‹ Traité complet de la peintureChapitre 77 sur 114 · INSCRIPTIONS AJOUTEES AU TABLEAU · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS AJOUTEES AU TABLEAU

» peut tout dire, tout montrer, rassembler en un lieu » divers charmes, différentes situations. Pourquoi donc » le peintre n'annoncerait-il pas, comme le poète, le sujet » de son ouvrage? On perd à le chercher, quelquefois » sans succès, le teins de l'admirer; un mot d'explication » n'aurait nul inconvénient. »

Le peintre qui a un si grand intérêt et souvent une si grande difficulté à nous faire reconnaître les personnages par lesquels il veut nous toucher, peut donc mettre sur ses tableaux d'histoire une courte inscription. Les trois quarts des spectateurs, qui sont d'ailleurs très - capables de rendre justice à l'ouvrage, ne sont point assez lettrés, pour deviner tout le sujet du tableau : il est quelquefois pour eux comme une belle personne qui plaît, mais qui parle une langue qu'ils n'entendent point. On s'ennuie bientôt de la regarder, parce que la durée des plaisirs où l'esprit ne prend point de part, est bien courte. On peut dire qu'un grand nombre de tableaux ne font pas le plaisir qu'ils devraient procurer, parce qu'on en conçoit mal le sujet ou l'idée, et qu'un des avantages qui résulteraient des inscriptions, ce serait l'intérêt excité par la curiosité que ces inscriptions pourraient attirer; d'ailleurs on empêcherait par ce moyen le dégoût et souvent la mauvaise humeur, qui sont les suites de l'amour-propre piqué par l'obscurité des sujets représentés.

On a abusé de tout, et l'emploi des inscriptions, telles qu'elles furent pratiquées chez les Grecs sur leurs peintures, dégénéra à la fin et servit à favoriser l'ignorance des peintres du tems de la renaissance de l'art. Gimabué avait conservé l'usage d'écrire seulement les noms des apôtres et des saints qu'il représentait ; sous Giotto on se

permit d'y multiplier les mots : enfin Buffamalco fit sortir de la bouche de ses personnages des rouleaux ou banderoles blanches sur lesquelles on lisait ou la demande ou la réponse des interlocuteurs. Les vitraux peints furent surchargés de ces phrases enroulées. Cependant cet usage barbare fut abandonné; mais on abusa de cette réforme, puisqu'aujourd'hui on redouterait un mot d'explication écrit sur le tableau.

Sans recourir aux anciens, recourons au bon sens : est-ce que les larges bordures de nos cadres ne pourraient pas recevoir le mot explicatif qui fixerait l'esprit sur la nature du sujet et qui empêcherait tout équivoque? S'il est difficile de déterminer quelle place doit occuper dans le tableau l'inscription indispensable à la clarté du sujet, nous ne reconnaîtrons pas moins tout l'avantage de ce moyen, lorsque cette place semblera offerte naturellement. Il y en a plusieurs exemples. Le tableau de l'Arcadie de Poussin gagne beaucoup par l'intérêt de l'inscription qu'on lit sur le tombeau qui est l'objet principal de ce tableau. Ce même peintre écrivit avec un grand succès le mot Hérodès sur une colonne dans un tableau du Massacre des Innocens. Je crois inutile de citer ici beaucoup d'exemples d'inscriptions ingénieusement placées sur la toile, et qu'on ne s'est jamais avisé de critiquer. Au surplus, il faut ajouter ici que l'inscription la plus courte et la plus simple est toujours la plus efficace; c'est ainsi qu'on lisait sur une antique statue de bronze : Cornélie, mère des Gracques.

Plusieurs portraits fort estimés offrent aussi des inscriptions qui apportent beaucoup d'intérêt dans ces sortes de représentations. Tantôt c'est le titre d'un livre ouvert,

PARALLÈLE DE LA PEINTURE ET DE LA POÉSIE. 3o3

tantôt ce sont quelques mots indicatifs placés comme par hasard sur des papiers, sur le socle d'un buste, etc. Les peintres sans génie, et dont le pinceau rend parfois ridicule ce moyen, ne prouvent rien contre son utilité. Si nous sourions en voyant à son bureau un homme tenant une lettre à son adresse et sur laquelle le peintre a écrit

très-lisiblement : A Mr , marchand en gros, cela ne

doit point donner d'aversion pour un moyen qu'ont toujours approuvé les censeurs les plus délicats.

Quant aux inscriptions propres à désigner le nom de l'auteur, il faut en prendre le modèle dans les monumens grecs et romains. En cela les modernes sont hors de blâme; car on lit au bas de leurs tableaux le seul mot fecit ou faclebat joint au nom de l'auteur. Peut-être conviendrait-il mieux encore de rejeter l'emploi des mots latins et d'écrire, par exemple, en langue moderne, peint par...., puis d'exprimer l'année en chiffres modernes et non romains. (V. sur les Inscriptions le Dictionnaire des Beaux-Arts de Millin, au mot Inscription.)

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