‹ Traité complet de la peintureChapitre 8 sur 114 · DE LA PEINTURE DU MOYEN AGE A VENISE · texte numérisé non relu

DE LA PEINTURE DU MOYEN AGE A VENISE

V enise reçut les arts de l'Orient et vit sa peinture beaucoup plus influencée par les peintres de Constantinople que par ceux de Rome et de Florence. Elle avait une communication directe et commerciale avec la ville où les empereurs avaient fixé leur séjour, et si le commerce doit être considéré comme un véhicule et un moyen influent sur les arts, on concevra que tous les ouvrages portatifs, qui étaient un objet de spéculation, devaient avoir le caractère de ceux qu'on exportait de l'Orient. Les Vénitiens, à l'instar des Orientaux, recherchèrent l'éclat des couleurs et même les artifices du coloris qui augmentent cet éclat, et il paraît que non-seulement ils tirèrent profit des richesses que leur procurait le commerce en matières colorantes , mais que bien antérieurement à Giorgione, il y eût des peintres qui étudièrent le calcul des masses du clair et de l'obscur, ainsi que les ressources des oppo-

sitions \ de sorte que cette école ne pouvait pas manquer de devenir la mère du coloris moderne, puisque bien avant les Carpaccio, les Basaiti et même les Bellini, on avait toujours peint avec des couleurs fraîches et durables 2. Ainsi je ne doute point qu'en suivant avec soin ces recherches, on ne pût découvrir la source du coloris dans les tems les plus reculés de cette école. On peut aussi ajouter à ces causes l'habitude de contempler les vêtemens riches de couleurs des Levantins qui de tout tems ont vivifié Venise ; mais les peintres n'ayant ni les modèles antiques ni les mœurs de l'Orient, ne purent perpétuer le grand style qui tient au dessin.

Enfin, d'après les restes de peintures que nous pouvons observer de cette ancienne école vénitienne, nous sommes autorisés à conclure que cette école présentait dans les tems les plus reculés des preuves d'intelligence dans le

1 On peut citer du eabinet de M. Artaud, les nos 26, 27, 28 et 2g. Ce dernier surtout rappelle au premier aspect la marche optique des coloristes vénitiens et principalement de Paul Véronèse qui fleurit peut-être deux ou tFois cents ans plus tard. M. le chevalier Artaud, premier secrétaire d'ambassade du roi de France à ftome, possède à Paris une collection de peintures de ces tems recules. Il en a publié la notice très-bien faite dans un ouvrage dont on trouvera le titre dans notre catalogue àes auteurs sur la peinture. J'aurai plusieurs fois occasion de citer des tableaux de ce cabinet qui est précieux, parce que ces espèces de collections sont rares, et parce qu'il renferme des morceaux remarquables.

2 Toutes les peintures portatives antérieures à l'innovation de Jean de Bruges, apportées à Venise par Antonello de Messine, vers l'an i45o, étaient exécutées à l'œuf ou à la gomme combinée avec la cire, et, lorsqu'on introduisit l'huile dans les couleurs, on s'en servait seulement pour terminer et donner de la force aux tableaux déjà fort avancés par les premiers procédés. Plusieurs morceaux conservés dans les musées de VEurope^sont ainsi exécutés et doivent leur éclat à ces sages précautions-

clair-obscur et le coloris, et qu'elle participait en quelques points du goût grec de Constantinople. La collection de M. le chevalier Artaud renferme treize tableaux qu'il attribue à l'ancienne école vénitienne du douzième et du treizième siècle.

Boschini cite, comme étant des peintures vénitiennes du moyen âge, celles que l'on voit à Venise, à l'école de Saint-François, dans la salle inférieure, et même celles de la salle supérieure. Il cite aussi des détrempes qui sont à l'école de l'Annonciation, près l'église des Servîtes, etc. Des mosaïques vénitiennes qui datent même du 5e siècle ne sont pas rares aujourd'hui. Quant au célèbre Ménologe que fit peindre Bazile le jeune, vers l'an 984, il est regardé par des connaisseurs comme un prodige de style et de goût dans presque toutes ses parties, si on le compare aux ouvrages italiens et français du même âge.

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