CE QU'ON DOIT ENTENDRE PAR REAUTÉS DE LA NATURE
que cependant sa beauté résulte seulement de sa grande vérité ; mais qui assurera que cette vérité Ti'est pas le résultat du choix et de l'unité de caractère (il s'agit ici du beau de convenance) ? Qui nous assurera que si les combinaisons optiques ne sont pas du meilleur choix et du meilleur ordre, l'artiste n'a pas pensé au moins à éviter les laideurs des lignes et les dissonances, qu'il n'a pas obéi enfin à l'harmonie oculaire ? Le fameux groupe de Ménélas est dans ce cas : on est tenté de croire que le statuaire ne s'est guère occupé de l'arrangement dans ces deux figures. Si le beau de combinaison optique plaît peu sans le vrai, s'ensuit -il que le vrai s'obtienne sans combinaison? Un mélange de vrai et de laid n'^t-il pas un mélange pénible et qui tient l'esprit dans la perplexité? Il y a des ouvrages demi-vrais et laids, qui déplaisent; tels sont ceux de Cranach et souvent d'Albert-Durer, de Pigale, etc. Il y a des ouvrages demi-beaux et faux, qui déplaisent encore; tels sont ceux de Pierre de Gortone et de son école, tels sont les ouvrages de sculpture dits-à-Ja façon antique, c'est-à-dire, dont la disposition et la partie optique est à demi-belle, mais dont la fausseté d'imitation 'est repoussante. Si donc îes ouvrages modernes ont un accent si différent des ouvrages antiques, c'est qu'ils ne sont ni aussi beaux de combinaison, quoiqu'on ait voulu viser à cette qualité, ni aussi vrais de représentation, quoiqu'on n'ait voulu qu'être vrai.
Terminons ces réflexions en disant que les personnes qui voudraient voir deux buts, deux fins dans l'art de la peinture, et qui lui trouveraient deux destinations différentes, celle de plaire par le beau et celle de plaire par la vérité seule, ne s'aperçoivent pas qu'elles sortent de l'unité tome m. 16
î?4^ DÉFINITION DE LA PEINTURE.
de définition de cet art considéré comme art libéral. En effet, les peintures qui plaisent par la justesse de la représentation seulement, telle serait celle d'une fleur, d'un oiseau imité jusqu'à l'illusion, ces peintures appartiennent bien à l'art de représenter, mais non à l'art complet et un de la peinture, pas plus que les veines et les teintes des marbres dans les peintures de décors ne lui appartiennent. Le portrait le plus vrai qu'on puisse imaginer, fût-il aussi vrai que l'exprimerait une glace, ne sera pas tel qu'il doit être, tel que l'art le prescrit, si le caractère, la physionomie et l'attitude ne sont pas conformes au vraisemblable, au beau moral et enfin au beau optique , toutes conditions qui font* partie essentielle de l'art de la peinture. Enfin plaçons ici le mot fort simple de M. Dazara : « Qu'a de » commun, dit-il, la représentation avec la beauté? » La représentation sans doute a son mérite particulier; mais si l'original n'est pas beau, la copie ne peut certainement pas être belle, quelque ressemblante qu'elle soit d'ailleurs. En voilà assez, je pense, et peut-être trop, pour expliquer la différence qui distingue les mots imiter, représenter, être vrai et naturel, faire beau, choisir et copier.