DE LA PEINTURE DU MOYEN AGE A FLORENCE
JLl ne paraît pas que Florence ait autant cultivé la peinture dans le moyen âge que les villes de Venise, de Bologne, de Rome et de Naples, et c'est peut-être ce dénuement de peintres qui a fait penser que Cimabué florentin était le premier peintre qui parut dans toute l'Italie. On ne trouve en effet que peu de peintures florentines de ce tems, et les noms connus sont ceux d'artistes qui ont fleuri très-peu avant l'an 1240, époque où parut Cimabué.
Je serais porté à croire que le zèle et l'enthousiasme
qui se manifestèrent à Florence pour la littérature antique, à une époque bien antérieure aux Médicis ( car les Florentins, enclins à la politesse, aimèrent toujours, même au milieu des armes, les sciences et les arts) ont fait naître chez les artistes de ce tems un goût inventif et poétique, et que ce fut dans cette école que l'on rechercha le plus les qualités de l'expression. Pour y parvenir, on n'avait pas besoin du secours des Grecs et des Romains; la seule tournure de l'esprit des artistes, jointe à l'étude des passions, suffisait. Aussi ces peintres qui s'affranchissaient peu à peu des maximes antiques dans leur goût et dans leur style, animèrent - ils plus que tous les autres leurs figures. De là vinrent ces images expressives et vraies qui ont été l'objet de l'imitation de tant de peintres subséquens ; de Jà ces physionomies véritablement nées de la nature, inspirées par un jugement sain et une vive sensibilité *. On acquit donc dans cette école une grande justesse graphique, qualité qui, lorsqu'elle fut appréciée, a peut-être formé beaucoup plus tard les Verrochio, les Michel -Ange, les Léonard et les dessinateurs si hardis
1 Quand on n'aurait, faute de très-anciennes peintures florentines, pour preuve de ce que j'avance, que les seuls exemples offerts par la collection de M. le chevalier Artaud, on y trouverait de quoi expliquer amplement ces ide'es. Sans parler dans cette note de tant de maîtres florentins fort habiles, quoiqu'inconnus dans nos biographies, et dont les ouvrages expose's à nos yeux nous forcent aujourd'hui de réformer nos ide'es sur la marche de l'art moderne, je ne citerai ici que le tableau n° 1 10 de cette collection : il est de Dello florentin et représente J.-C. à la colonne. Je citerai aussi deux autres peintures sous les nos 83 et 84 de Giottino, dont l'une, qui représente une Vierge tenant une palme, est d'une expression pleine de grâces. Mais je dirigerai surtout l'attention sur deux autres petites peintures pleines de vie, de justesse et de naïveté, ouvrage précieux de BuffamalcOjSous les n<>s 64 et 65.
qui illustrèrent la Toscane, et dont la célébrité fut telle, que toute l'Italie, en étudiant leur dessin, s'efforça d'imiter leur nouveau goût. Ne peut -on pas croire aussi que cette habitude de copier servilement les particularités individuelles, et cet isolement des modèles antiques, ont pu conduire les artistes florentins à introduire dans presque tous les sujets, les costumes des hommes de leur tems ? Peut-être plusieurs tableaux qu'on croit grecs, parce que les vêtemens sont ceux des Grecs de ce tems, ont-ils été exécutés à Florence d'après des individus grecs par des florentins. Je crois donc que Florence vit dès ce tems la peinture cultivée par des gens d'esprit qui se firent un style animé, intéressant, quoique peu conforme à l'élévation des arts. La collection du chevalier Artaud offre encore un Bizzamano, peintre florentin, qui fleurit vers 1 1 84, et un second Bizzamano neveu, qui floi issait en 1190; un André Tafi, né en 1 2 1 3, élève d'AppoIlonio, peintre ou mosaïciste grec; et un Margheritone, mort après 1289.