‹ Traité complet de la peintureChapitre 57 sur 114 · CE QU ON DOIT ENTENDRE PAR IMITATION. 22J · texte numérisé non relu

CE QU ON DOIT ENTENDRE PAR IMITATION. 22J

bens, Vandyck, Tiziano, Paul Véronèse, tous hommes d'un très-grand sens, ont le plus souvent évité ces faux calculs.

Cette théorie, qui ne fait pas considérer la vérité de représentation comme étant tout l'art, est évidente dans les productions antiques. Non-seulement les anciens font voir dans leurs bas-reliefs qu'ils ne les regardaient pas comme susceptibles d'illusion, mais ils nous font voir par leurs nombreuses peintures exécutées sur des fonds monochromes, par plusieurs figures peintes sur des vases et représentées assises ou appuyées sans l'indication même du support ou du siège où elles sont censées reposer,- ils nous font voir, dis-je, ainsi que par bien d'autres exemples, que, tout en cherchant la vérité d'imitation (et certes Phidias et Protogène la cherchaient dans leurs ouvrages) , ils conservent un ordre qu'on peut et qu'on doit souvent suivre dans les degrés de vérité applicable à certains objets. Quant à leurs statues en particulier, la manière dont en sont traités les accessoires, manière que nous appelons large, mais qui n'est dans le fait que le résultat d'un calcul sage et excellent, cette manière, dis-je, pleine de vérité néanmoins par l'effet de savantes indications, nous apprend assez la théorie des écoles grecques sur ce point.

Ainsi, la plus grande sévérité, la plus grande justesse et la naïveté dans l'imitation, sont indispensables (personne ne le nie ) pour arriver à la fin de l'art qui est la beauté de la nature. Mais ce maximum de justesse et de similitude par l'imitation étant observé dans les objets principaux de la représentation, les objets accessoires ne doivent point le leur disputer par une perfection supérieure ; ils doivent au contraire le leur céder un peu en ce point,

sans toutefois s'éloigner en rien de la justesse optique et géométrique, c'est-à-dire du caractère naturel dans les formes et du caractère perspectif dans leur apparence ; enfin sans apporter dans le spectacle la moindre invraisemblance.

D'ailleurs , si le spectateur place son intérêt dans la figure ou dans les figures d'un tableau, c'est là qu'il place surtout l'idée de la vérité; or, si cette idée de vérité est détournée et placée par le peintre sur un accessoire, il éloigne le spectateur du but qui est l'unité d'intérêt. Au reste la beauté principale doit être toujours fixée et son unité déterminée sur un point, et c'est ce point qu'il faut rendre plus vrai ; car les autres points ayant un intérêt gradué, l'imitation doit se graduer selon cet intérêt décroissant. Ne peut-on pas dire que c'est une espèce d'insulte faite au spectateur que de lui offrir, au lieu d'une figure vraie, quelques misérables accessoires qui seuls sont imités jusqu'à l'illusion ? Que cette théorie entre bien dans l'esprit de l'élève, et jamais les importunités des puristes prétendus ne le séduiront, lorsqu'ils tenteront de diriger ses efforts vers l'illusion d'un détail ou d'une niaiserie.

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