DES MOTS BEAUX- ARTS, ARTS LIBÉRAUX
ne suppose pas toujours la pratique, et que les arts supposent toujours la théorie ou la science. Disons ici en passant, et sauf la considération du plus ou du moins d'utilité relative de certains arts et de certaines sciences, que les arts devraient être placés et estimés au-dessus des sciences, par cette seule raison qu'ils supposent d'abord la science et de plus la pratique de la science.
On vient d'apercevoir, je pense, que la démarcation qui sépare des arts mécaniques les beaux-arts, est vague et arbitraire. En effet, dans les arts dits mécaniques et industriels, le prétendu artisan n'a-t-il donc pu porter à un très-haut degré le résultat de ce sentiment inné du beau ou la partie libérale qu'on semble refuser à sa profession ou à son art ? Ne paraît-il pas choquant parfois d'appeler exclusivement du nom de mécanique ou d'industriel ce qui est travail de l'esprit comme de la main ? C'est ainsi, par exemple, qu'un ébéniste, un serrurier, un tapissier, un potier, un carossier et tant d'autres, lorsqu'ils produisent des ouvrages excellens, c'est-à-dire, dans lesquels à l'utile et par conséquent au solide, au durable et à la commodité, est unie la convenance dans les formes, la beauté pour l'œil, la grâce ou la dextérité dans l'exécution, et de plus la perfection de la matière, c'est ainsi, dis-je, que ces artisans ont le droit de revendiquer le titre d'artistes qui leur est néanmoins et leur sera toujours contesté par les architectes, les sculpteurs, les peintres, les musiciens, etc. Pourquoi ce titre leur est-il contesté ? Parce qu'en effet, pour produire un excellent tableau ou une excellente statue, il faut bien plus de génie et de talent que pour produire un excellent carosse, un excellent meuble, un excellent outil. Cette prééminence existe, on ne saurait
le nier, elle est incontestable : cependant qui empêche de la concilier avec une définition tout aussi juste, tout aussi raisonnable et incontestable elle-même? Il faut donc dire que dans tous les arts, quels qu'ils soient, il y a le technique et le libéral ou le beau. Qu'entend-on donc par arts libéraux ? Le danseur dans nos drames de théâtre exercet-il un art libéral? Oui, diront les uns; mais d'autres diront non. L'acrobate, l'écuyer, le pianiste, sont-ils des artistes? Non. Ce sont donc des artisans? Non. Notre vocabulaire serait -il donc en défaut ? Très-probablement. Les anciens avaient des noms particuliers fort bien imaginés pour distinguer les diverses sortes d'artistes, les statuaires, les sculpteurs, les plasticiens, les toreuticiens, etc. , etc. Par le terme général fictores, les Latins entendirent les artistes occupés des arts d'imitation : mais ontils désigné en particulier chacun des divers arts libéraux, et nous ont-ils appris la distinction qu'il convient de faire positivement entre l'art industriel et l'art mécanique? Je l'ignore. C'est à l'érudition à s'exercer sur cette recherche. Au reste peu nous importe ici leur usage à ce sujet, c'est de notre dictionnaire qu'il s'agit, ainsi que des justes définitions dont il nous faut convenir.
Je pose donc en fait que la condition de ce libéral existe et doit exister dans l'œuvre de l'artisan, et j'ajoute quel que soit cet artisan, quelle que soit cette espèce d'oeuvre. C'est à cette proposition, qui me semble nouvelle, que je voulais venir, c'est cette question que je voulais toucher, parce qu'elle se lie à celle que nous traitons dans ce chapitre-ci, où il s'agit de démontrer que tous les hommes désirent le beau choix en peinture, vérité que je tâche ici de prouver en démontrant qu'ils le cherchent même