‹ Traité complet de la peintureChapitre 55 sur 114 · CE QU'ON DOIT ENTENDRE PAR IMITATION · texte numérisé non relu

CE QU'ON DOIT ENTENDRE PAR IMITATION

Josiïé Reynolds est un de ceux qui ont le plus insisté pour démontrer que ce n'était pas l'illusion qui était la fin de l'art. Cette idée, qui était alors neuve, parut trèsphilosophique; mais celui qui en abuserait (et plusieurs artistes de l'école anglaise en ont abusé) tomberait dans un écueil fatal, et donnerait à penser que le but de la peinture n'est pas l'imitation vraie, mais bien l'invention ingénieuse et fantastique. Quelques-uns ont dit : il ne faut pas imiter la nature telle qu'elle est. Ce conseil a révolté beaucoup de personnes. En effet, que faut -il imiter, si ce n'est la nature et telle qu'elle est ? Mais on voit qu'il ne s'agissait que de s'entendre sur ces mots nature, représentation, choix et individus. Cependant à quel degré, demandera-t-on , faut-il porter la justesse de représentation, ou, s'il est vrai que l'illusion soit impossible et que la fin de l'art soit la beauté, jusqu'où doit-on perfectionner l'imitation ? Cette question me paraît à peu près déraisonnable; car, puisque les forces humaines sont limitées , puisque des compensations dédommagent dans tous les arts de certaines faiblesses inhérentes à l'art et inhérentes au talent, comment peut-on décider quelque chose d'exact sur cette question ? On sait bien que de petites fautes dans l'imitation n'empêcheront pas qu'un tableau ou un poème n'atteigne le but et n'offre le résultat du grand secret, celui d'émouvoir et de troubler les spectateurs dans la vue de leur faire en résultat quelque bien; mais les petites fautes n'en sont pas moins des fautes, et sans elles le succès eût été plus complet.

Une question bien plus importante serait de savoir si le peintre doit exprimer avec le même degré de justesse tous les objets indistinctement, c'est-à-dire, s'il est permis au

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