‹ Traité complet de la peintureChapitre 81 sur 114 · DE LA CONSIDERATION QUE L'ON A EUE EN TOUT TEMS POUR LA PEINTURE · texte numérisé non relu

DE LA CONSIDERATION QUE L'ON A EUE EN TOUT TEMS POUR LA PEINTURE

X3LRISTODÊ3IE, qui , suivant l'opinion la plus probable, vivait du tems de Trajan, avait fait un livre dans lequel il rapportait les bienfaits et les honneurs que les rois des différens peuples anciens et les villes grecques avaient accordés à ceux qui exerçaient la peinture.

Les livres modernes sont remplis aussi de faits relatifs aux honneurs que les princes de l'Europe ont rendus aux peintres. On peut consulter sur cette matière Millin (Dict. au mot honneurs), De Piles (dans son Cours de Peinture, p. 4^4)» Florent Lecomte (p. 24), Fragnier (Hist. de l'Acad. des ïnscrip. Tom. ier, p. y5), Boerner, etc., etc.

S'il convenait de parler ici des sommes énormes qu'on a accordées à certaines productions de la peinture, nous ne manquerions pas d'exemples. En parcourant l'histoire de l'art chez les anciens, nous avons vu à quels prix élevés Candaule, Mnason, Àttale, Hortensius, Jules-César, etc., portèrent les tableaux dont ils firent l'acquisition. L'histoire moderne offre les mêmes preuves d'estime pour les ouvrages du pinceau, et récemment on a vu l'état de Parme offrir un million de livres tournois, pour ravoir le fameux tableau de S* Jérôme ée Corrégio, qui avait été enlevé par conquête. Revenons aux anciens.

« Non-seulement, dit Winckelmann, un artiste pouvait

» être législateur, suivant le témoignage d'Aristote, et » parvenir de l'état de simple citoyen au commandement » des armées, ainsi que Lamachus, un des citoyens les » plus indigens d'Athènes, mais il pouvait aussi espérer de » voir sa statue élevée à côté de celles des Miltiades et des » Thémistocles, à côté de celles des dieux mêmes; c'est » ainsi que Xénophile et Straton placèrent leurs statues » assises à côté de celles d'Esculape et de la déesse Hygiéa » à Argos. »

On sait encore que Chirisophus, auteur de l'Apollon de Tigée, était représenté en marbre à côté de son ouvrage ; Alcamène se voyait sur un bas-relief au faîte du temple d'Eleusis ; Parrhasius fut révéré avec Thésée dans le tableau qu'il fit de ce héros ; le char attelé de quatre chevaux de bronze, que Dynomène, fils d'Hyéron, roi de* Syracuse, fit construire à la mémoire de son père, portait pour inscription deux vers qui apprenaient qu'Onatas était l'auteur de ce beau monument.

En Grèce, les récompenses que les peintres recevaient pour leurs ouvrages, les mettaient en état de faire briller leur talent sans aucune vue d'intérêt. Nous avons vu que Polygnote ayant peint le Pœcile (fameux portique d'Athènes), ne voulut recevoir aucun paiement pour son travail, et il paraît qu'il fit la même chose à l'égard d'un édifice public de Delphes, où il représenta la prise de Troie. Ce fut en reconnaissance de ce dernier ouvrage que les Amphictions, ou le conseil général des Grecs, firent des remercîmens solennels à ce généreux artiste, et qu'ils lui assignèrent des logemens au dépens du public dans toutes les villes de la Grèce. Les Éléens, pour qui Phidias exécuta le Jupiter Olympien , en reconnais-

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