloris, l'huile avec laquelle ses toiles rouges étaient préparées, a repoussé au dehors et a augmenté la monotonie de ses couleurs. Quant à l'harmonie par la dégradation du clairobscur, quant à la convenance des effets, convenance qu'il déterminait par le mode adopté, on ne saurait dire qu'il ait été un coloriste sans talent; souvent même il est très-remarquable en cette partie. Le coloris de son Déluge, par exemple, est très-bien dans le mode, et c'est, on peut le dire, un modèle en ce genre. Les effets austères de certains sujets, tels que son Moïse déjà cité, son Extrême- Onction, son Testament d'Eudamidas, sont très-bien exprimés par le caractère du coloris de ces mêmes peintures. S'agissait-il de sujets rians, calmes et doux à la vue et à l'esprit; voyez quelle physionomie charmante, quel aspect gai et gracieux il a donné à son tableau de Rebecca et à d'autres sujets analogues ! Quel parti pittoresque et poétique n'a-t-il pas pris encore dans certains paysages où il
veut nous faire voir toutes les beautés de la campagne et les plus belles parures de la terre !
Enfin Poussin est toujours philosophe, toujours poète, toujours grand peintre; il honore à jamais sa patrie, il élève et soutient l'art, et les vrais amis de la peinture lui doivent une reconnaissance éternelle.
Poussin n'a point fait d'élèves, mais il a eu des imitateurs. On ne peut pas dire que sa manière leur ait été funeste et qu'il les ait jamais égarés; il est évident au contraire que s'ils n'eussent pas eu pour guide le style noble, héroïque et toujours sage de ce maître, leurs productions fussent restées dans le néant. Poussin fut donc savant réformateur, et toute l'école française et Le Brun surtout lui sont redevables d'une partie de leurs plus beaux caractères.