‹ Traité complet de la peintureChapitre 64 sur 114 · DES MOTS BEAUX-ARTS, ARTS LIBÉRAUX. 2Ô · texte numérisé non relu

DES MOTS BEAUX-ARTS, ARTS LIBÉRAUX. 2Ô

dans les productions quelconques des arts mécaniques ou industriels. Il est vrai que les arts qu'on a cru devoir appeler libéraux, sont effectivement ceux dans lesquels l'auteur emploie plus son intelligence que sa dextérité, plus son sentiment que son outil, plus la philosophie que le simple calcul matériel, plus les moyens du génie enfin que l'habileté de la main. Mais, comme il n'était pas aisé de composer exactement la liste de tous les arts qui sont dans ce dernier cas, puisque selon les sujets qu'on traite il convient d'employer plus ou moins des unes ou des autres conditions ou facultés, on est resté jusqu'ici dans le vague au sujet de ces démarcations imaginées et établies souvent sans nécessité. Cela me semble suffisant pour démontrer l'inutilité des questions suivantes : la poésie est-elle un art libéral? La danse, l'escrime, l'art de l'ingénieur, l'art des jardins , l'art du typographe , etc. doit-il être rangé au nombre des arts libéraux ? Aujourd'hui un comédien s'appelle artiste; mais celui qui joue le rôle d'Agamemnon dans la haute tragédie contestera le titre d'artiste au petit Scapin de nos foires. Le peintre d'enseignes, qui représente des chapeaux, des dentelles, des plats d'écrevisses sur les murs, n'entendra pas que le peintre homérique lui refuse le titre d'artiste. Aussi l'emploi du mot peintre d'enseignes ne résout-il point la difficulté. Qu'on dise peintureur, pour désigner celui qui appose de plates couleurs sur les volets ou sur les portes, cette distinction n'est point de trop ; mais qu'on refuse le titre d'artiste à celui qui peint avec vérité, élégance et convenance les festons de pampre et la grappe pendante sur la façade d'un cabaret, et dont le pinceau décore par de gracieux ornemens, par des couleurs bien choisies le magasin d'une modiste

ou l'intérieur d'un café, celte rigueur semble une injustice, et notre vocabulaire devrait être prêt pour la réparer. Pourquoi tel ou tel peintre rougirait-il du nom de peintre d'enseignes, si les enseignes qu'il a peintes sont telles qu'elles doivent être ? Pourquoi aussi ce peintre ne seraitil pas appelé artiste ? Car tout artisan est artiste dans ce sens qu'il a dans son ouvrage observé la condition libérale, essentielle à toutes les productions des arts. D'ailleurs les habiles décorateurs de théâtre, les peintres de fêtes publiques, les peintres et émailleurs de bijoux, ne sont -ils pas appelés artistes ? On voit que, malgré nous, nous détruisons les démarcations inconsidérées qu'apporte le langage. Enfin le peintre sans génie qui expose au salon un tableau bien peiné et plein de contresens, de laideur et de choses triviales, est-il plus artiste que celui qui dispose avec intelligence les décorations d'un palais, qui touche avec esprit des ornemens pleins de goût et de caractère, qui atteint enfin à son but et satisfait tous les spectateurs ? Je reviens donc à dire que la distinction qu'on a cru devoir établir entre artiste et artisan me semble adoptée sans examen. Bien qu'elle serve à s'entendre, quand on généralise, quand on veut, par exemple, indiquer, soit les grands peintres, soit les grands sculpteurs, elle est impropre, lorsqu'il s'agit de désigner certains artistes artisans, certains artisans artistes.

Mais il reste encore à expliquer plus clairement cette vérité intéressante, savoir, que la condition de libéral existe dans toutes les productions de l'artisan ou dans tous les arts industriels quelconques. Cette proposition sera peut-être démontrée naturellement par quelques exemples. Quand on choisit dans un magasin un outil quelconque entre

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