‹ Traité complet de la peintureChapitre 6 sur 114 · DE LA PEINTURE DU MOYEN AGE EN GRÈCE · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE DU MOYEN AGE EN GRÈCE

JLjes beaux-arts languissans en Orient sous les derniers empereurs, trouvèrent une nouvelle vie dans le triomphe du christianisme. Constantinople s'enrichissant peu à peu par la fastueuse magnificence de Constantin, vit bientôt élever dans son sein des temples dédiés au Sauveur du monde, à sa mère, aux apôtres, etc. Les arts empruntés à l'antique Grèce furent donc employés avec une religieuse avidité, et un luxe sacré fut enfin substitué aux misères des catacombes. Les autels souterrains se relevèrent au milieu d'églises brillantes de parures, et l'encens d^s divins sacrifices alla se confondre avec les chants des chrétiens dans les voûtes immenses des nouvelles basiliques. Les plus belles statues de la Grèce ornaient même ces nouveaux temples , et tous ces dieux du paganisme humilié semblaient autant de captifs rendant témoignage au nouvel éclat de la religion du Christ. Cependant l'opulence repoussa souvent la simplicité, et, si quelquefois la pureté antique se retrouvait dans les arts, elle était dépourvue de ces charmes vivans et de ces grâces qui lui avaient donné tant d'éclat sous Périclès et sous Alexandre.

A cette époque, les vêtemens des Grecs commencèrent à perdre de leur ancien caractère. Le mauvais goût et la profusion s'introduisant peu à peu, les artistes furent plus occupés à représenter les riches bigarrures des étoffes et 'des ornemens, qu'à répéter les beautés du nu : ils lais-

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scient donc les plus belles parties de l'art dans l'abandon. Les monumens, et surtout les peintures de ce tems, nous font voir cette altération qui devint sensible et remarquable dans tout le costume, dans le goût des meubles, des ustensiles, dans la forme des chars, l'équipement des chevaux, etc. , etc. ; la colonne théodosienne seule en offre de nombreux exemples. Cette corruption n'était point empêchée par la contemplation de tous les modèles excellens conservés à Gonstantinople : les lampes, les candélabres, lés châsses, les vases, tous les instrumens du culte chrétien étaient déjà plus chargés, plus confusément ornés, moins conformes enfin à leur vrai caractère. On peut donc être étonné que tant de beaux modèles antiques n'aient pas perpétué les bons artistes, même au milieu des plus grands obstacles.

Cependant dire qu'il ne resta plus rien de l'ancienne simplicité, de la grandeur et de la dignité si essentielle à la majesté de Fart, ce serait peu connaître la marche de l'esprit humain, et l'on doit même conjecturer que de même que certains empereurs à Rome firent imiter, soit par goût, soit pour purifier l'art, l'ancien style de la sculpture grecque, de même on vit certains artistes de ces tems, par des motifs qu'on ne saurait précisément déterminer, reprendre les antiques caractères des écoles et reproduire des réminiscences du beau. En général les caractères de l'école grecque du moyen âge sont la gravité, la dignité et même la beauté, quoique cette dernière ne soit indiquée que par de faibles moyens \ Cette école offrit constamment

1 Les personnes qui n'ont pas vu les grandes mosaïques des plus anciennes églises, peuvent consulter entr'autres les gravures de Ciampini, et surtout celle qui représente la Mosaïque de Sainte-Agathe de Ravcnne,

des figures d'un goût élevé et sévère; elle brilla de l'éclat des couleurs de l'Orient, et propagea ce grand et antique problême : la magnificence dans la simplicité. Ainsi donc on peut dire que tant que subsista le trône des empereurs d'Orient, Constantinople ne cessa de donner des lois dans les arts à toute l'Europe \ Tant de modèles grecs encore subsistans, les mœurs et les coutumes des Grecs conservant toujours quelque chose de leur antique caractère, la déférence des écoles de toute l'Italie et même du Nord pour l'école grecque, toutes ces causes propagèrent le respect pour les anciens documens. Mais aussitôt que cette moderne capitale de l'Orient devint la proie de Mahomet II,

tom. i, tab. 45, ainsi que la gravure tab. 54, et beaucoup d'autres de cet ouvrage, qui feront connaître la noble simplicité du style grec de Constantinople. Il est à remarquer que les artistes que l'Italie attirait de cette ville, étaient plutôt des mosaïcistes que des peintres proprement dît. Il est fâcheux qu'ils se soient si servilement répétés dans leurs idées. Cependant, en considérant avec attention leurs ouvrages, on y découvre plus de variété qu'on ne l'aurait cru d'abord, et ils ont cela de commun avec toutes les antiques qui sont fort différentes entr'elles pour celui qui les considère avec soin et sans prévention.

1 II paraît que les modèles grecs furent préférés en Italie jusqu'à Cimabué, à tout ce que l'on produisait alors, en sorte que, malgré les progrès que la peinture fit avant Cimabué, soit à Venise, soit à Sienne, soit à Boulogne, soit à Rome ou à Naples, c'étaient toujours les ouvrages faits en Grèce, avant la conquête des Turcs, qui étaient les plus admirés. A Florence, en 10 13, on plaça dans une mosaïque de l'église de Ste-Miniate une tête de Christ d'un style évidemment grec, différent de tous les types connus jusqu'alors et le plus noble que le moyen âge nous ait transmis. Théodoric de Prague et Nicolas Wurmser de Strasbourg, qui fleurirent en 1327, font voir par le goût de leurs tableaux, dont deux sont à Vienne, que le style de cet âge dans le Nord était tout à fait conforme au style grec de Constantinople. D'autres fragmens de ce tems fortifient cette observation.

et qu'elle fut considérée par toute l'Europe comme la cité profane d'où émanait le fléau terrible de la chrétienté, les arts de la Grèce perdirent peu à peu en Europe leur considération; les chefs-d'œuvre admirables, échappés de cette contrée fameuse, n'excitèrent plus le même enchantement; les marbres animés des écoles antiques furent muets et eurent besoin d'interprètes; le silence imposé aux Muses de l'Attique fut aussi imposé à la sculpture et à la peinture, et dès ce moment, lorsque les artistes déjà corrompus furent intéressés à les interroger, ils n'en reçurent que quelques préceptes bienfaisans sans pouvoir presque jamais s'identifier avec un si noble langage. L'art cessa donc aussitôt dans la Grèce envahie par les turcs : Mahomet y trancha le fil de la peinture et l'air pur de ces belles contrées répétant autrefois tant de poésies mélodieuses, ne retentit plus que d'effroyables clameurs ; le lourd turban remplaça les couronnes fleuries, et le doliman grotesque fit disparaître l'élégante clamyde. La religion de Mahomet bannissait de la Grèce les artistes, mais la religion du Christ les appelait en Italie où ils trouvèrent un refuge. Cependant un nouveau goût, un goût étranger au goût antique s'introduisit dans les nouvelles écoles, et rien ne lia plus les artistes de ces tems à ceux de l'antiquité.

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