DES MOTS BEAUX-ARTS, ARTS LIBERAUX
de faire ressortir des muscles, sans que cela convienne toujours au sujet. Qu'éprouve, que ressent le public en présence de leurs tableaux? Le plaisir des yeux seulement. Pourquoi ? Parce que, pour toucher, émouvoir et fixer les hommes, c'est à leur ame, c'est à leur sentiment conservateur qu'il faut s'adresser, et c'est de leur tendance vers le beau qu'il faut savoir toujours tirer parti.
Terminons en disant que s'il est vrai que cette condition de l'art, je veux dire le beau, soit la plus difficile à atteindre (au moins l'art des modernes le laisse-t-il à penser) , cette difficulté peut être surmontée cependant par tout artiste qui se pénétrera bien de la définition de son art, et qui, fort de cette idée et étudiant les secrets de ce beau, saura par ce moyen agrandir et exalter ses facultés. Il finira même par égaler les anciens, pour lesquels imiter la nature et exprimer la beauté était une seule et même chose.
Observations sur l'emploi des expressions Beaux- Arts, Arts libéraux.
N'ayant rien aperçu de positif dans les écrits au sujet des expressions beaux-arts et arts libéraux, j'ai cru devoir essayer de remonter à l'origine de la question, et de débrouiller ce qu'il y a de confus et de vague sur ce point. Considérons donc la cause de la tendance universelle de l'homme vers le beau, mais reprenons-la de très-haut.
L'homme , résultat d'une essence toute divine , tend constamment à remonter à son origine suprême. Nonseulement son corps, qui doit périr, a pour besoin l'utile et le beau , mais son ame impérissable a constamment pour désir et pour but l'harmonie ou la perfection. Quelles
que soient les causes qui déguisent chez l'homme cette tendance et cette aptitude du physique et du moral, quels que soient les effets de la rouille que des erreurs acquises, que les mœurs et leurs vices accumulent sur tout son être, quelles que soient ces causes, dis-je, l'homme, ouvrage de Dieu, est plus que susceptible du sentiment du beau et en a plus que l'idée ; il est essentiellement formé pour atteindre à la perfection. Et, puisqu'il est composé d'une ame et d'un corps, puisqu'il est sensible, puisque sa vie n'est qu'un besoin continuel de l'une et de l'autre , tout ce qu'il produit doit tendre à la perfection. L'homme dans tout ce qui sort de ses mains et de son génie, comme dans tout ce qui l'environne, juge naturellement les degrés de cette perfection, il les distingue, il les compare, et bien qu'il ne puisse que rarement atteindre à ces degrés les plus élevés, il en a néanmoins l'idée innée, et il les préjuge par sentiment. La vie de l'ame n'étant en effet qu'un sentiment constamment actif et un désir continuel du beau.
Je crois qu'on peut s'appuyer sur ces propositions un peu abstraites, mais nécessaires à cette question, et qu'on doit conclure de suite que chaque espèce de production des hommes a son caractère libéral associé à son caractère mécanique (j'adopte ici ces deux expressions avec l'acception qu'on leur donne ordinairement). On aperçoit déjà que la distinction qu'on a coutume d'établir entre les arts mécaniques et les arts libéraux, pourrait bien être dénuée de fondement, bien qu'on désigne ceux-ci en disant qu'ils sont ceux dans lesquels l'esprit a plus de part que la main. Quant à la distinction qui a été faite entre les sciences et les arts, elle est juste, parce que la science