COMMENT ON DOIT DEFINIR L'ART DE LA PEINTURE
J ja peinture est un art libéral qui, par le moyen des traits et des couleurs, représente les beautés de la nature.
Par beautés de la nature on doit entendre ici nonseulement les beaux objets ou les beaux spectacles, mais aussi les beautés morales et intellectuelles dont l'exposition ou la juste représentation rend, pour ainsi dire, la vertu visible, en sorte que les objets et les sujets choisis pour les tableaux familiarisant les hommes avec le sentiment et l'idée du beau ou de l'harmonie, concourent à les rendre et meilleurs et plus heureux.
La définition qu'on a donnée jusqu'ici de cet art a été ou incomplète ou équivoque. En effet, on lit dans la plupart des livres que la peinture est l'art d'imiter les objets de la nature, en sorte que, selon ces livres, la vérité d'imitation serait le but et la fin de cet art, et que représenter
2l6 DÉFINITION DE LA. PEINTURE.
excellemment, ce serait être peintre excellent. De Piles, dans son Cours de Peinture, dk : « L'essence et la défi- » nition de la peinture est l'imitation des objets visibles » par le moyen de la forme et des couleurs. Il faut donc » conclure que plus une peinture imite fortement et fidè- » lement la nature, plus elle nous conduit rapidement et » directement vers sa fin, qui est de séduire nos yeux, et » plus elle nous donne en cela des marques de sa véri- » table idée. » Cependant tous les écrivains n'en sont pas restés à cette définition incomplète, et plusieurs ont reconnu que si cet art si agréable semble d'abord n'être destiné qu'au plaisir des yeux, on lui découvre, en y réfléchissant bien, une destination plus relevée. La plus légère connaissance des écrits de l'antiquité devait suffire d'ailleurs pour redresser toute erreur à cet égard, et quant h De Piles lui-même, il était trop judicieux pour ne pas mieux sentir la vraie définition de la peinture, quoiqu'il l'ait mal exposée. Aussi dit-il ailleurs : « La peinture ne » s'accommode point des choses ordinaires, et le médio- » cre ne se peut souffrir tout au plus que dans les arts qui » sont nécessaires à l'usage ordinaire, et non dans ceux » qui n'ont été inventés que pour l'ornement du monde » et pour le plaisir. Il faut donc que la peinture ait quef- » que chose de grand, de piquant, d'extraordinaire, capa- » ble de surprendre, de plaire et d'instruire. » On voit qu'il est essentiel de s'entendre sur tous ces points, et que le moindre désordre peut embrouiller cette question.
L'imitation n'est que le moyen de la peinture, son but c'est la beauté ou l'harmonie; car la beauté dans son acception physique et morale, est le but de tous les arts libéraux. Que de peintres cependant qui, confondant le moyen