DES INSCRIPTIONS AJOUTÉES AU TABLEAU
» s'est plu quelquefois à plaisanter sur l'usage des inscriptions qui, selon les écrivains, étaient placées sur
certaines peintures des anciens : et on a même paru choqué de ce moyen qu'on appelait barbare, et qui devait, disait-on, détruire toute l'illusion. Mais ces critiques, comme bien d'autres, ne proviennent que de ce même malentendu que j'ai déjà signalé au sujet de la définition de la peinture, dont le but n'est point l'illusion ou la déception de la vue, et qui ne se propose point de faire prendre pour réelles les choses qui sont représentées par des couleurs. Son but étant donc d'intéresser l'esprit et d'émouvoir le cœur, il est certain que quelques mots d'inscription placés sur le tableau concourraient à ce but, en rendant le tableau plus frappant et plus intelligible.
La peinture, bien que devant être vraie, ne se communique pas toujours par un langage vulgaire, et il peut arriver que les spectateurs n'entrent pas immédiatement dans les idées et les sentimens exprimés par le peintre. Philostrate dit en la vie d'Apollonius : « Personne ne peut » louer ni examiner convenablement l'Ajax deTimanthe, » si d'avance on ne l'imagine et on ne le comprend dans » sa pensée, se tenant à l'écart, affligé du massacre qu'il » vient de faire des troupeaux, et résolu de se tuer de ses » propres mains. »
« En contemplant à Rome les tableaux, dit Mme Dubo- » cage, dans ses Lettres sur l'Italie, j'ai senti qu'un dessin » coloré donne plus de travail à l'esprit du spectateur, » qu une description au lecteur : si on est obligé de rap- » procher quelquefois les traits d'un poème, on l'est tou- » jours, pour comprendre un tableau, d'en approfondir » les ombres, relever les éminences, prolonger les dis- » tances, y faire parler les objets, en tirer les réflexions » du peintre, y joindre les siennes. Le poète au contraire