PLAFONDS ET COUPOLES
réfléchit que les décorations de théâtre sont des résultats aussi ingénieux des mêmes lois de la perspective. Dans la coupole des invalides à Paris, l'épée de S* Louis a je ne sais combien de brasses de long sur l'immense superficie courbe, qui de près semble peinte à coups de balai. Qu'est-ce que cela a de surprenant pour quelqu'un qui doute si les moyens de l'art sont bien difficiles à employer dans ce cas ? Le public se demande plutôt comment a pu être construit l'échafaud qui supportait le peintre et quel était le diamètre de sa palette. En un mot, se donner de telles tâches à remplir, c'est distraire le public du noble but de la peinture, c'est plutôt viser au charlatanisme de l'art qu'à sa perfection.
Quant à moi, je ne vois pas pourquoi l'on s'avise de peindre dans le creux d'une voûte des tableaux qu'on verrait beaucoup mieux en d'autres places. Déchiffrer ce que représentent des mannequins dont les genoux touchent le front, des personnages gauches par leurs raccourcis et juchés en l'air sans vraisemblance, c'est, selon moi, une jouissance bien fatigante. Un tas de figures rangées en cercle dans une coupole me paraissent un spectacle aussi burlesque qu'insipide; leur point de vue les rend toujours aussi déformées que la face raccourcie de l'admirateur qui, la bouche ouverte, se rompt les vertibres du cou et se fatigue la vue, pour déchiffrer ce que toutes ces couleurs signifient.
Lorsque Mengs peignit dans un plafond de la villa Albani son tableau du Parnasse, sans le faire, comme on dit, plafonner, Dazara chercha à justifier ce peintre. On peut consulter ce qu'écrivit depuis à ce sujet cet ambassadeur érudit dans l'édition qu'il publia des Œuvres
de Mengs. Ii y démontre que les anciens ont eu raison de rejeter les raccourcis et de ne point faire plafonner leurs figures, et il cite encore à l'appui de cette défense les plafonds de Raphaël au Vatican où les figures sont placées comme sur un champ qui pourrait être vertical. La justesse des observations de Dazara sera sentie par tout le monde, et on applaudira toujours aux peintres qui, dépendans de cette routine moderne et de commande, cherchent à en sauver l'abus en raccourcissant le moins possible leurs figures dans ces coupoles. Mais ce même ménagement ne satisfait personne pleinement , et prouve qu'il en faut revenir à l'aspect naturel et agréable, et composer ses sujets en conséquence.
Dans le Traité de perspective du père Pozzi, on trouvera beaucoup de choses sur la théorie de la peinture des plafonds; mais Bosse a dit, d'après Desargues, des choses encore plus utiles sur cette question.
Ce n'est pas le cas d'entreprendre de prouver que la fresque est bien préférable à la peinture à huile, trop sourde pour de pareilles décorations, et qu'on ferait encore mieux de les peindre soit à huile d'olive qui semble ne devoir point noircir, soit à l'encaustique. ( Yoy. ce qui sera dit à ce sujet aux chap. 591, 594, etc.)
Je sais que quelque raisonnable ou mordante critique que l'on fasse aujourd'hui de l'usage barbare de peindre des sujets historiques en haut et en raccourci sur des plafonds, coupoles, pendentifs, voussures, etc., elle sera sans effet sur l'esprit des gens ignorans et comptant sur l'ignorance des autres. Je sais qu'elle a été sans effet sur l'esprit des hommes chargés dans tous les tems d'étaler le luxe des arts; chargés de faire croire qu'on produit de grandes