‹ Traité complet de la peintureChapitre 70 sur 114 · RELIEF VÉRITABLE ASSOCIE A LA PEINTURE · texte numérisé non relu

RELIEF VÉRITABLE ASSOCIE A LA PEINTURE

les personnes qui ont vu la voûte de l'Annonciade de Gênes et celle du Jésus à Rome, par Baccicio, voûtes sur lesquelles l'on fit entrer des figures en relief dans l'ordonnance générale, ne trouvent point que l'effet en soit satisfaisant.

Les sculptures en cire coloriée semblent offrir une imitation plus complète de la nature que ne peut le faire la peinture ; cependant ces imitations plaisent beaucoup moins que des tableaux. Une sculpture en pierre ou en plâtre colorié, fait une illusion plus complète au premier abord que celle qui conserve la couleur uniforme de la matière, et pourtant elle cause bien vite une impression moins agréable ; à la fin même, elle est tout à fait ridicule: nos églises en offrent assez de preuves. Tous ces saints, toutes ces madonnes, toutes ces figures de calvaire, si barbares, si horribles par leurs formes, sont bien plus repoussantes, lorsqu'elles ont été barbouillées de couleurs par les plâtriers. Car, outre l'impossibilité d'imiter la carnation diaphane, la transparence des yeux et les variétés des teintes, imitation à laquelle se refuse la matière sculptée, l'altération des couleurs à huile finit par faire de ces figures autant de bilieux, de scorbutiques ou d'agonisans.

Il faut donc répéter que ce n'est point parce qu'une imitation produit une illusion plus complète et approche davantage de la vérité, qu'elle a droit de nous plaire, mais parce que ses effets sont produits par des moyens dont on n'attendait pas de si heureux résultats. Si les moyens sont grossiers, peu industrieux, ou même seulement trop faciles, leur produit ne nous laisse aucune surprise.

Citons Diderot : « Dans tous les cas, dit-il, l'unité d'i- » mitation est aussi essentielle que l'unité d'action, et

» confondre ou associer intimement deux manières d'i- » miter, est un moyen barbare et d'un goût détestable. » Voilà un principe que les anciens ont respecté par ins- » tinct, mais que je n'ai jamais lu dans aucune poétique, » quoique ce soit un principe essentiel et fondamental. »

Diderot a donc bien compris, a donc clairement révélé la nécessité de cette unité d'imitation qui en effet est une loi qu'il en coûte toujours d'enfreindre. Chaque art a son domaine, son caractère et ses ressources. On ne doit ni sortir de ce domaine et de ce caractère, ni chercher des ressources étrangères, car ces emprunts ne sont pas la richesse, mais les misères d'un art. Des gravures enluminées ne sont plus la gravure; des sculptures peintes ne sont plus la sculpture ; des peintures avec bossages ou avec dorures ne sont plus la peinture; et, si les anciens ont associé les mélaux précieux et les pierres rares dans leurs figures sculptées, attribuons cela à d'antiques idées de vénération, consacrées seulement pendant quelque tems. Remarquons en effet qu'elles ont été abandonnées peu à peu par le bon sens et la saine raison. (V. sur cette question ce qu'a dit M. Quatremère de Quincy.)

Enfin Fart plaît avec ses seuls moyens, et déplairait s'il tentait de s'aider des moyens d'un autre art. Sans cette vérité bien évidente, on réserverait plus d'admiration pour Prévôt, excellent peintre de panorama, que pour Léonard de Vinci ou pour Vander-Heyden; on ferait plus de cas des cosmorama et des diorama, que de tous les tableaux de Raphaël ou de Tiziano. D'ailleurs ce plaisir, relatif à la distance qu'il y a entre l'imitation et les moyens de l'art qui imite, est-il le principal ou l'unique plaisir qu'on ressent par les beaux-arts? Et leur but étant moral,

l'illusion n'est-elle pas une satisfaction fort subordonnée aux vraies jouissances du cœur? Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'employer une métaphysique fort subtile, ni une analyse fort recherchée et fort étendue, pour démontrer une chose aussi simple que cette vérité relative aux limites de chaque art : tout le monde en convient facilement. Au reste on voit peu de tableaux sur lesquels on associe aujourd'hui du relief véritable. C'est donc par l'art de la touche seulement et par la perspective qu'un peintre doit enfoncer la toile et faire saillir les objets. Aux chapitres 5s 6 et autres je me suis attaché à démontrer les secrets techniques de ce moyen si efficace, mais si rarement, on pourrait dire presque jamais, exposé dans les écrits sur la peinture.

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